Des policiers à motoneige de la Sûreté du Québec, avec en tête le sergent Jean-François Villemure, ont tenu une opération de visibilité dans les sentiers de la région en fin de semaine.

Au coeur d’une opération policière sur les sentiers de motoneige

La journée de samedi était parfaite pour faire de la motoneige : température agréable, soleil radieux, peu de vent... Il était agréable pour les passionnés de se balader dans l’immensité blanche du Québec. Pour s’assurer que tout se passe bien, la Sûreté du Québec veillait au grain en menant une opération de visibilité spéciale dans la région.

Il s’agit d’un nouveau projet mis sur pied par le sergent Jean-François Villemure, grand amateur de motoneige devenu coordonnateur provincial de l’unité spécialisée en récréotourisme après avoir passé sept ans avec l’unité récréotouristique à Saint-Donat. Il a identifié sur une carte du Québec tous les endroits où des accidents mortels ou des accidents graves impliquant une motoneige ont eu lieu dans les dernières années. En partenariat avec le MTQ et avec les districts territoriaux de la SQ, il se promène d’une région à l’autre pour mener des opérations de visibilité dans ces secteurs névralgiques.

À l’invitation de la Sûreté du Québec, La Voix de l’Est a eu l’occasion de suivre une partie du groupe durant quelques heures, samedi.

Il est midi, alors que dix policiers provenant d’un peu partout sont réunis dans la cuisine du garage du MTQ, situé sur la route 243. Le sergent Villemure leur explique le but d’un tel projet et le déroulement de la journée. Six d’entre eux iront à l’intersection des sentiers Trans-Québec 35 et 45, à Shefford, en compagnie de la journaliste et de la photographe. À cette intersection achalandée, ils tiendront un point de contrôle. Les agents s’assureront que les motoneigistes circulent de façon sécuritaire, portent un casque, qu’ils aient sur eux les papiers requis, et que leur véhicule est doté d’un miroir à gauche et d’une plaque d’immatriculation bien en vue.

Les quatre autres policiers se dirigeront vers Eastman sur un nouveau sentier pour notamment s’assurer que les motoneigistes respectent la limite de 70 km/h. À proximité de résidences, celle-ci baisse à 30 km/h.

En soirée, tous les patrouilleurs s’installeront dans le secteur de Valcourt pour s’assurer que tout le monde est en état de conduire.

Le sergent Jean-François Villemure

L’échange avant tout

Les pistes sont larges, bien entretenues et permettent de voir des paysages impossibles à admirer autrement. Le groupe s’arrête et s’installe à l’intersection prévue. Deux agents ont été laissés en route pour qu’ils vérifient la vitesse des motoneiges sur une section en ligne droite.

Il ne se passe que quelques minutes avant que les premiers motoneigistes arrivent. Les policiers, bien identifiés, prennent le temps de discuter avec les gens qui s’arrêtent. Ils s’informent de leurs plans de la journée, donnent des conseils et en aident même certains à s’orienter.

« On fait notre travail avec jugement et parcimonie, a fait savoir le sergent Villemure au groupe, avant de partir. On est pas là pour écœurer personne, mais pour être présent et augmenter le sentiment de sécurité dans les sentiers. Ceux qu’on contrôle, on le fait bien. Je veux qu’on ait une présence avec les gens, je veux qu’on échange, qu’on voie les visages. »

Un jeune homme s’est ensuite présenté avec une motoneige ne pouvant accueillir que son conducteur. Or, une passagère était assise derrière lui. Un avertissement lui a été remis. L’homme leur a expliqué calmement qu’on lui avait vendu un banc de deux places pour sa motoneige, même si le concessionnaire était conscient de la recommandation du fabricant.

Malgré l’impatience et l’agressivité des parents du jeune homme, les policiers ont pris le temps de lui expliquer pourquoi il était important de respecter l’avis collé sur la motoneige. La discussion a duré un bon moment. S’il a décidé de ne plus circuler sur les sentiers fédérés à l’avenir, il est au moins au courant que sa motoneige n’est pas conçue pour transporter le poids de deux personnes.

Améliorer le bilan

Il s’agissait de la sixième sortie dans le cadre de ce projet de visibilité. Le week-end prochain, le sergent Villemure et neuf autres patrouilleurs seront à Rivière-du-Loup. Un autre groupe complètera la saison en Abitibi durant la fin de semaine du 9 mars.

