Le député libéral Pierre Breton avait une lecture opposée du budget du ministre Morneau à celle de la députée néodémocrate Brigitte Sansoucy.

Budget Morneau: Breton applaudit, Sansoucy reste sur sa faim

Un budget qui touche les citoyens directement et principalement les jeunes, les aînés et la classe moyenne. C’est en ces mots que le député libéral Pierre Breton qualifie le dernier budget du premier mandat de Justin Trudeau. La néodémocrate Brigitte Sansoucy se fait beaucoup plus critique.

« Je n’en ai pas fait une grande analyse, je le digère encore, admet M. Breton, député de Shefford. Je vais passer beaucoup de temps ce soir [mardi] et demain [mercredi] à le scruter à la loupe. Selon mes premières constatations, c’est que c’est un budget très proche des jeunes et des aînés, ce qui est une très bonne nouvelle pour Shefford parce qu’on en a beaucoup. »

Il cite entre autres les mesures qui aideront les jeunes ménages pour l’achat d’une première propriété. « On le sait, pour les jeunes, ce n’est pas facile d’avoir accès à l’immobilier. En même temps, ça fait rouler l’économie. Les jeunes qui arrivent sur le marché du travail n’ont pas nécessairement le cash down, mais avec ces mesures-là ils vont pouvoir avoir accès à la propriété. »

L’enveloppe de cinq à six milliards de dollars sur dix ans dédiée à l’élargissement de l’accès à Internet haute vitesse partout au pays le réjouit également.

« Je suis très heureux de voir ça en place, dit-il. C’est en demande. Le service Internet, aujourd’hui, on en a tous besoin d’un qui est efficace. Ce n’est plus un luxe, mais une nécessité. L’ancien programme a été extrêmement apprécié de nos communautés. L’enveloppe s’est épuisée et on remet une enveloppe beaucoup plus importante. »

La députée de St-Hyacinthe — Bagot, Brigitte Sansoucy est d’accord sur la nécessité d’avoir un bon service Internet. Cependant, elle trouve que le délai de dix ans pour brancher toutes les communautés non couvertes est trop long.

« Les besoins sont maintenant, martèle la députée néodémocrate. J’ai des parents qui me disent que leurs enfants, qui sont étudiants à l’extérieur, ne reviennent plus les voir les fins de semaine parce qu’ils sont incapables de se brancher avec le portail de leur cégep ou de leur université. Il y a des entreprises dans des villages qui ont besoin d’Internet maintenant. Est-ce qu’on attend qu’ils fassent faillite ? On ne peut pas attendre jusqu’à 2030. Ceux qui n’ont pas Internet doivent être découragés. »

Brigitte Sansoucy trouve que le ministre des Finances, Bill Morneau, a saupoudré de l’argent à plusieurs endroits pour plaire.

Aide aux municipalités

Le ministre Morneau a annoncé que le Fonds de la taxe sur l’essence fédéral doublera sa contribution aux municipalités pour 2019. Pierre Breton est satisfait d’une telle décision.

« J’ai bien hâte de parler à tous mes maires ! réagit M. Breton. Je suis particulièrement fier qu’on double notre aide aux municipalités [via] le Fonds de la taxe sur l’essence. Je ne peux pas dire combien ça va donner pour les villes d’ici pour l’instant, mais pour le Québec, c’est 500 millions de dollars de plus. Il va y avoir une répercussion pour les vingt municipalités de la circonscription. Les municipalités sont prises avec des déficits d’infrastructures et elles pourront investir dans des projets structurants. C’est une bonne nouvelle pour nos contribuables. »

Ce serait une bonne nouvelle pour Mme Sansoucy s’il s’agissait d’un montant doublé sur plus d’un an et s’il s’agissait de nouvel argent.

« CBC a fait l’épreuve des faits. C’est de l’argent qui n’a pas été dépensé dans les dernières années, signale-t-elle. Il semblerait que ce n’est pas du nouvel argent. Et doubler le montant, il faudrait que ce soit année après année. Ce serait un modèle de financement prévisible pour les municipalités, ça leur permettrait de faire une meilleure planification. »

Saupoudrage ou bon budget ?

« Je pense qu’on a un budget fait pour les citoyens, renchérit Pierre Breton. La santé financière du Canada est enviable [...]. »

Brigitte Sansoucy se dit quant à elle déçue que les producteurs laitiers n’aient pas un « réel programme de compensation pour les trois accords internationaux qui ont été signés dans les dernières années. Ils sont les plus touchés. On a un programme qui ne va pas assez loin. Les conservateurs, qui avaient négocié l’accord avec l’Europe, avaient évalué à 4 G $ les compensations seulement pour cette entente, mais les libéraux viennent donner 3,65 G $ pour l’ensemble des accords. Ça me laisse beaucoup sur ma faim ».

Elle se fait également critique sur l’ensemble du budget, qu’elle qualifie de saupoudrage dans le sens où le ministre des Finances met un peu d’argent un peu partout. « Je pense qu’il y a une volonté de plaire. Par contre, je pense que les citoyens ne sont pas dupes. Les libéraux disent que ça va bien, mais pourtant les citoyens sont super endettés. Ils sentent un décalage entre la vision du gouvernement et leur vie de tous les jours. »

Le député libéral Denis Paradis n’a pas donné suite à la demande d’entrevue avec La Voix de l’Est.

CHAHUT AUX COMMUNES

Pour protester contre le budget Morneau, qu’ils qualifient de « camouflage » de l’affaire SNC-Lavalin, les conservateurs ont retardé la présentation du budget en forçant la tenue d’un vote. Durant le discours du ministre des Finances, Bill Morneau, ils ont fait du chahut avant de sortir de la Chambre des communes. 

La néodémocrate Brigitte Sansoucy n’a pas participé à cet exercice visant à perturber la présentation du budget, même si elle se fait critique de son contenu. Elle qualifie la façon de faire des conservateurs de puérile. 

Quant au député libéral Pierre Breton, il a trouvé cette façon de faire plutôt particulière. « C’est un grand manque de respect de la démocratie de chahuter comme ça. C’est même honteux de leur part. »