La directrice clinique et criminologue au Centre l'Envolée, Éliane Trottier-Dupuis, a présenté un mémoire dans lequel le centre de traitement demande entre autres d'investir dans la prévention, la sensibilisation et le traitement des dépendances. Elle est accompagnée de sa collègue Émilie Viens.

«Ça aura inévitablement un impact sur nous»

Acteur de premier plan dans le traitement des dépendances, le Centre l'Envolée de Granby réclame au gouvernement du Québec non seulement des campagnes de prévention et de sensibilisation pour prévenir les effets dévastateurs liés à la consommation de cannabis, mais également d'investir dans le traitement­ des dépendances.
Le centre accueille environ 300 personnes par année, dont 75 % frappent à sa porte pour une dépendance aux drogues et 25 % à l'alcool. 
« Ça aura inévitablement un impact sur nous », affirme Éliane Trottier-Dupuis, directrice clinique et criminologue au Centre l'Envolée­, à l'égard de la légalisation­ du cannabis.
Cette dernière a présenté un mémoire vendredi à l'occasion de la consultation publique sur l'encadrement du cannabis. « La prévention et la sensibilisation doivent être le souci du gouvernement, indique la directrice. Ce n'est pas une substance sans risque. »
Les dangers du cannabis sont expliqués dans le mémoire déposé par le centre. Il est notamment mentionné que cette drogue affecte les habiletés motrices, qu'elle peut causer de graves risques pour la santé mentale et entraîner l'apparition de symptômes de psychoses et de troubles bipolaires, entre autres. 
Le gouvernement doit investir dans le traitement des dépendances, dans la recherche et la prévention, estime le centre. « C'est primordial », insiste Mme Trottier-Dupuis. 
Le centre réclame d'ailleurs que l'âge légal pour l'achat et la consommation soit fixé à 21 ans. Il souhaite également que les policiers soient formés pour être en mesure de détecter une personne sous l'influence du can­nabis et qu'ils puissent avoir accès à des équipements de pointe pour procéder­ au dépistage. 
Le Centre l'Envolée estime également qu'il est important que le gouvernement limite les points de vente de cannabis et les lieux de consommation. Ceux-ci ne doivent pas se trouver près des écoles, des centres de désintoxication et de thérapies ou de lieux fréquentés par des personnes mineures ou des populations à risque.
Ce qu'ils ont dit ...
Des produits comestibles au resto
Véronique Lettre veut que des entreprises locales comme celle qu'elle opère, le café-bistro l'Atelier C à Magog, puissent confectionner et vendre des produits comestibles à base de cannabis. « Je souhaite que le gouvernement offre une place aux petits commerçants et qu'il démocratise l'accès à ce produit », a-t-elle réclamé.
La propriétaire a consommé des produits comestibles à des fins thérapeutiques pour apaiser ses douleurs lorsqu'elle a combattu le cancer. Elle souhaite à son tour pouvoir confectionner des produits et les vendre dans son commerce de Magog. « L'avantage des petits producteurs est qu'on peut offrir des produits personnalisés à nos clients », affirme Mme Lettre.
En réponse aux questions de la ministre Lucie Charlebois, la restauratrice est d'avis que les commerçants devront se procurer le cannabis dans des points de vente autorisés où la substance est produite, que les commerçants qui en font des produits comestibles soient soumis à des critères stricts comme c'est le cas en ce moment pour les restaurateurs, notamment avec de l'étiquetage des produits, des règles de mise en marché restrictives et d'inspection alimentaire par le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec. 
Non au cannabis dans les habitations locatives
La consommation de cannabis qui engendre des odeurs et de la fumée et la culture intérieure doivent être interdites dans les unités locatives, réclame le Regroupement des propriétaires d'habitations locatives.
« C'est très inquiétant de penser que la fumée de cannabis serait légale à l'intérieur des immeubles, affirme Annie Lapointe, qui représentait le regroupement. Et la culture à l'intérieur peut provoquer des dommages. »
La culture peut engendrer des problèmes d'humidité et les locataires peuvent modifier le système électrique.
Le Regroupement craint également que si quatre plants sont permis par unité, la multiplication des petites productions se transforme en une grande production sur un même étage ou dans un immeuble.
Seule une autorisation du propriétaire de l'immeuble locatif devrait pouvoir permettre à un locataire de consommer du cannabis dans son immeuble, sinon il lui faudrait consommer des produits dérivés qui n'entraînent aucune conséquence pour le voisinage. 
Vente de produits transformés par les organismes 
La vente de produits dérivés du cannabis pourrait-elle devenir une nouvelle source de financement pour les organismes à but non lucratif ? C'est du moins l'idée proposée par Marie-Paule Villeneuve, présidente de l'Agence littéraire Alinéa.
Sa boutique, qui a pignon sur rue à Mansonville, propose des produits fins, biologiques et naturels qui proviennent de producteurs locaux. Elle pourrait donc devenir un point de vente de produits dérivés, comme des produits comestibles à base de cannabis. Les permis de vente devraient, croit Mme Villeneuve, être confiés à des organismes à but non lucratif qui oeuvrent en culture, ce qui représente une source de revenus pour eux.
La ministre a mentionné que c'est la première fois depuis le début de la tournée des consultations régionales qu'une telle idée est proposée. « Je trouve ça intéressant d'entendre un nouveau point de vue », a-t-elle souligné.
Mais attention, leur boutique ne deviendra pas un endroit où on pourra fumer du cannabis, prévient Mme Villeneuve.