«Il y a des enjeux à plusieurs endroits sur la rivière Yamaska, à Granby, à Cowansville et à Saint-Hyacinthe. Mais il y a une urgence pour la section entre Lac-Brome et Brigham. Il faut trouver des solutions», soutient Alex Martin de l’OBV Yamaska.

Bromont pourrait manquer d'eau

La rivière Yamaska pourrait ne plus suffire aux fins d’approvisionnement en eau potable pour la ville de Bromont. Les impacts des changements climatiques font que les étiages estivaux de la rivière devraient être plus sévères et devraient durer plus longtemps, selon l’Atlas hydroclimatique 2015 du Québec méridional produit par le Centre d’expertise hydrique du Québec. Des décisions politiques pour atténuer ces conséquences doivent être prises.

Des solutions sont envisageables, indique Alex Martin, directeur général de l’Organisme de bassin versant de la Yamaska. Parmi celles-ci : l’aménagement d’un réservoir d’eau à même la rivière Yamaska à Bromont ou l’abaissement du niveau du lac Brome durant l’été. « Il y a des enjeux à plusieurs endroits sur la rivière Yamaska, à Granby, à Cowansville et à Saint-Hyacinthe. Mais il y a une urgence pour la section entre Lac-Brome et Brigham. Il faut trouver des solutions », soutient-il.

L’OBV mettra sur pied un groupe de travail pour se pencher sur la question. Des représentants de Bromont, Lac-Brome et Brigham en feront partie. Les trois municipalités sont toutes concernées par les impacts sur la rivière Yamaska, signale M. Martin. Le niveau du lac Brome affecte des riverains qui en tirent leur eau potable et qui y pratiquent des activités nautiques, les résidents de Bromont dépendent de leur approvisionnement en eau de la rivière et ceux du secteur Fortin-Decelles à Brigham doivent souvent faire face à des inondations. « À certains moments, selon les secteurs, des gens manquent d’eau. À d’autres moments, il y en a trop. Il faut réfléchir à ces problèmes, étudier les impacts, en discuter avec les municipalités et voir comment on peut les minimiser », explique-t-il.

L’OBV sera accompagné dans l’exercice par Ouranos, un regroupement de chercheurs qui s’intéresse à la climatologie régionale et à l’adaptation aux changements climatiques.

Les autres utilisateurs de l’eau, tant les industriels comme Bromont, montagne d’expériences que les citoyens seront consultés, assure M. Martin. « On va préparer la discussion en présentant les faits et les données et on va réfléchir avec eux aux solutions qui peuvent théoriquement se faire. On va regarder ce qui est réalisable. »

Lac Marchessault
L’idée d’aménager un réservoir d’eau potable à Bromont n’est pas nouvelle. Dès les années 80, une telle infrastructure était discutée par les autorités municipales. Elles lui ont même trouvé un nom : le lac Marchessault. Le gouvernement du Québec a cependant bloqué le projet.

Les frères Robert et Gérald Désourdy et quelques-uns de leurs concitoyens ont relancé l’idée en septembre 2016, inquiets du niveau de la rivière Yamaska. Le développement de la ville nécessite un meilleur approvisionnement en eau, plaidaient-ils. Ne pas le faire nuirait à l’arrivée de nouveaux résidants et entreprises, croient-ils.

L’administration municipale de la Ville de Lac-Brome est bien consciente de ces enjeux. En vertu d’une entente avec Bromont, elle s’assure que son barrage à l’exécutoire de son lac laisse passer dans la rivière Yamaska un minimum de 0,66 mètre cube d’eau à la seconde. En période de crue, les vannes du barrage peuvent permettre un débit de 0,88 m³/s.

La Ville de Bromont doit se doter de capacités d’emmagasinage d’eau, croit Gilbert Arel, directeur général de la Ville de Lac-Brome. « On a une grande responsabilité pour s’assurer que Bromont ait assez d’eau. On essaie de garder le niveau de notre lac le plus haut à l’approche de l’été pour être capable de faire face à des périodes de sécheresse. Mais on doit faire attention de ne pas inonder nos riverains. On a de la télémétrie, mais les changements climatiques font que notre gestion du barrage se fait au quotidien. Il faut toujours être sur le qui-vive. Ça serait plus facile pour nous si Bromont avait son propre réservoir. On serait toujours là pour l’aider lors des périodes d’étiages, mais notre marge de manœuvre serait plus confortable. Ça nous donnerait plus de flexibilité », dit-il.

Le groupe de travail devrait commencer ses travaux dans les prochains mois.

UN MINI-BASSIN: LA SOLUTION

Une solution efficace et économique pour assurer un bon approvisionnement en eau serait d’aménager un mini-bassin dans la rivière Yamaska juste en face de la centrale de traitement d’eau potable de la Ville, dans la rue de Soulanges, où Bromont tire son eau brute. « Ça serait assez pour nous sécuriser pour un bon bout de temps », dit Éric Sévigny, directeur général de la municipalité.

Les travaux consisteraient à élargir quelque peu la rivière et à hausser le seuil qui assure un certain niveau d’eau, explique M. Sévigny. Le seuil est composé de pierres. Des travaux d’entretien sont nécessaires tous les cinq ou six ans pour replacer les pierres qui bougent au gré du courant et du passage de la glace. Coûts des travaux : 25 000 $, ce qui ne comprend pas les plans et devis des ingénieurs, ni les demandes pour les certificats d’autorisation, souligne M. Sévigny.

Remplacer les pierres par une structure en béton représenterait une solution durable, selon lui. « On a une infrastructure qui n’est pas stable et qu’on doit reconstruire périodiquement pour nous assurer que notre colonne d’eau demeure stable. Ça nous prendrait un ouvrage plus durable, plus solide. »

Le projet de mini-bassin a été présenté au ministère de l’Environnement il y a cinq ans. Une rencontre a été organisée en mai l’an dernier. Depuis, le Ministère n’a pas donné suite à la proposition, déplore le maire Louis Villeneuve. « On va les relancer. Il faut continuer de cogner à leur porte », insiste-t-il.

D’ici là, il n’y a pas lieu de s’inquiéter à court ou moyen terme de l’approvisionnement en eau potable, croit M. Sévigny. Même lors des périodes d’étiages de la rivière, le débit suffit à la demande des citoyens, des commerces et des industries, assure-t-il. Les taux de matières en suspension de l’eau brute prélevée par la centrale sont cependant plus élevés, dit-il. « C’est certain que quand le niveau est vraiment bas, on pompe un peu de sable dans le fond », d’illustrer le premier fonctionnaire de la Ville.

La centrale de traitement de l’eau potable filtre 5000 mètres cubes d’eau par jour. Durant la période estivale, la production augmente à 7000 à 8000 m3 par jour. Les réservoirs souterrains de la centrale permettent en plus d’emmagasiner 10 000 m3 d’eau. « C’est 36 à 48 heures d’alimentation en eau. Ça nous donne une capacité de réaction intéressante en cas de problèmes », indique M. Sévigny.