On voit ici la salle Yamaska, alors qu’une partie des équipements y avaient été transférés, vendredi, afin de la transformer­ en salle de débordement pouvant accueillir cinq patients.

Branle-bas de combat à l’Hôpital de Granby

On le sait, le ressac du manque de personnel est criant à l’Hôpital de Granby. Et depuis longtemps. En plein pic d’influenza, avec deux unités en situation d’éclosion et des patients en isolement, le cocktail est devenu explosif. Au point où une nouvelle unité de débordement vient d’être ouverte au sous-sol de l’établissement, dans une salle normalement dédiée aux réunions. À cela s’ajoute la fermeture de deux lits aux soins intensifs. Un véritable casse-tête logistique.

Les équipes s’affairaient à préparer la seconde salle de débordement pouvant accueillir jusqu’à cinq patients, vendredi, alors que l’urgence débordait et que les 10 lits de l’unité de surcapacité étaient occupés.

L’autre point principal derrière ce branle-bas est la récente éclosion d’influenza sur deux unités de soins, car on ne peut pas mettre la clientèle non infectée près de patients ayant la grippe, a indiqué Robin-Marie Coleman, directrice générale adjointe, volet santé physique au CIUSSS de l’Estrie. «On a une responsabilité lorsque nos sites sont tous occupés. Ce qui nous préoccupe, c’est que plusieurs personnes à hospitaliser attendent à l’urgence. [...] On voulait se préparer advenant que l’on ait besoin de transférer des patients.»

À midi vendredi, l’urgence de Granby était occupée à 140 % avec 28 civières comblées sur une capacité de 20. Du nombre, six patients étaient à l’urgence depuis 24 heures ou plus et deux y étaient alités depuis au moins deux jours, tandis que 12 personnes étaient en attente d’hospitalisation.

En ce qui concerne les cas de grippe, quatre ont été diagnostiqués au total. Deux patients étaient dans l’aile ouest de l’unité de médecine au 5e étage, jeudi. L’éclosion y a été déclarée mercredi. Les deux autres personnes étaient en chirurgie (6e étage ouest) depuis lundi. En date de vendredi, une personne était toujours en isolement dans chacune des unités, a indiqué Geneviève Lemay, responsable des communications au CIUSSS de l’Estrie. On parle d’influenza de type A, une souche commune pour ce virus.

Pour lever l’état d’éclosion, on doit cumuler 10 jours consécutifs sans nouveau cas après le début des symptômes du plus récent cas confirmé. Les visites dans les deux unités visées sont restreintes à une personne par patient jusqu’à nouvel ordre. Plusieurs mesures de prévention sont en place afin de stopper la propagation du virus.

Dr Stéphane Tremblay, PDG adjoint du CIUSSS de l’Estrie.

Normes

La salle Yamaska, choisie comme lieu temporaire de débordement, n’est pas conçue pour accueillir des patients. Outre l’ajout d’équipements médicaux, des effectifs s’affairaient en après-midi, vendredi, à vérifier si les lieux répondent aux normes de sécurité, notamment en cas d’incendie. Or, qu’adviendra-t-il si ce n’est pas le cas et que le transfert d’usagers vers ce « site non traditionnel » est nécessaire ? « Si on doit utiliser [la salle], on va prendre les mesures pour qu’elle réponde aux normes », a fait valoir le Dr Stéphane Tremblay, président-directeur général adjoint du CIUSSS de l’Estrie.

Inquiétudes

Transformer une salle de réunion en lieu de débordement laisse pantoise la présidente du Syndicat des professionnelles en soins des Cantons-de-l’Est (FIQ-SPSCE), Sophie Séguin. « Ce n’est pas l’idéal d’avoir des idées de génie comme ça, a-t-elle déploré. C’est un endroit dangereux, loin des autres unités de soins. Le soir et la nuit, il n’y a aucune circulation dans ce corridor. Vraiment, c’est de l’improvisation tout ça. »

De son côté, Mme Coleman a confirmé que l’on admettra uniquement des gens qui ne sont pas instables médicalement ou qui n’ont pas besoin de soins intenses dans la seconde salle de débordement. Ce qui soulève un doute du côté de la présidente syndicale. « Les patients non lourds, autonomes, on les retourne à la maison pour faire un suivi à l’externe. C’est évident que l’on va se retrouver avec des patients âgés avec des troubles de mobilité, d’autonomie et cognitifs. C’est un non-sens », a-t-elle clamé.

Questionnée à savoir de quels départements proviendront les effectifs infirmiers et les préposés aux bénéficiaires advenant l’utilisation du local de débordement au sous-sol, Mme Coleman a indiqué que tous pourraient être mis à contribution. « Je ne sais pas où on prendra le personnel. Et je refuse que ce soit une tâche imposée », a pour sa part mentionné Mme Séguin. La représentante du CIUSSS de l’Estrie a toutefois concédé que cette « mesure exceptionnelle » pourrait engendrer du temps supplémentaire obligatoire, le fameux TSO.

Soins intensifs

Le manque de personnel infirmier a des répercussions partout dans l’Hôpital de Granby. L’unité des soins intensifs n’y échappe pas. En ce sens, Robin-Marie Coleman a confirmé que deux lits sur huit demeureront fermés jusqu’au 4 février dans ce département. Une décision incontournable dans la situation actuelle, a-t-elle fait valoir. « Lorsqu’on a des expertises particulières et que des personnes sont absentes, ça crée une pression énorme sur les employés qui restent. » Des équipes sont à pied d’œuvre pour tenter de dénouer l’impasse, a-t-elle mentionné.

Malgré la précarité de la situation aux soins intensifs, aucun détournement de patients destinés à cette unité vers d’autres hôpitaux n’a eu lieu depuis l’adoption de cette mesure. « Jusqu’à présent, on a toujours un lit disponible pour un patient qui a besoin de soins critiques », a affirmé Mme Coleman.

Étant donné la situation critique à l’Hôpital de Granby, le CIUSSS de l’Estrie rappelle que plusieurs personnes se présentent à l’urgence alors qu’elles pourraient être prises en charge ailleurs dans le réseau de la santé. Parmi ces options, notons la clinique d’accès, rue Déragon, pour la clientèle sans médecin de famille.