Un grand ménage s’impose dans l’industrie du nettoyage des conduits sanitaires et pluviaux, de même que dans celle du traitement des boues usées, estime Frédérick Côté, président de l’entreprise Enviro5 à Roxton Pond.
Un grand ménage s’impose dans l’industrie du nettoyage des conduits sanitaires et pluviaux, de même que dans celle du traitement des boues usées, estime Frédérick Côté, président de l’entreprise Enviro5 à Roxton Pond.

Boues usées en milieu agricole: Enviro5 plaide pour une meilleure réglementation

Marie-France Létourneau
Marie-France Létourneau
La Voix de l'Est
Cynthia Laflamme
Cynthia Laflamme
Initiative de journalisme local - La Voix de l'Est
Un grand ménage s’impose dans l’industrie du nettoyage des conduits sanitaires et pluviaux, de même que dans celle du traitement des boues usées, estime Frédérick Côté, président de l’entreprise Enviro5 à Roxton Pond.

«Il serait grand temps qu’il y ait une table de concertation pour mettre en place une réglementation ferme et rigoureuse. Il faut vraiment qu’il y ait quelque chose qui se passe dans cette industrie-là», a réagi M. Côté.

Le quotidien La Presse a rapporté mardi qu’une entreprise, Beauregard Environnement, épandait clandestinement, depuis plusieurs années, sur une terre agricole de Mirabel les boues usées qu’elle récupérait lors du nettoyage des puisards et du récurage des égouts pluviaux à Montréal. Selon les contrats signés avec la Ville de Montréal, les boues devaient plutôt être séchées et acheminées jusqu’à un site d’élimination à Lefaivre, en Ontario.

Le Bureau de l’inspecteur général (BIG) de Montréal a enquêté sur les pratiques de l’entreprise. Le BIG a réclamé la résiliation d’une douzaine de contrats, selon le quotidien montréalais.

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Plusieurs municipalités du Québec ont également des contrats avec cette entreprise, dont Lac-Brome, Sutton et Granby.

À Granby, le contrat, d’une durée de quatre ou cinq jours, concerne le nettoyage des bassins de la station d’épuration. Aucun transport n’est nécessaire. Aucune modification au contrat n’est prévue. L’administration municipale demeure néanmoins vigilante, assure le directeur général de la Ville, Michel Pinault.

«Je ne suis pas étonné de voir sortir ça au grand jour. Honnêtement, en tant qu’entrepreneur en environnement, je suis content que ça ait sorti», laisse tomber Frédérick Côté d’Enviro5 qui dit être au fait de la présence de «lacunes» dans l’industrie.

Celui-ci tient d’ailleurs à préciser qu’il n’a aucun lien avec Beauregard Environnement et n’y est associé d’aucune façon. Certaines municipalités l’ont contacté à ce sujet, dit-il.

Changements

Selon M. Côté, environ 10 entreprises majeures au Québec, incluant la sienne et Beauregard Environnement, sont actives dans ce créneau.

Des changements devraient notamment être apportés au système d’appel d’offres, croit-il. «Ce n’est pas étonnant de voir que des entreprises ou des gens posent des gestes comme ça, quand c’est le plus bas soumissionnaire qui obtient le contrat (...) La joute n’est pas égale pour tout le monde, au niveau des appels d’offres», dit-il.

La Presse relève que Beauregard Environnement soumissionnait à des prix très bas pour la disposition des boues. Pour un contrat à Montréal, elle facturait à peine 40$ la tonne, alors que son concurrent Techvac estimait le coût à 107 $ la tonne, est-il souligné.

Frédérick Côté croit que les contrats devraient être octroyés selon une grille de critères qui tient compte par exemple de la notoriété de l’entreprise, du service, de la traçabilité des matières, etc.

«Il serait temps de revoir la réglementation du marché. On est prêts à participer, à aider à mettre en place une façon de faire plus structurée», dit le dirigeant de l’entreprise qui emploie 90 personnes.

Enviro5 oeuvre sur un vaste territoire qui couvre le Centre-du Québec, la Montérégie, les Cantons-de-l’Est, la Rive-Sud de Montréal et la région de Trois-Rivières. Elle travaille avec une cinquantaine de municipalités, ainsi que trois MRC, dont la Haute-Yamaska, pour la vidange des fosses septiques. Elle possède deux centres de traitement pour les boues avec les autorisations nécessaires du ministère de l’Environnement, selon M. Côté.

