Québec n’a pas encore signé l’entente pour financer le déploiement d’un réseau de fibre optique dans la MRC Brome-Missisquoi.

Brome-Missisquoi­­: le financement de la fibre optique tarde à arriver

Les travaux pour déployer la fibre optique dans la MRC Brome-Missisquoi pourraient être suspendus. Plus de six mois après avoir annoncé le projet en grande pompe, Québec et Ottawa n’ont pas encore versé un seul sou des 20,6 millions de dollars promis pour offrir le service internet haute vitesse sur l’ensemble du territoire de la MRC d’ici avril 2021.

Les responsables du projet chez Internet Haut Richelieu (IHR), l’organisme sans but lucratif mandaté par la MRC pour piloter le projet, attendent toujours l’autorisation écrite de la ministre Dominique Anglade, du ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation (MESI), pour commander la fibre optique et les équipements de communications pour assurer le service. Ce retard pourrait entraîner des délais de livraison.

Le temps presse pour IHR. Des deux millions de dollars de la marge de crédit négociée avec une banque pour démarrer les préparatifs dans l’attente que le fédéral et le provincial signent le contrat, il ne lui reste plus que 300 000 $. « On en a assez pour sécuriser nos employés pour encore cinq semaines. Après, on verra », a dit en entrevue lundi Patrick Bonvouloir, directeur général de l’organisme.

Cette longue attente s’explique par la lourdeur administrative de la fonction publique, estime Denis Paradis. Pendant plusieurs semaines, le député fédéral de Brome-Missisquoi a fait pression sur le ministre Navdeep Singh Bains, titulaire du ministère de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique, pour accélérer l’analyse du projet et pour que l’entente soit paraphée. L’accord final n’est venu que le 13 juin.

« Ça n’a pas de maudit bon sens. On a fait l’annonce en décembre et l’argent n’est pas encore disponible. Les gens attendent après ça. Ils ont le droit d’avoir un service internet haute vitesse comme l’ont les gens dans les grands centres », déplore le vétéran politicien, une dose de frustration dans la voix.

Assurer le service haute vitesse dans chaque coin de la MRC nécessitera l’installation de 1400 kilomètres de fibre optique. Les rouleaux de fibre optique doivent être commandés à des entreprises aux États-Unis, spécialisées dans ce type d’équipement. En temps normal, un délai de livraison de huit à dix semaines existe. L’ampleur de la commande pourrait allonger ce délai, a dit M. Bonvouloir. C’est sans compter que d’autres commandes, dans la foulée des subventions fédérales dans d’autres régions du pays pour les doter du service internet haute vitesse, seront passées. « On pourrait devoir attendre 20 semaines », dit-il.

Une douzaine de têtes de ligne, des dispositifs servant à envoyer le signal par l’entremise de la fibre optique, doivent aussi être commandées. Ces dispositifs se détaillent 120 000 $ chacun.

Les deux paliers de gouvernement doivent avoir donné leur imprimatur avant qu’IHR ne passe une commande, soutient M. Bonvouloir. « Ça coûte cher aux fabricants pour produire de tels équipements. Ils nous demandent donc de payer une partie de l’argent lors de la commande et le restant à la livraison. Tant que nous n’avons pas l’argent des subventions, on ne peut pas le faire. »

Il est risqué d’engager des montants d’argent sans avoir obtenu au préalable la signature des deux ministres concernés par les subventions. Les ministères pourraient ne pas rembourser les sommes payées par le promoteur du projet.

Discussions retardées
Les dirigeants d’Internet Haut Richelieu ne peuvent pas non plus discuter avec Bell pour utiliser ses poteaux afin de passer leur réseau. « Tant que l’entente ne sera pas signée, on ne peut s’engager auprès de Bell. On ne veut pas payer pour réserver des poteaux sans savoir quand on va pouvoir passer notre réseau. Le problème, c’est que ça peut prendre plusieurs mois avant de s’entendre avec Bell. Si on retarde les discussions, ça risque de compliquer notre planification. On est pris à attendre », se désole M. Bonvouloir.

Incapables d’entamer des discussions avec Bell et de commander des équipements, le travail des équipes d’IHR a consisté à inventorier les poteaux déjà installés sur le territoire, de planifier les plans et devis et l’ingénierie des travaux à venir.

Le gouvernement provincial s’est engagé à verser 12 442 267 $ dans le projet de la MRC Brome-Missisquoi, et le fédéral 8 155 780 $. IHR investira les 7 086 267 $ restants.

Le bureau de la ministre Anglade n’était pas en mesure lundi de répondre à nos questions.