L’Auberge des Carrefours à Cowansville doit conserver une toiture métallique pour préserver l’aspect architectural du secteur, soutient le conseil municipal, qui refuse que les propriétaires utilisent un autre matériau.

Auberge des Carrefours: bisbille sur fond de toiture

Le remplacement de la toiture de l’Auberge des Carrefours à Cowansville doit se faire avec des matériaux similaires à ceux en place. La Ville refuse en effet que les nouveaux propriétaires de l’établissement recourent à un autre produit, et ce, afin de ne pas dénaturer le contexte architectural du secteur.

Un couple d’investisseurs chinois, Xiangli Liu et son époux Ruan Yu, veut remplacer la toiture en tôle rouge de l’auberge par un matériau qui imite des tuiles en terre cuite orangée. Ce matériau est moins cher et améliorera l’aspect du bâtiment, soutient la femme d’affaires. « Nous en avons parlé à nos clients et ils pensent que c’est une bonne idée, que ça va être plus beau », explique-t-elle en entrevue. Elle déplore que la Ville n’accepte pas son projet. « C’est nous qui dépensons cet argent. Nous aimerions pouvoir choisir ce qu’on veut faire », insiste-t-elle.

Le projet a été analysé au conseil consultatif d’urbanisme (CCU). Ses membres, à l’unanimité, ont recommandé au conseil municipal de rejeter la demande puisque le matériau proposé pour rénover la toiture ne répond pas aux critères architecturaux du secteur. « [...] Il est inapproprié pour le bâtiment. Ce matériau est très rare au Québec et ne se retrouve sur aucun bâtiment dans le secteur visé », peut-on lire dans la résolution du conseil qui entérine la position du CCU.

Le CCU insiste pour que la toiture conserve son « modèle profilé métallique actuel » qui « correspond au modèle traditionnel », poursuit le document de l’organisme. « Il est fortement recommandé de ne pas dénaturer l’immeuble et de s’éloigner de ce style. Il confère une prestance et se doit d’être réservé. »

Les membres du CCU soulignent que d’autres bâtiments du secteur, notamment le bâtiment voisin de l’auberge, arborent des toitures métalliques. Cette toiture métallique « est donc toujours actuelle et cadre parfaitement avec son environnement », concluent-ils.

« Nous avons un plan d’implantation et d’intégration architecturale pour ce secteur. Le projet doit proposer une intégration harmonieuse avec les autres bâtiments », indique Olivier Ricard, directeur du service de l’aménagement urbain et de l’environnement de la municipalité. « C’est un bâtiment phare qui est dans l’une des entrées de la ville. Il faut faire attention à comment ça va être rénové », a-t-il dit.

Le refus du conseil déçoit Mme Liu. Elle dit ne pas comprendre que les autorités municipales fassent preuve d’autant d’intransigeance avec des investisseurs. « Nous voulons investir à Cowansville. Nous voulons créer des emplois. Quand on a acheté [l’auberge], c’était presque fermé. On a changé les fenêtres. Ça nous a coûté 100 000 $. Pourquoi ne peut-on pas changer ces règles ? », s’interroge-t-elle.

Solution économique

Le remplacement de la toiture métallique par le produit qui imite des tuiles de terre cuite coûterait 50 % moins cher, signale Mme Liu. Au lieu de 300 000 $ pour refaire une toiture métallique, sa solution lui coûterait 150 000 $, dit-elle.

Les propriétaires de l’Auberge des Carrefours, qui compte 30 chambres, réfléchissent à la suite à donner à leur projet. Une des options considérées consisterait à repeindre la toiture de la même couleur. Ces travaux s’élèveraient à quelques dizaines de milliers de dollars, calcule Mme Liu. Une solution temporaire, signale-t-elle aussitôt. « Ça va durer cinq, dix ans. Après on va devoir peinturer encore ou changer la toiture. »

Ces déboires avec la Ville pourraient refroidir les ambitions des propriétaires de l’établissement hôtelier du boulevard Jean-Jacques-Bertrand, a dit Mme Liu. Le couple envisageait de construire une piscine et procéder à un agrandissement pour ajouter une quinzaine de chambres à l’établissement.