« À travers ce projet-là, on travaille sur trois causes de collisions mortelles ou graves, soit la vitesse, l’alcool et la traverse des chemins publics, indique le coordonnateur de l’opération. Le but est d’améliorer le bilan en sentier. Le bilan, c’est mon pain et mon beurre. Moins il y a de morts dans les sentiers, plus notre mission est atteinte. Cette année, le bilan est extraordinaire. On a sept décès de moins que l’année passée à pareille date. On s’en va même vers un bilan historique. L’année passée, on était à 25 collisions mortelles à la fin de la saison, actuellement on est à 11. »

Le bilan est stable depuis les cinq dernières années. Et pourtant, le nombre de motoneigistes sur les sentiers n’a cessé de croître.

152 motoneigistes

Le Québec compte 33 000 km de sentiers, dont 90 % se trouvent sur le territoire de la Sûreté du Québec.

Samedi, les policiers ont contrôlé 152 motoneigistes durant cette opération spéciale. L’achalandage prévu n’était pas tel qu’espéré, malgré les conditions favorables.

Quinze constats d’infractions ont été donnés, dont un pour une vitesse captée à 104 km/h. Vingt-cinq avertissements ont été donnés et deux personnes ont été expulsées des sentiers. L’une d’elles n’avait pas tous ses papiers et l’autre n’était pas assuré et sa motoneige n’était pas immatriculée.

Les patrouilleurs à motoneige ont terminé leur journée à 20 h puisque le mot s’était passé sur Internet à propos de leur présence. Le travail de prévention était fait.

« L’engagement de nos membres, c’est ça la plus belle richesse, souligne le sergent Jean-François Villemure. Si les opérations fonctionnent bien, c’est qu’on a des gens professionnels et engagés. Quand tu fais de la motoneige à -30 degrés avec des points de contrôle, où on note les plaques dans nos calepins, c’est froid. Ça prend des passionnés. »

Des mythes à déboulonner

En motoneige, les normes et les lois sont identiques à celles qui s’appliquent à la moto ou aux véhicules tout-terrain. Faux. Le sergent membre de l’unité spécialisée en récréotourisme, Jean-François Villemure, lève le voile sur certains mythes.

Contrairement à la moto, un enfant doit être capable de toucher le marchepied. Les patrouilleurs, samedi, ont justement eu à sensibiliser des parents à ce propos. « Ça prend quatre points d’appui sur une motoneige, indique le sergent. Un enfant doit être capable de toucher au marchepied et il doit pouvoir se tenir à des poignées ou une sangle. Comme ici, l’enfant ne touche pas au marchepied. Ça dépend de la situation, mais normalement, son parent serait expulsé du sentier. C’est dangereux, c’est une règle de sécurité. »

Un autre mythe à déboulonner est celui concernant la circulation sur un chemin public pour se rendre à un sentier. Plusieurs motoneigistes pensent avoir le droit d’emprunter la route pour franchir les quelques centaines de mètres qui séparent leur chalet du sentier fédéré. Or, ils sont dans l’illégalité.

« Dès qu’on a un chemin public qui n’est pas identifié par une signalisation conforme du MTQ, ils n’ont pas le droit d’y circuler. Vous devez prendre votre pick-up ou votre remorque pour amener la motoneige au sentier. »

La signalisation semble aussi poser problème. Les représentantes de La Voix de l’Est sont demeurées environ une heure à l’intersection des sentiers Trans-Québec 35 et 45 et la majorité des motoneigistes n’ont pas fait leur arrêt obligatoire. Plusieurs ont plaidé qu’ils avaient été distraits par la présence policière ou par les signes que leur faisait un patrouilleur. Tous s’en sont tirés avec un simple rappel de sécurité. 

« Dans le sentier, la personne n’a pas l’obligation d’avoir son permis de conduire. Il y a des gens qui se sauvent pour ça, alors que tu n’en as même pas besoin dans le sentier. Ils ont besoin de leur permis de conduire pour traverser le chemin public seulement. À l’endroit où on a fait le point de contrôle, on demande le permis parce qu’on sait qu’ils traversent un chemin public plus loin. »

Une personne qui ne détient pas de permis de conduire doit traverser les routes à côté de sa machine.

L’âge minimal pour conduire une motoneige est 16 ans, s’il détient un certificat d’aptitude, ou 18 ans sans certificat.