Dès le début de la soirée électorale, la caquiste Isabelle Charest a pris une avance considérable sur ses adversaires.

Brome-Missisquoi: victoire éclatante d’Isabelle Charest

Brome-Missisquoi change de couleurs après 38 ans passés sous le giron libéral. Des six candidats qui voulaient succéder à Pierre Paradis, c’est la caquiste Isabelle Charest qui est désormais la nouvelle députée de la circonscription.

« Je suis vraiment très très fière d’avoir cru en mes chances, mais aussi d’avoir eu une équipe, car sinon je n’y serais pas arrivée. Je suis très fière que les gens m’aient accordé leur confiance », a indiqué la nouvelle députée, élue avec près de 45 % des suffrages.

Dès le début de la soirée électorale, la caquiste a pris une avance considérable sur ses adversaires, amassant plus de 50 % des voix au dépouillement des boîtes.

Plus tôt dans la soirée, la candidate a fait une entrée triomphale au Edgar Hyperlodge, là où elle a été accueillie par des salves d’applaudissements bien sentis. Le conseiller municipal Réal Brunelle, qui a participé à la campagne électorale de la candidate, a scandé « All the way » avec la foule en liesse pour symboliser le travail accompli pour atteindre la victoire.

En attendant le résultat, Mme Charest s’est montrée d’un calme olympien, se disant d’ailleurs très « zen ». Même après l’annonce de sa victoire, celle-ci demeurait incrédule. « Je ne suis pas quelqu’un d’exubérant de nature, a-t-elle affirmé. C’est comme quand je faisais de la compétition, je sais garder mon calme. Mais je n’en suis pas moins fière pour autant ! »

En entrevue avec La Voix de l’Est, Isabelle Charest a répété à plusieurs reprises que François Bonnardel avait été un mentor pour elle lors de ses premiers pas en politique. « Il m’a beaucoup appris », a-t-elle précisé.

Sa victoire lui enlève « un gros poids » de ses épaules, confie la députée nouvellement élue. Mais le véritable travail commence maintenant. « Il faut livrer », a dit Mme Charest.

En 2014, la Coalition avenir Québec avait obtenu 28,2 % des votes alors qu’elle était représentée dans la circonscription par François Lemay, aujourd’hui adjoint de circonscription de François Bonnardel.

« Mes convictions ne changent pas », dit Marini

La libérale Ingrid Marini n’a pu conserver la circonscription au sein de son parti, finissant deuxième avec 24 % des votes.

La soirée a commencé avec un mélange de confiance et de stress du côté de la candidate libérale. Une vingtaine de personnes à peine s’étaient regroupées au centre Euro-Spa, à Saint-Ignace-de-Stanbridge.

L’excitation a toutefois laissé place à la déception alors que les votes étaient comptabilisés. L’équipe d’Ingrid Marini a pris le temps de s’échanger des accolades tout en versant quelques larmes, visiblement déçue du résultat.

Mme Marini s’est toutefois dite fière de la façon dont elle a géré sa campagne. Elle aurait aimé pouvoir la prolonger pour « parler à plus de monde ».

La libérale s’attendait à ce résultat dans Brome-Missisquoi, mais elle ne croyait pas que « ça allait être aussi drastique ». Elle attribue sa défaite à la notoriété d’Isabelle Charest et à la couverture médiatique dont celle-ci a bénéficié.

C’est un changement de cap qui s’effectue dans Brome-Missisquoi, relève Mme Marini, qui soutient que ce changement « est à la grandeur de la province et pas seulement dans Brome-Missisquoi ».

« Mes convictions ne changent pas et je sais que j’ai ce qu’il faut pour gérer un comté », a conclu Ingrid Marini.

Legault satisfait malgré la défaite

Alexandre Legault, qui tenait une soirée électorale au Cinéma Princesse de Cowansville, a terminé troisième avec 17 % des votes. C’est une performance nettement supérieure pour Québec solidaire, dont le candidat local Benoit Van Caloen avait rallié 6,6 % des électeurs en 2014.

« On est super satisfaits ! », a déclaré Alexandre Legault, ravi de voir que son parti occupera un plus grand nombre de sièges à la rentrée parlementaire.

Le nombre historique de députés solidaires élus lundi soir ouvre « une porte importante » à des mesures concrètes pour protéger l’environnement et pour contrer certaines initiatives du nouveau gouvernement caquiste.

« J’ai confiance dans la députation de notre parti, a-t-il affirmé. Je suis fier d’être dans un parti qui a un plan d’action concret et nécessaire pour s’attaquer à la crise écologique. »

Déception chez les péquistes

Le solidaire a devancé du même coup la péquiste Andréanne Larouche, qui a obtenu un peu plus de 10 % des suffrages.

L’ambiance n’était pas à la fête dans le local de la candidate. Des membres de sa famille, des militants, des bénévoles et Mme Larouche avaient le regard rivé sur le téléviseur où défilaient les résultats qui n’étaient pas favorables au Parti québécois.

La déception était palpable au sein du groupe, qui a chaudement applaudi la candidate péquiste lorsqu’elle a livré son discours.

« Une campagne électorale, [ce sont] des hauts, des bas et beaucoup de fous rires. J’ai eu tellement de plaisir ! », a dit Andréanne Larouche, souriante malgré la défaite, en remerciant les bénévoles qui l’ont aidée pendant la campagne électorale.

Les témoignages qu’elle a reçus des citoyens et de personnes influentes qu’elle a rencontrées au cours des derniers mois lui ont fait « chaud au cœur », a-t-elle souligné. « On me disait que j’étais celle qui était la plus prête pour être députée, celle qui a été la plus présente, a-t-elle dit. Une chose est certaine, on peut être fiers du travail accompli. »

En 2014, l’actuel maire de Saint-Joachim-de-Shefford, René Beauregard, portait les couleurs du parti indépendantiste. Il avait terminé troisième avec 20,3 % des votes.

La dernière fois que Brome-Missisquoi a changé d’allégeance politique remonte à 1980, alors que la circonscription, représentée par l’Union nationale, est passée sous la gouverne libérale avec l’arrivée de Pierre Paradis. Celui-ci avait été réélu en 2014 avec 44 % des voix. Au sommet de sa gloire, au milieu des années 1980, le ténor libéral avait su rallier pas moins de deux électeurs sur trois.

Le député sortant a toutefois renoncé à solliciter un douzième mandat, évoquant des raisons de santé. À la fin de 2016, M. Paradis avait en effet subi une violente commotion cérébrale à la suite d’une chute à cheval dont ses proches disent qu’il subit encore les effets. Il n’est jamais retourné à l’Assemblée nationale depuis. Entre temps, des allégations d’inconduite sexuelle, qui n’ont pas mené à des accusations, et un blâme de la Commissaire à l’éthique et à la déontologie des élus de l’Assemblée nationale sur l’utilisation de ses allocations de logement pour payer l’hypothèque de sa fille et de son gendre, ont entaché le blason de l’homme politique.

— Avec la collaboration de Roxanne Caron, Karine Blanchard et Jean-François Guillet.