La PME de Roxton Pond, issue de la fusion de quelques entreprises au fil des ans, a d’ailleurs le contrat de nettoyage des regards pluviaux à Granby. La Ville dispose toutefois elle-même des boues usées.

«On suit les règles avec rigueur. On a une bonne réputation dans le marché. (...) On croit à l’environnement. On fait beaucoup d’efforts pour se diversifier et continuer à innover dans ce domaine-là», dit M. Côté.

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Lac-Brome et Sutton réagissent à la controverse

Sutton et Lac-Brome font toutes les deux affaire avec Beauregard Environnement pour la vidange des fosses septiques citoyennes. Les deux administrations ont été surprises des révélations du Bureau de l’inspecteur général (BIG) de Montréal, rapportées par La Presse+, à propos des pratiques illicites de l’entreprise. Elles porteront un œil attentif sur son travail sur leur territoire.

«Je me mets à la place des citoyens, c’est sûr que c’est désolant de lire quelque chose comme ça, commente le maire de Sutton, Michel Lafrance. À Sutton, les gens sont très sensibles à l’environnement et je pense qu’ils font des efforts pour être respectueux.»

Le directeur général Pierre Largy et lui ont été inquiétés par les révélations de mardi matin. «J’ai demandé au service d’urbanisme de faire des vérifications pour voir si on avait les preuves que les boues collectées à Sutton étaient bel et bien disposées dans un site autorisé. Des démarches sont en cours pour obtenir ces validations-là.»

Le contrat d’un an, avec possibilité de renouvellement à trois reprises, avec Beauregard Environnement a été octroyé au printemps 2018. Le montant totalisait 705 470 $, taxes incluses, pour quatre ans.

Selon le devis, Beauregard Environnement doit disposer des boues dans un site de traitement d’épuration autorisé par le ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs. Le site est toutefois à la discrétion de l’entreprise. 

«Dans le passé, d’autres compagnies avaient des sites autorisés dans la région immédiate, je pense au site d’enfouissement à Cowansville, se souvient M. Largy. On ne sait pas où Beauregard Environnement est allé déposer les boues collectées. On va lui demander les preuves. Il peut par contre changer de site d’une année à l’autre. Normalement on devrait le demander chaque année.»

Une clause dans le contrat permet à la Ville de mettre fin à celui-ci s’il n’est pas respecté. Donc, si les boues ont été amenées sur un site non autorisé, le contrat pourra être résilié.

Le conseil municipal a été saisi par la question. «On est en train de creuser tout ce dilemme-là pour voir nos options», assure M. Lafrance qui assure qu’une surveillance accrue sera faite.

Site local

La Ville de Lac-Brome a adjugé un contrat avec Beauregard Environnement au début de l’année, pour les deux années suivantes. Le contrat de deux ans se détaille à 245 593 $, taxes incluses. Au moment de la signature du contrat, le conseil ne savait pas que le BIG enquêtait. 

«Ce n’est jamais plaisant de lire ça, mais en même temps ce qu’on a lu dans l’article c’est qu’ils ont amené les boues à un endroit qui n’était pas prévu au contrat. Nous, nos boues, il faut qu’ils les amènent à la ville, mentionne Gilbert Arel, directeur général de Lac-Brome. C’est la façon la plus économique pour nous. On a un endroit dédié pour faire ça. Pour nous, ce n’est pas un problème.»

Le BIG a aussi découvert que l’entreprise facturait des nettoyages qu’elle ne faisait pas et qu’elle omettait de procéder à certains tests prévus au contrat, révèle La Presse+.

«C’est sûr que, sachant tout ça, on va les suivre de plus près. On va faire les vérifications qui s’imposent. Les devis sont assez clairs. Si on voit qu’il y a des manquements, que le contrat n’est pas respecté, on peut se retirer du contrat en tout temps.»

L’entreprise est chargée, à Sutton comme à Lac-Brome, de procéder à la vidange de la fosse septique des citoyens aux deux ans, ce qui représente environ 900 fosses septiques par année à Lac-Brome. La facture est refilée à ces derniers par la Ville.