Le <em>shatter,</em> un concentré de cannabis sous forme de cristaux qui a l’apparence d’un caramel, est très populaire chez les adolescents.
Le <em>shatter,</em> un concentré de cannabis sous forme de cristaux qui a l’apparence d’un caramel, est très populaire chez les adolescents.

Cannabis en milieu scolaire : démystifier la loi

Karine Blanchard
Karine Blanchard
La Voix de l'Est
Cocottes, bonbons, suçons, jujubes. Le cannabis et ses produits dérivés vendus parfois sur le web ou par l’entremise des réseaux sociaux ont la cote chez les jeunes consommateurs. Mais est-ce légal ou pas? Quelles sont les sanctions possibles? À la suite de la légalisation du cannabis, il est parfois difficile de s’y retrouver. Les policiers de Granby ont donc rencontré les directions des écoles secondaires et des intervenants pour démystifier la législation.

« C’était plus simple d’appliquer la loi avant la légalisation qui a modifié beaucoup notre travail, explique d’entrée de jeu l’enquêteur Alexandre Labrecque. Avant, peu importe l’âge ou la quantité, le cannabis était illégal, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. »

Le détective Martin Daigle et lui, membres de l’escouade spéciale ACCÈS-Cannabis, dont le mandat est de s’attaquer au cannabis illicite à tous les niveaux et de contrer la consommation chez les jeunes de moins de 21 ans, ont récemment rencontré les directions et intervenants des écoles secondaires publiques et privées de Granby.

L’objectif: démystifier la loi encadrant le cannabis, les informer des nouvelles tendances de consommation chez les jeunes et renforcer le partenariat entre les policiers et le milieu scolaire. « C’est la santé et la sécurité de nos jeunes qui sont importantes là-dedans », insiste l’enquêteur Labrecque.

Pendant plus d’une heure, les détails entourant la législation, parfois complexes, ont été expliqués en long et en large. « Vos élèves ont en majorité moins de 21 ans, donc c’est interdit. C’est tolérance zéro », résume le détective Daigle.

« Des jeunes commandent du cannabis de dispensaires situés dans d’autres provinces. Est-ce que c’est légal? », questionne une intervenante. « Non, c’est interdit, l’informe le policier. On a beaucoup de cannabis qui arrive par la poste et qui provient d’autres provinces. »

Le pot, les jeunes se le procurent également auprès de citoyens qui possèdent un permis émis par Santé Canada les autorisant à en cultiver et à le consommer à des fins médicales. Dans certains cas, le nombre de plants autorisé grimpe jusqu’à 240 par année pour une seule personne! « Notre marché noir est là », indique Martin Daigle.

Des représentants des écoles secondaires de Granby ont été informés des différentes lois qui encadrent le cannabis, légal depuis deux ans.

Lorsqu’un membre du personnel saisit du cannabis dans le sac d’un étudiant ou dans sa case, il y a systématiquement infraction, expliquent les enquêteurs. « Est-ce que c’est une infraction criminelle ou pénale? C’est au policier d’appliquer la loi », informe le détective Daigle, que ce soit au provincial ou au fédéral.

Bonbons et compagnie

Les membres du personnel ont également été sensibilisés aux différentes textures sous lesquelles le cannabis peut être consommé. Jujubes, suçons et autres bonbons sont populaires auprès des jeunes consommateurs et pourtant, tous les produits dérivés sont interdits.

Le shatter, un concentré de cannabis sous forme de cristaux qui a l’apparence d’un caramel, a aussi la cote chez les adolescents, indique le détective Labrecque. « Ça a des concentrations de THC super élevées », précise-t-il.

Tous ces produits sont souvent livrés par la poste et glissés dans des emballages qui sont attirants et attrayants aux yeux des consommateurs. Polar, Fuego, Firerock et Phyto 2.0 sont parmi les noms qu’on retrouve sur les sachets colorés contenant le shatter, une substance qui s’inhale.

Polar, Fuego, Firerock et Phyto 2.0 sont parmi les noms qu’on retrouve sur les sachets colorés contenant le shatter, une substance qui s’inhale.

Des médicaments dangereux

Des médicaments, comme le Xanax, Biphentin et Ritalin sont également populaires chez les jeunes, dont certains sont contrefaits et proviennent de pays étrangers. « Le dosage est douteux », explique le détective Labrecque.

D’autres médicaments vendus sous ordonnance sont obtenus auprès de personnes qui vendent leur ordonnance non utilisée à un trafiquant. « On en saisit beaucoup, informe l’un des enquêteurs. C’est un fléau et ça crée des accoutumances. »

Une tendance observée chez les jeunes est également la consommation de codéine, un sirop vendu aussi sous ordonnance, qu’ils mélangent avec du jus ou encore une boisson gazeuse ou énergisante. Baptisé purple drank, le cocktail est souvent valorisé et mis en vedette dans des vidéoclips de chanteurs pop, remarquent les policiers.

La livraison de drogue par la poste est de plus en plus observée par les enquêteurs. L’arrivée des cellulaires joue également un rôle dans la façon dont la drogue circule. Des vendeurs de drogue utilisent fréquemment les réseaux, principalement Snapchat, pour aviser leur clientèle des produits disponibles et la liste des prix, expliquent les enquêteurs.

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APPLIQUER LA BONNE MESURE AU BON MOMENT

Appliquer la bonne mesure au bon moment chez les adolescents est au cœur des interventions réalisées non seulement par le personnel des établissements scolaires, mais également par les policiers avec qui ils travaillent en étroite collaboration en matière de stupéfiants et autres crimes. 

