Après des semaines derrière les barreaux, Jason, un jeune père de famille Mohawk, commencera une cure fermée au centre L'Envolée de Shefford.

Autochtone en prison plutôt qu'en thérapie: l'impasse dénouée

L'impasse dans le dossier du jeune Autochtone détenu en raison d'un flou juridictionnel entre Québec et Ottawa vient d'être dénouée, a appris La Voix de l'Est. Le père de famille doit amorcer une cure au centre de désintoxication l'Envolée de Shefford, mardi.
Le directeur de L'Envolée, Nicolas Bédard.
« Je ne pouvais plus laisser quelqu'un qui a besoin d'aide dans une cellule. La farce avait assez duré. La place de Jason (nom fictif) est en thérapie et on va l'accueillir » a indiqué en entrevue Nicolas Bédard, directeur de l'Envolée et président de la Coalition des centres communautaires­ en dépendance.
En fait, le dossier stagnait depuis plusieurs semaines. La Voix de l'Est rapportait en exclusivité le 7 mars le cas du jeune Mohawk qui devait suivre une thérapie fermée de six mois au centre de désintoxication de Shefford. Or, parce qu'il demeure dans une réserve autochtone et que la cure dont il a besoin n'y est pas offerte, ni Québec ni Ottawa ne veulent assumer les frais. En conséquence, Jason est resté incarcéré en attendant qu'on en vienne à une entente. Pourtant, la Couronne et la partie défenderesse étaient d'accord pour envoyer le jeune homme en cure, avait plaidé son avocat, Me François La Haye. 
Selon Nicolas Bédard, la remise en liberté du détenu a été officialisée en cour, lundi. Celui-ci devra se conformer à quelques conditions, dont celles de suivre des traitements de réhabilitation « 24 heures sur 24 » au sein d'un centre spécialisé et de se plier aux règles de l'organisation.
Ouverture
Santé Canada a sommairement réagi par courriel au texte intitulé Les quatre ministères se renvoient la balle, publié dans La Voix de l'Est le 10 mars. 
« Lorsqu'un membre des Premières­ Nations vivant sur réserve obtient un ordre de la Cour afin d'avoir accès à une thérapie de longue durée, celui-ci, son mandataire légal, ou son représentant juridique, doit contacter Santé Canada afin que le ministère puisse prendre action et traiter la demande. [...] Nous n'avons reçu aucune demande [de cet ordre], a indiqué Gary Scott Holub, responsable des relations médias pour l'organisation. Le Centre L'Envolée n'étant pas mandataire légal, nous lui avons demandé de nous mettre en contact avec les personnes ayant obtenu un ordre de la Cour, leur mandataire légal, ou leur représentant juridique. Or, à ce jour, nous n'avons pas reçu cette information. »
Des arguments que réfute M. Bédard. « C'est plutôt compliqué de mettre des gens emprisonnés en contact direct avec des représentants du gouvernement, a-t-il clamé. Malgré tout, Jason n'a pas baissé les bras. Il veut avoir de l'aide, pas qu'on le traite injustement. Alors le père de famille a écrit une lettre lui-même à Santé Canada, directement de la prison, pour avoir droit à une thérapie à L'Envolée. »
En parallèle aux démarches de M. Bédard, la Commission de santé et de services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador a récemment lancé un comité de négociation pour dénouer l'impasse. Le ministère du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale, qui paie pour les thérapies des Autochtones hors réserve, a confirmé via un porte-parole sa participation aux travaux, tout comme le ministère de la Santé et des Services sociaux. Idem du côté de Santé Canada. Le ministère fédéral des Affaires autochtones, qui offre l'aide au revenu à ceux qui habitent en réserve, est également attendu à la table. « Santé Canada reconnaît les besoins des membres des Premières Nations qui se retrouvent dans ces conditions particulières et réitère sa volonté de trouver des solutions adéquates pour les personnes impliquées », a mentionné M. Scott Holub.
Affirmant avoir été contacté à plusieurs reprises au cours des derniers jours par des représentants du gouvernement fédéral, le directeur de L'Envolée est d'avis qu'Ottawa­ semble vouloir faire preuve d'ouverture, du moins en ce qui concerne le dossier de Jason. « Pour la clientèle qui arrive des palais de justice en attente de sentence et qui est exclue de tous les mécanismes présents, je pense qu'on va trouver une voie d'accès. D'ailleurs, on recommence à accueillir tous les autochtones­ à partir d'aujourd'hui (lundi) à l'Envolée­. On parle de 150 000 $ par an pour aider 40 à 50 personnes pour des cures de longue durée. Ça équivaut à environ 65 $ par jour ici plutôt que 200 $ par jour en prison. Dans tout ça, le client et les contribuables­ sont gagnants. »
La Voix de l'Est n'a pas pu obtenir les commentaires de Santé Canada lundi. 
- Avec la collaboration de Marie-Ève Martel