Catherine Geoffroy a été condamnée à deux ans de prison, lundi, et à une interdiction de conduire de sept ans.
Catherine Geoffroy a été condamnée à deux ans de prison, lundi, et à une interdiction de conduire de sept ans.

Catherine Geoffroy écope de deux ans de prison pour avoir tué un signaleur routier

Pascal Faucher
Pascal Faucher
La Voix de l'Est
Le couperet est tombé, lundi, pour une femme de Granby trouvée coupable d'avoir causé la mort d'un signaleur routier à Bonsecours en Estrie, en 2017.

Le juge Claude Villeneuve, de la Cour supérieure, a condamné Catherine Geoffroy à deux ans de prison, une peine assortie d'une interdiction de conduire de sept ans à partir de sa libération.

«Je privilégie une longue période d'interdiction de conduire plutôt qu'une longue période de prison», a indiqué le magistrat.

L'accusée de 33 ans, a-t-il rappelé, est mère d'un bébé de 21 mois, travaille comme technicienne en génie mécanique et n'avait pas d'antécédent judiciaire. Ses risques de récidive sont minimes.

Elle a également exprimé des remords, bien qu'elle ait contesté les accusations déposées contre elle.

Au terme d'un procès devant jury, Mme Geoffroy a été trouvée coupable, le 27 septembre, de conduite dangereuse causant la mort, de délit de fuite mortel et de voies de fait armées.

Elle avait avait foncé sur Michel Carmel parce que le contremaître l’avait sommée d’immobiliser sa voiture après l’avoir aperçue parlant au téléphone cellulaire.

Elle est aussi passée près d'heurter une autre signaleuse, mais sans la toucher. M. Carmel, 60 ans, est mort une semaine plus tard des suites d’un traumatisme craniocérébral sévère.

«Mépris flagrant»

Le juge Villeneuve a reconnu que les gestes posés par la femme étaient «inacceptables» et démontraient «un mépris flagrant» pour les travailleurs de la signalisation routière.

«Elle n'a même pas pris la peine de regarder dans son rétroviseur» pour vérifier l'état dans lequel la victime se trouvait, a-t-il précisé, et a continué de parler au cellulaire en roulant jusque chez elle.

«L'accusée ne semble toujours pas réaliser qu'elle a eu tort d'agir comme elle l'a fait sur un chantier de construction.»

Il ne voit toutefois pas de pertinence à condamner Mme Geoffroy à une peine «inappropriée ou artificielle». «La réinsertion sociale demeure un objectif de détermination de la peine.»

Les sentences pour conduite dangereuse causant la mort mènent généralement à des peines allant de un à trois ans de prison, a rappelé le magistrat.

La Couronne, représentée par Me Émilie Baril-Côté, demandait trois ans de détention et une interdiction de conduire de quatre ans, tandis que Me Alexandre Tardif, à la défense, suggérait plutôt 90 jours de prison à purger le week-end ainsi que 240 heures de travaux communautaires. 

Cette peine a d'emblée été rejetée, a dit le juge Villeneuve, puisque «trop clémente.» Catherine Geoffroy a pris le chemin des cellules sans dire un mot, les yeux larmoyants.

«Je ne voulais pas de vengeance»

«Je ne voulais pas de vengeance, seulement une justice», a confié la veuve de M. Carmel, Lyne Lemay, à sa sortie de la salle d'audience du palais de justice de Granby.

Catherine Geoffroy «a pris une décision le 7 novembre 2017, et là il faut qu'elle assume».

Mme Lemay s'est dit soulagée que le processus judiciaire soit terminé et souhaite envoyer un message.

«Michel ne reviendra pas, mais il ne faut pas qu'il soit mort pour rien. Il faut que ces travailleurs-là [NB: en signalisation routière] soient en sécurité quand les chantiers recommenceront. Je voudrais qu'il n'y ait plus de famille qui souffre.»

De son côté, l'Association des travailleurs en signalisation routière du Québec est consternée par la sentence imposée à l'accusée.

«Je suis en maudit, la justice ne nous défend pas, a dit son président Jean-François Dionne. Deux ans de prison... c'est quand même un humain qu'elle a tué!»

M. Dionne rappelle que des dizaines de travailleurs en signalisation routière sont blessés chaque année au Québec par de mauvais conducteurs, et que trois sont morts uniquement en 2019. 

«Les gens doivent réaliser que ça n'a pas d'allure», dit-il.