François Laperle, coordonnateur planification et dotation des effectifs au CIUSSS de l’Estrie.

Aucune sanction disciplinaire pour le sit-in à l'urgence de Granby

À deux reprises en avril, des infirmiers de l’urgence de l’hôpital de Granby ont refusé d’effectuer leur quart de travail. Ces effectifs, qui prétextaient les répercussions du manque de personnel pour mettre de l’avant cette ultime mesure, s’en tireront finalement avec des avis verbaux de l’employeur.

« Concernant les sit-in, on a appris récemment que les employés concernés auront un avis verbal seulement. Il y aura peut-être une attention particulière pour les gens qui ont fait les deux sit-in. L’employeur pourrait les rencontrer pour les sensibiliser encore plus », a indiqué la présidente du Syndicat des professionnelles en soins des Cantons-de-l’Est (FIQ-SPSCE), Sophie Séguin. Le CIUSSS de l’Estrie a corroboré cette information.

Rappelons que le premier sit-in est survenu du 14 au 15 avril. Des infirmiers ont alors refusé de rentrer à minuit. Une partie du personnel de soir est resté en poste jusqu’à 3 h le matin suivant, tandis que d’autres ont dû compléter deux quarts en continu.

Une situation similaire s’est répétée dans la nuit du 22 au 23 avril. Mme Séguin a mentionné que devant le désarroi de leurs collègues, demeurés toute la nuit à la cafétéria pour pallier tout débordement, l’équipe de soir a pris, par solidarité, les patients en charge jusqu’à 7 h 15 le lendemain matin.

Un jeune infirmier qui a participé au plus récent sit-in s’était confié à la représentante syndicale.

« Je ne veux pas y laisser ma santé. Depuis que je suis tout jeune que je veux travailler à l’urgence de nuit, a avoué l’infirmier à Mme Séguin. Faire le travail, ça ne me dérange pas. Mais me retrouver toujours en écart de personnel à me demander quel genre de nuit d’enfer je vais passer, je ne suis plus capable. Je ne veux pas perdre mon permis de pratique parce que j’aurai commis des erreurs. C’est la vie des patients qui est en jeu. C’est rendu que j’ai mal au ventre tout le temps. Je ne me sens pas bien. »

Bras de fer

En contrepartie de l’absence de sanctions pour les employés ayant récemment refusé de faire leur quart de travail, le CIUSSS de l’Estrie a déposé une plainte au Tribunal administratif du travail (TAT) contre la FIQ-SPSCE, a mentionné Sophie Séguin.

Selon cette dernière, le TAT l’aurait rejetée. « L’employeur croyait que l’on a incité le personnel à faire des sit-in, a-t-elle dit. Il n’y a pas eu de suite parce que la conciliatrice a jugé que ce n’était pas fondé. En aucun temps on n’endosse ce genre de mesure. Je sais très bien que nos membres étaient dans l’illégalité et on leur a rappelé à plusieurs reprises. C’était leur décision et ils savaient qu’ils s’exposaient à des sanctions. »

Le CIUSSS a une vision différente. « C’est le Tribunal administratif du travail qui nous a interpellés. Ils ont eu connaissance du sit-in via leur veille médiatique. Ils nous ont offert un soutien pour une intervention, mais nous l’avons décliné », a mentionné la conseillère aux communications, Sylvie Vallières.

Mme Séguin évoque que la partie patronale envisage de revenir à la charge en déposant un grief contre le syndicat. Le CIUSSS a confirmé être en réflexion à ce sujet.

Embauches

Le CIUSSS travaille principalement sur trois axes pour corriger le tir concernant le personnel infirmier en Haute-Yamaska : l’embauche, la rétention et la réduction de l’absentéisme.

En ce qui concerne les congés à long terme, le nombre d’infirmiers a diminué de près de 10 % (11 sur 93) au cours de la dernière année, a mentionné le coordonnateur planification et dotation des effectifs, François Laperle.

Du côté de l’embauche, 29 nouveaux infirmiers doivent entrer en poste d’ici la fin juin en Haute-Yamaska. « La plupart sont fraîchement gradués », a spécifié M. Laperle.

Le CIUSSS aimerait toutefois en ajouter une vingtaine de plus afin de diminuer les heures supplémentaires, notamment durant la période estivale. De plus, 25 postes permanents ont été créés. « Ça permettra de stabiliser les équipes », a fait valoir M. Laperle.

Le recrutement à l’étranger porte aussi ses fruits. « Neuf infirmières en provenance de la France veulent s’établir en Haute-Yamaska pour travailler », a indiqué le représentant du CIUSSS, précisant que le délai d’entrée en fonction est d’environ neuf mois. Les retraités sont également mis à contribution. À ce jour, dans l’ensemble de l’Estrie, 34 d’entre eux ont été réembauchés.

Toujours dans la région, le CIUSSS, de concert avec la FIQ, a aussi intégré des horaires de 12 h. Jusqu’ici, six infirmiers de l’urgence et huit des soins intensifs ont soumis leur candidature pour ce projet, qui s’échelonnera sur six mois, soit du 26 mai au 9 novembre.

En ce qui concerne les préposés aux bénéficiaires (PAB), 39 nouvelles ressources devraient entrer en poste d’ici juin en Haute-Yamaska. Le CIUSSS prévoit également ajouter une trentaine d’aides de services dans le territoire pour épauler les PAB.