« On a chacun notre part de responsabilité dans la gestion. On priorise la santé des jeunes. Il va à l’école pour apprendre donc s’il est en état de consommation, la chaîne d’apprentissage est brisée et plusieurs autres problèmes en découlent. Les jeunes, pour l’organisation policière, sont très importants et on déploie les efforts nécessaires », explique Marc Farand, l’un des policiers qui œuvrent dans les écoles avec la policière Caroline Garand. Un enquêteur qui se consacre à la jeunesse s’ajoute à la présence des forces de l’ordre. 

Tous les membres du service de police collaborent à différents niveaux auprès des jeunes, précise M. Farand. « C’est vraiment un travail d’équipe », dit-il. Ce travail à l’unisson implique aussi le personnel des établissements d’enseignement. « L’école a ses responsabilités et nous, on est vraiment en appui avec eux. On doit accompagner l’école », affirme Stéphane Cabana, inspecteur-chef à la section des enquêtes criminelles au sein du corps policier granbyen. 

Le personnel des établissements scolaires représente une excellente source d’information pour lutter contre la consommation de drogues chez les jeunes. « Ils sont nos yeux et nos oreilles dans le milieu, illustre l’inspecteur-chef. L’école, c’est un mini-village. C’est comme le maire du village qui doit avoir un beau partenariat avec le service de police et on l’a. Il est super important. »

« On a de très bonnes collaborations avec les éducatrices en prévention de la toxicomanie, renchérit M. Farand. Elles nous donnent beaucoup d’informations sur les nouvelles tendances. On a aussi des contacts avec les corps policiers environnants et on partage ces informations. »

Le policier Marc Farand et l’inspecteur-chef à la section des enquêtes criminelles, Stéphane Cabana, expliquent l’importance d’appliquer la bonne mesure au bon moment chez les jeunes contrevenants.

Les policiers sont d’ailleurs à l’affût des informations qui circulent dans les écoles, notamment à propos d’activités illicites entourant les stupéfiants. « L’équipe d’ACCÈS-Cannabis, dès qu’elle a une information à proximité ou dans une école, elle la valide, débute l’enquête et essaie d’intervenir rapidement et de réaliser une perquisition », explique M. Cabana. 

Parfois, c’est lors d’une situation urgente que les policiers apprennent les nouvelles tendances de consommation chez les jeunes. « Quand on est appelé, c’est une situation qui est anormale, peut-être urgente, ça entre par le 911 et il y a une intervention des ambulanciers, des policiers et on constate certaines choses qui permettent de comprendre une tendance qui peut-être peut avoir », explique l’inspecteur-chef. 

Interventions

La pierre angulaire des interventions en milieu scolaire : la bonne mesure au bon moment. Et une intervention rapide, notamment à la suite de la perpétration d’un crime, est d’une grande importance. « La rapidité d’intervention et le partenariat sont la clé du succès », affirme Marc Farand. 

L’enquêteur dédié à la jeunesse au Service de police de Granby, Lucas Melançon-Dubois, en prend charge rapidement. Des mesures peuvent être prises à l’interne, c’est-à-dire par la direction de l’établissement d’enseignement, mais également par les policiers. La sanction dépend d’un paquet de facteurs. Parfois, le dossier se rend même au Directeur des poursuites criminelles et pénales qui déterminera s’il y a matière à déposer des accusations ou pas. 

« Ça dépend du jeune, de l’événement, de l’encadrement parental et de plein de facteurs, mais si on intervient avec la bonne mesure, c’est pour aider les jeunes à se reprendre en main, à se sortir de là. On fait partie de la solution. Le but est toujours d’amener le jeune à la bonne place », ajoute Marc Farand.

Hélène Deslandes, directrice de l’école secondaire Haute-Ville de Granby

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CE QU'EN PENSENT LES INTERVENANTS DU MILIEU


« J’ai trouvé ça vraiment intéressant, super pertinent. Même s’il y a quand même une partie du contenu qu’on est plus habitués, qu’on connaît déjà, se le faire rappeler, se le faire mettre en perspective avec les différentes lois, je trouve que c’est nécessaire. Ça va être aidant parce que si on a des discours d’élèves, on sera capable d’avoir aussi cette information-là et de recadrer avec eux. Ça donne plus de contenu autour de la question. Je trouve ça pertinent de se le faire rappeler, remémorer. Sans le visuel des produits, c’est sûr que je serais possiblement passée à côté, que je n’aurais pas porté attention. Lors d’une fouille, on va chercher plus le joint ou le cannabis, mais ça va nous allumer plus sur autre chose qu’on aurait peut-être passé sous le radar autrement. »
Hélène Deslandes, directrice de l’école secondaire Haute-Ville de Granby

« Ça nous a mis les balises claires où on peut intervenir et eux, qu’est-ce qu’ils peuvent faire et comment ils peuvent nous appuyer dans nos interventions. Ça a été clarifié. Personne ne savait où les limites étaient. C’est venu clarifier tout ça. Ça nous aide à structurer nos interventions et nos sanctions par la suite. J’ai été stupéfaite de savoir que tant de grammes, ça représente tant de joints. Avec cinq grammes, ils peuvent faire plein de joints avec ça! Et que dire de tous les produits dérivés. »
Marie-Claude Dicaire, directrice adjointe à l’école secondaire J.-H.Leclerc de Granby