Le maire du Canton de Bedford, Gilles St-Jean

Bras de fer entre les maires Lévesque et St-Jean

Le torchon brûle entre Yves Lévesque puis son homologue et voisin, le maire du Canton de Bedford, Gilles St-Jean. Un projet d’étude pour une éventuelle fusion de localités, initié par Bedford, est au cœur du litige entre les élus, qui ont des positions diamétralement opposées.

Depuis des années, les municipalités du pôle de Bedford sont aux prises avec un important déclin démographique, principalement lié au vieillissement marqué de leur population. L’essor économique n’est donc pas au rendez-vous. Il y a « urgence d’agir » et une fusion de localités est une piste à envisager, clame le maire de Bedford, Yves Lévesque. « On veut contrer la dévitalisation de la région, dit-il. Je suis inquiet si on ne s’organise pas à moyen terme. »

Une vision que partage Sylvie Dionne-Raymond, préfet de la MRC Brome-Missisquoi et mairesse d’East Farnham. « Je suis favorable d’étudier toutes les possibilités qu’il peut y avoir pour aider [le pôle de Bedford], fait-elle valoir. Que ce soit une fusion ou autre chose. »

En entrevue, M. Lévesque a dit préconiser la création d’une seule entité regroupant Saint-Ignace-de-Stanbridge, Stanbridge Station et le Canton de Bedford. Une rencontre a eu lieu le 17 juin pour jeter les bases d’un tel projet d’étude, au terme de laquelle les municipalités n’auraient aucune obligation de s’engager dans une fusion. La majorité des localités du pôle ainsi que des représentants de la MRC Brome-Missisquoi et du ministère des Affaires municipales et de l’Habitation (MAMH) étaient présents.

Cul-de-sac

Le coordonnateur en organisation territoriale au MAMH, Marc-André Complaisance, a précisé à La Voix de l’Est qu’« un regroupement de municipalités est possible uniquement pour des territoires contigus ». Stanbridge Station est en faveur de l’initiative. « Ça fait des années que je dis que nos administrations municipales nous coûtent trop cher. On doit trouver une solution. Est-ce que ça passe par une fusion, un regroupement de services ? Je ne sais pas. Mais, on doit agir », affirme le maire, Gilles Rioux. Selon nos informations, Saint-Ignace-de-Stanbridge est aussi ouverte à enclencher une étude. Il n’a toutefois pas été possible d’obtenir les commentaires de la mairesse Dominique Martel. Saint-Armand serait aussi dans les rangs. Les quatre municipalités ont récemment adopté des résolutions en ce sens.

Or, les élus du Canton de Bedford, qui enclave complètement Bedford, se sont positionnés contre le projet d’étude, ce qui mène à un cul-de-sac. Selon nos renseignements, Pike River, Stanbridge East et Notre-Dame-de-Stanbridge sont également défavorables à l’initiative. « Le regroupement de services, on est pour ça à 200 miles à l’heure. On veut seulement garder notre identité. [...] Pourquoi dépenser de l’énergie à faire une étude quand on sait très bien qu’on ne veut pas fusionner », dit le maire de Notre-Dame-de-Stanbridge, Daniel Tétreault.

De son côté, le maire du Canton de Bedford, Gilles St-Jean, n’entrevoit aucun gain potentiel pour ses citoyens advenant une fusion avec ses voisins. « Ça va bien. On a un peu d’argent en banque, aucune dette. Notre taux de taxation est bas et on a quelques terrains qui se vendent pour de nouvelles constructions. On n’a rien à gagner dans une fusion », déplore-t-il.

De son côté, Yves Lévesque estime que le statu quo n’est pas une option. « On est 56 élus pour moins de 8000 de population. En plus des coûts élevés, avoir des décisions concertées, c’est trop long. Et on n’a pas de vision commune. Pour attirer de nouveaux citoyens, il faut être attractif. »

Le maire de Bedford, Yves Lévesque

Pouvoir

Le Canton de Bedford célèbre ce week-end son centenaire. Gilles St-Jean fulmine de voir le dossier de l’étude de regroupement de municipalités surgir durant cette période faste, notamment en raison de l’adoption, il y a à peine quelques jours, d’une résolution en ce sens par Bedford. « La Ville de Bedford a du front. Sortir [le projet d’étude pour un regroupement] juste avant la fête de nos 100 ans, ce n’est pas vraiment de la classe, rage-t-il. [...] Tu n’attires pas des abeilles avec du vinaigre. »

M. St-Jean est d’avis que Bedford souhaite entre autres une fusion avec le Canton de Bedford pour récupérer la richesse foncière des terres agricoles de la municipalité. Idem avec ses voisins. « Bedford a besoin d’argent, lance-t-il. Sinon, les taxes vont encore augmenter. »

Il n’hésite pas à décocher une flèche à son homologue. « M. Lévesque veut le contrôle de toutes les huit municipalités [du pôle], mais on ne lui donnera pas. [...] Si je dis non à une étude, Bedford ne peut fusionner avec personne. »

De son côté, Yves Lévesque se défend bien de vouloir tout contrôler. Il qualifie par ailleurs de « sensibles » les relations avec le Canton de Bedford. « La discussion est le meilleur outil de travail. [...] Mais, il n’y a aucune volonté du côté du Canton de développer des services avec Bedford. On en a parlé à deux ou trois reprises et c’est toujours un non catégorique. »

Marginal

À ce jour, le ministère des Affaires municipales n’a reçu officiellement aucune demande d’étude de fusion pour le pôle de Bedford, confirme M. Complaisance.

L’appui technique du MAMH entre en jeu si les exigences initiales pour amorcer un tel processus sont conformes, soit la transmission de résolutions favorables de municipalités contiguës. Par ailleurs, le Ministère « rembourse aux municipalités qui ont recours à des consultants pour la réalisation et le suivi d’une étude sur les implications du regroupement, une proportion de 50 % des frais engagés, jusqu’à concurrence de montants maximaux établis en fonction du total des budgets », mentionne le MAMH. À titre d’exemple, une localité dont le budget est de moins d’un million $ peut recevoir une aide financière maximale de 5000 $.

Toutefois, peu de municipalités enclenchent ce processus d’étude, qui peut s’échelonner « en moyenne » sur une période de six mois à un an. « On ne peut pas dire qu’il y a un intérêt croissant significatif », indique M. Complaisance. Selon le Ministère, 11 études du genre ont été réalisées au cours des 10 dernières années à travers la province. Au total, six regroupements de municipalités ont été comptabilisés au cours de la dernière décennie.