« De toute évidence, le CIUSSS ne comprend pas notre réalité », déplore le maire de Granby, Pascal Bonin.

Bonin en rogne contre le CIUSSS

Le maire de Granby, Pascal Bonin, n’en revient pas. Il ne digère simplement pas que les délais s’allongent à nouveau dans l’épineux dossier du nouveau CHSLD de 176 places, dont l’ouverture est prévue pour 2020. Il estime que « l’entêtement » du CIUSSS à ne pas écouter l’avis de la Ville a mené l’organisation « droit dans le mur ».

La date butoir pour répondre à l’appel d’offres avait été fixée au 8 août. Elle a ensuite été reportée au 10 septembre. Le CIUSSS de l’Estrie a indiqué à La Voix de l’Est que l’échéance du dépôt des soumissions pour le projet de CHSLD vient d’être remise au 9 octobre « à la demande des entrepreneurs et des promoteurs ».

Rappelons qu’après des mois d’attente, le CIUSSS de l’Estrie a lancé le 16 mai l’appel d’offres pour le centre d’hébergement. La municipalité de Granby avait rapidement levé le drapeau rouge, a fait valoir en entrevue Pascal Bonin. « Le CIUSSS voulait faire un CHSLD de 176 places sur un étage. Ça allait à l’encontre des visions gouvernementales sur la densification en urbanisme. À la Ville, on leur a dit que ça n’avait aucun sens. Ensuite, ils sont revenus avec un immeuble de trois étages. De toute évidence, le CIUSSS ne comprend pas notre réalité. [...] Des terrains de 150 000 à 200 000 pieds carrés dans le périmètre d’urbanisation, il n’y en a pas. Plutôt que d’écouter un gouvernement de proximité qui avait bien analysé le dossier, le CIUSSS a fait à sa tête. Et là, des mois plus tard, on est à la case départ. »

Le CIUSSS a refusé notre demande d’entrevue. « Étant donné le processus d’appel d’offres en cours, nous ne commenterons pas davantage. Toutefois, nous réitérons que notre objectif est de construire un nouveau CHSLD dans la ville de Granby, et ce, le plus rapidement possible », a mentionné par courriel Geneviève Lemay, responsable des communications pour l’organisation.

« C’est un dossier qui est un bel exemple d’un énorme manque de respect envers les citoyens et des connaissances d’un gouvernement de proximité, a déploré Pascal Bonin. [...] C’est la preuve que la transformation du système de santé [fusion des agences en 2015] est un échec. Si le CIUSSS n’avait pas les compétences, pourquoi ne pas se fier à celles de l’équipe de Granby ? »

Retour à la table à dessin
Selon les informations de La Voix de l’Est, au moins deux sites sont pressentis pour accueillir le futur centre d’hébergement. L’un d’eux est le vaste terrain de l’ancienne église Saint-Joseph, tombée sous le pic des démolisseurs en raison de sa vétusté. Le site, à proximité de l’hôpital de Granby, est la propriété de la Fondation Horace-Boivin. Le président du conseil d’administration, Marc Breton, estime que le récent addenda à l’appel d’offres, ne limitant désormais plus le nombre d’étages du bâtiment, était incontournable. « On avait trouvé quelques solutions pour répondre à l’appel d’offres à trois étages. Mais honnêtement, c’était très compliqué. On aurait dû acheter du terrain autour pour avoir l’espace suffisant », a-t-il mentionné. La Fondation travaille de concert avec la firme Pomerleau dans le dossier. Cette dernière s’occupera du volet construction tandis que la Fondation verra à la gestion.

De son côté, Médifice envisage de réaliser le projet sur le terrain des Industries Cresswell, à quelques pas de l’aréna, a confirmé à La Voix de l’Est Frédérick Gariépy, gestionnaire pour la firme de Boisbriand, spécialisée dans le créneau de la santé depuis plus de 20 ans. Rappelons que le site de la rue Léon-Harmel avait été ciblé pour accueillir le futur centre aquatique de Granby. La présence de trichloréthylène (TCE), un contaminant dans le sol, avait finalement incité les élus à laisser de côté cette option en juin 2015, pour se tourner vers le parc Dubuc.

Un autre groupe lorgne également le terrain de la Cresswell. Il s’agit notamment des actionnaires de Groupe santé Nadon Granby, propriétaires du CHSLD établi sur la rue Godue. Le président, Perry Nadon, a confirmé lundi que l’organisation avait bel et bien ciblé cet endroit et soumis une proposition en ce sens précédemment. Or, les associés seraient « en réflexion » concernant leur volonté de poursuivre avec le projet modifié. La compagnie à qui l’on confiera le projet, soit le plus bas soumissionnaire qui répond à tous les critères, devra livrer le bâtiment au plus tard deux ans après l’adjudication du contrat par le CIUSSS.

MONTAGNES RUSSES

Rappelons que le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, avait annoncé la construction du centre d’hébergement en janvier 2017. Initialement, le projet à Granby consistait à transférer 64 lits du Centre Leclerc vers le futur CHSLD. On parlait ainsi d’un ajout global de 32 places sur un total de 96. Or, ce nouvel établissement ne répondait pas à l’ensemble des besoins du territoire. Le projet avait donc été bonifié à 198 places, dévoilait La Voix de l’Est en juin.

Toutefois, la construction du centre d’hébergement devait entraîner la fermeture du CHSLD Horace-Boivin de Waterloo, jugé trop vétuste pour une mise à niveau. Ce qui a engendré une vaste levée de boucliers dans la région. Après des mois de tractations, Gaétan Barrette a confirmé le 26 janvier que le futur CHSLD à Granby disposera de 176 places. Il a également annoncé le maintien de 22 des 43 lits de soins de longue durée au centre d’hébergement de Waterloo, ce qui nécessitera des travaux de l’ordre de 4,8 M$. Finalement, 91 places seront ainsi ajoutées comparativement à celles occupées aujourd’hui à Granby et Waterloo. À l’origine, le nouveau CHSLD devait être opérationnel en 2019. Une échéance à 2020 est maintenant plus réaliste, a concédé le ministre de la Santé.

Voyant que le projet de CHSLD faisait du surplace, Pascal Bonin avait fait une sortie médiatique le 6 avril, de concert avec le député de Granby, François Bonnardel, pour inciter M. Barrette à remettre le dossier sur le dessus de la pile.