La Granbyenne Penny Lamarre n’est pas admissible à l’assurance-emploi maladie, faute de ne pas avoir cumulé assez d’heures travaillées entre son premier diagnostic de cancer et sa récidive.

Aux prises avec le cancer et privées de revenus

Depuis son adolescence, Penny Lamarre a toujours travaillé. Sans crier gare, la maladie s’est pointée une première fois dans sa vie en 2018, avec une leucémie aiguë. Après une série de traitements suivie d’une rémission, elle est en attente d’une greffe de moelle osseuse. Comble de tout, elle n’est pas admissible à l’assurance-emploi maladie et doit compter sur la générosité de la population pour survivre financièrement. Et elle n’est pas la seule dans cette situation.

« Je me bats financièrement et c’est épuisant », confie la Granbyenne que La Voix de l’Est a récemment rencontrée au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke où elle subit des traitements de chimiothérapie à la suite d’une récidive du cancer en juillet dernier.

Lorsque son premier diagnostic est tombé au printemps 2018, elle était prestataire de l’assurance-emploi à la suite d’une cessation d’emploi, et était à quelques jours de lancer sa propre entreprise et sa chaîne Youtube « La Connecteure » pour prôner le réseautage autrement.

Sa prestation de l’assurance-emploi a été basculée sur celle maladie qui offre un soutien de 15 semaines. Afin d’être admissible aux prestations, la personne doit avoir accumulé 600 heures d’emploi assurable au cours des 52 semaines précédant la demande ou depuis la dernière demande.

Les proches de la Granbyenne se sont rapidement mobilisés pour aider la maman de deux enfants sur le plan financier. Campagne de financement, aide de la Fondation Louis-Philippe Janvier, tournoi de hockey balle et coup de pouce de gens d’affaires lui ont permis de recevoir des dons et du coup, assurer ses obligations financières.

« Quinze semaines, ce n’est pas beaucoup, estime la femme âgée de 44 ans. Ils devraient réviser le programme pour faire la distinction entre une fracture de la jambe et un cancer. Les statistiques parlent d’une personne sur deux qui aura le cancer. »

À la suite de sa rémission, elle est brièvement retournée au travail, mais elle n’a pas accumulé assez d’heures pour bénéficier à nouveau du programme d’assurance-emploi maladie. Résultat : elle est sans revenus depuis septembre 2018 et vit de la générosité des citoyens.

« Pour avoir de la liquidité et essayer de prévoir, j’ai vendu ma maison. Je dois liquider mes REER et les placements pour les études de mes enfants. Pendant des années, j’ai rushé pour mettre des sous de côté pour l’éducation de mes enfants et assurer mon futur », explique-t-elle, visiblement émue.

Sa situation actuelle ne la rend pas éligible au programme d’aide sociale, pas plus qu’à du dépannage alimentaire. Grâce à une nouvelle campagne de sociofiancement sur la plateforme GoFundMe et des événements caritatifs organisés par son entourage, elle peut payer ses factures, sa médication et les frais encourus par ses déplacements à l’hôpital. « Ce qui est le plus difficile, après les traitements, c’est qu’on est épuisés, on dort beaucoup et on n’a pas l’énergie pour frapper à une porte ou une autre pour avoir du soutien, dit-elle. Et c’est gênant. »

La femme d’un positivisme contagieux recevra une greffe de moelle osseuse d’ici quelques semaines, ce qui entraînera ensuite une hospitalisation de six semaines. La Granbyenne devra ensuite s’installer près de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont pendant trois mois, ce qui entraînera également des frais supplémentaires. « Je ne sais pas après la greffe combien ça me coûtera pour la médication et pour me loger », laisse-t-elle tomber.

Il lui faudra ensuite jusqu’à deux ans avant d’être totalement rétablie.

Une autre histoire

L’histoire de Penny est similaire à celles d’autres personnes atteintes d’un cancer et qui sont privées de revenus. La Waterloise Audrey Demers a toujours travaillé, jusqu’à ce jour de juillet 2018 où elle a appris qu’elle était atteinte du cancer du col de l’utérus. Opération, chimiothérapie et radiothérapie se sont succédé. Son corps a bien répondu aux traitements.

Impossible toutefois dans de telles circonstances de retourner travailler. Elle aussi a pu bénéficier du programme d’assurance-emploi maladie d’une durée de 15 semaines. Les oncologues qui la suivaient lui suggéraient de retourner au travail plus d’un an après la fin de ses traitements, mais faute d’avoir épuisé le soutien financier de l’assurance-emploi, elle est retournée au boulot plus tôt.

Un an après le premier diagnostic, le médecin lui a appris que le cancer était de retour, plus virulent que la première fois. Ses ganglions étaient atteints. Les traitements fonctionnent bien jusqu’ici, mais elle a dû arrêter le travail. Tout comme Penny Lamarre, elle n’a pas cumulé assez d’heures entre son arrêt de travail et son retour, et n’est donc pas admissible à l’assurance-emploi maladie.

« Je ne dois pas être la seule à ne pas avoir d’assurance, avance la mère de famille. Ce n’est pas normal d’avoir seulement 15 semaines à 55 % de ton salaire, dénonce celle qui ne pourra pas retourner au travail avant plusieurs mois. Ça n’a pas de bon sens. »

Ses proches se sont mobilisés et ont récemment organisé un souper spaghetti pour lui venir en aide. Son employeur lui a aussi donné un coup de pouce et fait preuve d’une grande compréhension. La maman s’est également départie de son véhicule, plutôt récent, pour réduire ses paiements.

Une révision s’impose

Les deux femmes sont d’avis que le programme d’assurance-emploi maladie doit être revu et que d’autres mesures doivent être mises en place. « Est-ce qu’il n’y aurait pas lieu de considérer une invalidité temporaire ? Peut-être. Même si c’est 600 $ ou 800 $ par mois, ça contribue à faire une différence, surtout s’il y a d’autres choses mises en place », estime Penny Lamarre.

« Il devrait y avoir un programme qui offre une aide à plus long terme quand tu reçois un diagnostic de cancer parce que ça dure plus que 15 semaines », fait valoir Audrey Demers.

Mme Lamarre propose également que le programme s’adresse aussi aux travailleurs autonomes. « Ils n’ont pas nécessairement d’assurance et pourtant, ils font vivre notre communauté », dit la Granbyenne. Elle suggère aussi que des ententes soient créées avec des entreprises afin d’offrir des coupons pour l’alimentation et l’habillement, par exemple, aux personnes atteintes de cancer qui sont privées de revenus.

« Le gouvernement du Canada est conscient que même si les 15 semaines sont suffisantes pour la majorité des prestataires, environ 36 % d’entre eux épuisent leurs 15 semaines de prestations avant de pouvoir retourner au travail. C’est une situation sur laquelle nous nous penchons », a fait savoir le Ministère dans un courriel acheminé à La Voix de l’Est.

Il a aussi fait savoir que ce soutien s’ajoute à d’autres mesures qui sont offertes en cas de maladie et d’invalidité de longue durée telles que les prestations offertes par les régimes d’assurances collectives parrainés par les employeurs, les régimes privés dont les particuliers disposent, les prestations d’invalidité de longue durée du Régime de pensions du Canada et des programmes de soutien provinciaux et territoriaux, écrit le Ministère.