Depuis qu’il s’est sorti de la rue, Bertrand Derome multiplie les initiatives pour lever le voile sur l’itinérance et les problématiques qui y sont associées.

Camelot d'un jour : Monsieur Sutton bien entouré

L’activité Camelot d’un jour, organisée par le magazine de rue L’Itinéraire qui célèbre cette année son quart de siècle, sera de retour à Granby le 12 septembre prochain. Le désormais célèbre camelot de L’Itinéraire, Bertrand Derome, sera bien entouré aux abords du Metro Plouffe, à compter de midi.

D’une part, son ami Jean-Marie Lapointe sera camelot d’un jour aux côtés de celui qu’on nomme Monsieur Sutton. « Jean-Marie est tellement sympathique ; c’est un ange. Avec lui, je suis pas mal plus débrouillard », reconnaît le camelot, qui a rencontré le comédien, réalisateur, auteur et conférencier il y a une vingtaine d’années, alors qu’il vivait dans la rue.

Les deux ont repris contact en 2016, alors que M. Lapointe avait lu un reportage sur M. Derome dans La Presse+. Tous deux ont pris part à l’implantation de l’activité Camelot d’un jour dans la région la même année ; en 2017, l’ancien itinérant a fait l’objet d’un épisode de la poignante série Face à la rue, réalisée par son ami et présentée pour la première fois au printemps et dont la deuxième saison sera diffusée par TVA à compter du 19 septembre.

C’est un plaisir partagé que ces retrouvailles annuelles entre M. Derome et M. Lapointe. « Des magazines, il faut en vendre énormément pour avoir un revenu décent. Si en plus, les gens t’ignorent parce que tu es en situation d’itinérance... C’est ce qu’on ressent pendant qu’on est camelot d’un jour. On est exposés à une réalité qui n’est pas facile, note ce dernier. De le faire avec Bertrand, c’est encore mieux, car je suis en mesure de témoigner de sa réussite, de sa résurrection, après l’avoir connu pendant ses années de galère et de débauche. Et son implication à L’Itinéraire a contribué à sa remontée. »

D’autre part, le camelot sera aussi accompagné du conseiller municipal Robert Riel, une première expérience pour l’élu qui se dit « touché » par l’histoire de Bertrand Derome. « Il s’est pris en main, malgré qu’il ait vécu pas mal de choses. On communique à chaque semaine, que ce soit par téléphone ou sur Messenger. On échange et ça l’encourage », affirme-t-il.


« C’est ce qu’on ressent pendant qu’on est camelot d’un jour. On est exposés à une réalité qui n’est pas facile. »
Jean-Marie Lapointe

« En tant qu’ancien policier, j’ai vu la pauvreté augmenter, témoigne-t-il, interpellé par la cause qui anime en partie son implication publique. Elle est moins visible à Granby qu’à Montréal ; on ne voit pas des gens mendier ou dormir dans la rue, mais elle est là. »

En mission

Depuis qu’il s’est sorti de la rue, M. Derome multiplie les initiatives pour lever le voile sur l’itinérance et les problématiques qui y sont associées. Celui qui vient de souligner onze ans de sobriété souhaiterait partager son récit de vie aux élèves du secondaire et dans le cadre de conférences grand public.

De plus, maintenant qu’il lui est possible de vendre son magazine sur tout le territoire de la Ville de Granby, l’ex-itinérant souhaite implanter de nouveaux points de vente devant d’autres supermarchés. M. Riel sera d’ailleurs à ses côtés au moment d’approcher les propriétaires pour tâter le terrain.

De nouveaux points de vente pourraient ouvrir la porte à de nouveaux camelots que M. Derome souhaiterait chapeauter afin de redonner au suivant et contribuer à sortir de la pauvreté. « L’Itinéraire m’a demandé de devenir mentor, explique-t-il. J’aimerais ça avoir un coup de main ! »

De retour après une pause l’an dernier, l’activité Camelot d’un jour vise à soutenir la mission du magazine de rue L’Itinéraire, dont plus de la moitié du contenu est produit par les camelots, des personnes vivant avec un très faible revenu ou tentant de se sortir de la pauvreté.

Un numéro spécial soulignant les vingt-cinq ans de la publication est disponible depuis le 4 septembre.