La Ville de Bromont pourrait devoir installer des compteurs d’eau dans les maisons pour inciter les gens à réduire leur consommation, croit le professeur Robert Leconte de l’Université de Sherbrooke.

Bromont devra réduire sa consommation d'eau

Les étiages sévères et prolongés annoncés dans la rivière Yamaska et la forte croissance économique de la Ville de Bromont font en sorte que la municipalité devra réduire sa consommation d’eau pour être en mesure de poursuivre son développement, croit le professeur Robert Leconte de l’Université de Sherbrooke. L’installation de compteurs d’eau doit être envisagée, dit l’ingénieur en génie civil.

Toutes les municipalités du sud du Québec qui puisent leur eau brute dans des rivières doivent se préparer à faire face à des approvisionnements plus difficiles, conséquence des changements climatiques, explique M. Leconte. La réflexion s’impose encore plus pour Bromont, croit-il. «Peut-elle continuer (sa croissance) à ce rythme? Les impacts des changements climatiques affectent tout ce qui se trouve le long des cours d’eau. Ça peut devenir problématique si rien n’est fait. Il faut qu’elle se pose des questions sur ce qu’elle va faire», a-t-il indiqué en entrevue à La Voix de l’Est.

Le professeur Leconte est spécialiste de l’hydrologie. Il collabore aux travaux du Groupe Ouranos, une organisation regroupant des scientifiques qui étudient les impacts des changements climatiques sur les ressources hydriques. Il a participé à des travaux concernant la rivière Yamaska.

Le débit de la rivière Yamaska, où Bromont puise son eau brute pour en faire de l’eau potable, sera affectée par les changements climatiques.

Dans une étude de 2015 de l’Université de Sherbrooke, les chercheurs ont analysé le système de gestion du barrage Foster sur le lac Brome dans la perspective des impacts des changements climatiques. Deux facteurs ont été considérés: le débit nécessaire pour assurer un approvisionnement en eau pour la centrale de traitement d’eau potable de la Ville de Bromont et le débit minimal pour satisfaire les besoins écologiques de la rivière Yamaska, c’est-à-dire ses écosystèmes floral et faunique. Une convention existe pour que la Ville de Lac-Brome gère son barrage de façon à répondre à ces deux objectifs.

Or, les débits minimaux devront éventuellement être revus à la hausse, concluent les chercheurs, et ce, afin de conserver un approvisionnement maximal de 0,25 mètre cube d’eau brute par seconde à la centrale. En 2011, la consommation d’eau était de 0,14 m3/s.

«Il y a présentement une marge de manœuvre pour assurer l’approvisionnement de la ville, mais la prudence est de mise par l’implantation de stratégies d’adaptation», croit M. Leconte. C’est d’autant plus envisageable puisque la consommation d’eau augmentera au gré de la croissance de la population et de la hausse de la température moyenne, a-t-il ajouté. Dit autrement, la Ville devra trouver des moyens de réduire sa consommation d’eau.

Comme toutes les autres villes concernées, Bromont dispose d’outils pour mieux gérer son eau potable, rappelle M. Leconte. Elle doit d’abord miser sur des programmes d’économies d’eau auprès de sa population, dit-il.

La Ville peut aussi aller plus loin en installant des compteurs d’eau dans toutes les maisons, indique-t-il. Il s’agit d’une mesure impopulaire et coûteuse, conçoit-il, mais efficace. C’est le principe de l’utilisateur-payeur, de rappeler l’universitaire. «Ça vient donner une valeur réelle à l’eau qu’on consomme. C’est une bonne façon d’amener les gens à faire une utilisation plus raisonnable de l’eau potable. On ne peut pas être perdant à mettre en place un outil comme celui-là. C’est une no regret strategy