À seulement 17 ans, Bienvenue Nininahazwe a une façon bien à lui de voir la vie

Bienvenue Nininahazwe: un grand sage à l'école de la Haute-Ville

Un grand sage se trouve entre les murs de l’école secondaire de la Haute-Ville de Granby. Curieusement, il n’est ni enseignant ni membre du personnel de l’établissement. Lui, il étudie en francisation. Le français, qu’il maîtrise déjà très bien même s’il n’est au Québec que depuis deux ans, il entend s’en servir pour grandir, guider et aider les gens autour de lui.

Bienvenue Nininahazwe a 17 ans. Philosophiquement parlant, il en a cinq fois plus ! Sa façon de voir la vie contraste d’ailleurs avec celle des ados qu’il côtoie au quotidien. La preuve, certains lui ont collé le surnom de « mononcle ». Un sobriquet qui le fait sourire et qui le remplit de fierté, car dans son pays d’origine, la Tanzanie, les plus vieux imposent le respect et sont de bons conseils pour les plus jeunes. Exactement ce qu’il tente de mettre de l’avant à l’école comme au sein du Corps des cadets de l’armée de terre 2470 de Granby. Naturellement.

« Il y a du respect dans cet ado-là ! », lance Manon Chicoine, secrétaire de gestion à l’école de la Haute-Ville et présidente du comité civil pour le Corps de cadets de l’armée de Granby.

Bienvenue lors de la parade finale en juin dernier, alors qu’il a reçu la plus haute distinction remise à un cadet: la médaille de Lord Strathcona.

« Il a appris le français avec une telle rapidité, c’est fou, poursuit-elle, admirative. Il aide les autres, il est d’une gentillesse et il est très aimé. Cadet Nini, il est droit, droit ! »

Une attitude qui a fait grimper le jeune homme au rang de sergent et de cadet maître dans le temps de le dire, lui qui, à son entrée dans le regroupement, ne savait dire que « Bonjour ! ».

« J’aime beaucoup comment sont les gens dans les cadets, explique Bienvenue. Nous sommes comme frères et sœurs et il n’y a pas de jugement. Il y a de l’entraide et on y travaille en groupe. »

À ses racines

La solidarité et le partage du savoir présents dans les cadets ne sont pas sans lui rappeler sa vie d’avant. Bienvenue n’a jamais connu le pays d’origine de ses parents, le Burundi, longtemps frappé par la guerre. Cadet d’une famille de quatre enfants, il est né dans un camp de réfugiés en Tanzanie. Avant leur grand voyage vers le Québec, lui et sa famille ont connu cinq camps.

« Tout était différent d’ici, raconte Bienvenue. Tout. Les maisons, la nourriture, l’école. Arriver ici a été une grosse surprise. C’était un voyage sans retour... On vivait quelque chose d’important. »

Le français, il a appris à le lire et à l’écrire en Tanzanie tout en développant son kirundi et son swahili. C’est aussi là-bas que son frère et lui ont rêvé de s’enrôler dans l’armée canadienne. Découvrir les cadets à son arrivée a donc été pour lui une révélation. « Et les cadets de terre, parce qu’en Afrique, on est habitués de marcher ! », lance-t-il. Pour expliquer comment se passait la vie dans un camp de réfugiés, Bienvenue dit avoir écrit un livre.

Désormais, il se concentre à perfectionner son français et à gravir les échelons chez les cadets. « Je veux un bon travail, insiste-t-il. J’ai appris que l’armée payait les études et pouvait nous former pour un bon travail. Je veux être dans l’armée pour régler les problèmes sans la force, imposer la paix et sauver des civils. »

Il semble présentement sur la bonne voie pour y arriver. Le soir de la rencontre avec La Voix de l’Est, Bienvenue a eu droit à une belle surprise.

Devant ses camarades, sa famille et ses amis, il a reçu un poste, celui de cadet-commandant adjoint à la discipline. En juin dernier, lors de la parade finale, Bienvenue a reçu la Médaille de Lord Strathcona, qui représente la plus haute distinction pour un cadet. Celle-ci, indique Mme Chicoine, est remise pour marquer la performance exceptionnelle en instruction physique et militaire d’un cadet, pour son rendement exceptionnel et son implication personnelle dans sa communauté.

En parallèle à la noble mission qu’il s’est donnée, Bienvenue joue au soccer à l’école et dans les Cosmos de Granby.

Si son emploi du temps lui permet d’avoir une petite amie ? Non. « Entrer dans l’amour », comme il le dit, ne fait pas partie de ses plans pour l’instant. Chose certaine toutefois, il souhaite avoir des enfants. D’ailleurs, déjà beaucoup de ses choix sont faits en fonction d’eux.

« Dans la vie, il ne faut pas seulement penser à nous-mêmes, souligne-t-il, mais aussi à ceux qui vont venir après nous ».

« Je sais qu’un jour je vais avoir une amoureuse. Une personne qui va m’aimer pour qui je suis et qui va savoir bien me conseiller. »

Un grand sage, on vous disait.