Jo-Annie Marcotte se dit amèrement déçue du peu de considération du CIUSSS de l’Estrie à son endroit pour améliorer la sécurité à l’urgence de l’hôpital de Granby.

Blessée par un patient: retour difficile pour une employée de l'hôpital de Granby

Alors qu’elle s’apprête à retourner au boulot au guichet d’admission à l’hôpital de Granby, Jo-Annie Marcotte est partagée entre deux sentiments aux antipodes. Heureuse de retrouver ses collègues la semaine prochaine, la jeune femme se dit ulcérée que la principale solution qu’elle préconise pour améliorer la sécurité à l’urgence, soit d’avoir un gardien en tout temps, soit rejetée du revers de la main par le CIUSSS de l’Estrie.

En arrêt de travail depuis trois mois, Jo-Annie Marcotte a réussi à se libérer graduellement des séquelles psychologiques liées au trauma qu’elle a vécu le 25 mai, victime de l’accès de rage d’un patient à l’urgence. Elle estime toutefois avoir été écartée des discussions pour accroître la sécurité. « Je me suis fait exclure des démarches, sans aucune raison valable. Ce ne sont pas les gens qui ne connaissent pas notre réalité qui peuvent amener des commentaires constructifs ou des solutions. J’ai l’impression que le CIUSSS a voulu m’empêcher de parler », a déploré celle qui travaille depuis 10 ans au centre hospitalier de Granby (CHG).

Selon la résidante de Shefford, une réunion a eu lieu le 7 septembre, à laquelle ont notamment participé des représentants de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) et du CIUSSS de l’Estrie (employeur) pour établir des pistes de solutions afin d’améliorer la sécurité à l’urgence du CHG. « Je suis vraiment en colère. J’ai demandé à ce que mon syndicat soit présent à cette réunion. C’est évident que je voulais y être moi aussi. Mais on m’a dit que le CIUSSS refusait que des employés participent. C’est un non-respect total », a clamé celle qui amorcera un retour progressif à partir du 1er octobre.

Antécédents
Rappelons que Mme Marcotte a reçu des morceaux de verre dans le bras gauche et la cheville droite quand un patient « désorganisé » a fracassé la vitre du guichet derrière lequel elle se trouvait, avant de fuir à pied. Un autre usager a été blessé lors de l’incident. L’homme « se serait impatienté parce qu’il n’avait pas les documents réclamés pour obtenir des services », rapportait en mai La Voix de l’Est. Le suspect dans cette affaire, Sébastien Denis, 34 ans, bien connu du milieu policier, a finalement été appréhendé grâce à des informations du public après la diffusion d’un avis de recherche. Il a été accusé de méfaits et de voies de fait. Il a été condamné à six mois de prison le 27 août pour une kyrielle de chefs. En retranchant la détention préventive, l’homme aux nombreux antécédents judiciaires devra purger une peine de trois mois et 18 jours derrière les barreaux.

Incohérence
Jo-Annie Marcotte est d’avis que le CIUSSS de l’Estrie fait preuve d’incohérence dans le traitement de ce dossier, entre autres en refusant d’assigner un gardien en tout temps à l’urgence du CHG. Une mesure pourtant « incontournable », a-t-elle affirmé en entrevue. Plusieurs collègues sont du même avis et n’ont pas hésité à signer une pétition mise en circulation au sein de l’établissement. Plus de 50 signataires auraient appuyé cette démarche.

Par ailleurs, selon Mme Marcotte, un bureau pour des agents de sécurité était au programme, il y a quelques années, lors du réaménagement de l’urgence. Cette partie du projet ne se serait pas concrétisée faute de budget. « On se fait dire que l’on n’a pas l’argent pour un gardien à temps plein à l’urgence. Pourtant, la sécurité des patients et du personnel, ça ne devrait pas avoir de prix, a-t-elle fait valoir. Ça paraît bien d’avoir une pancarte disant que la violence n’est pas tolérée. Encore faut-il avoir quelqu’un pour faire respecter la règle. »

Correctifs
Quelques correctifs ont été apportés par le CIUSSS de l’Estrie depuis l’incident du 25 mai. Une vitre plus épaisse, retenue par des ancrages plus solides, a été installée au guichet de l’urgence. Un code d’accès est désormais nécessaire pour ouvrir la porte du bureau, a mentionné Geneviève Lemay, responsable des communications pour l’organisation. « Il y aura une formation le 25 octobre prochain pour quelques employés de l’urgence (dont Jo-Annie Marcotte). Cette formation a pour but d’aider à gérer la violence au travail [et] sera redonnée en janvier à d’autres employés », a ajouté par courriel la porte-parole.

De plus, le bureau du superviseur des gardiens a été déplacé à l’urgence, a indiqué Julie Constantineau, également du CIUSSS. « Même s’il n’y a pas de présence permanente d’un gardien au poste de sécurité de l’urgence, le nombre de rondes y a été augmenté », a-t-elle mentionné par courriel.

Se disant amèrement déçue, Jo-Annie Marcotte demeurera sur le qui-vive. « J’aurai la mèche courte, a-t-elle imagé. Pas envers les patients, mais le bouton du gardien ne sera jamais loin. J’ai été un cobaye une fois, pas deux. »