«J’ai toujours parlé d’injustice et de favoritisme, mais pas de corruption», a dit Claire Laroche en cour.

Atteinte à la réputation et harcèlement: Claire Laroche se défend péniblement

Claire Laroche nie avoir traité pendant des années le maire de Sainte-Cécile-de-Milton de « pourri », d’« incompétent » et de « corrompu ». Mais sa défense en cour, décousue et improvisée, a été peu convaincante.

Elle s’est résumée à reprocher aux témoins de mentir, à répéter qu’elle se sentait « persécutée comme Jésus » et à plaider que le maire Paul Sarrazin ne s’est jamais soucié d’elle.

La citoyenne de 62 ans s’est longtemps plainte que sa route n’était pas asphaltée et que la poussière et la boue salissaient sa maison, la seule du chemin Beauregard Sud.

Elle reconnaît s’être exprimée à quelques reprises à l’assemblée municipale et à des employés de l’hôtel de ville, mais toujours en restant « polie et respectable ».

Ce n’est pas l’avis de la municipalité et de son maire qui lui réclament 50 000 $ pour atteinte à la réputation et harcèlement. Le procès s’est déroulé jeudi au palais de justice de Granby.

Mme Laroche a « franchi la ligne qu’on ne doit pas franchir », a déclaré M. Sarrazin en réponse aux questions de son avocat, Me Mario Paul-Hus.

« De façon unanime, le conseil municipal a voulu envoyer un message pour que ça cesse. Sinon, ç’aurait été quoi le prochain acte ? », a-t-il dit en faisant référence à des événements tragiques survenus récemment dans le monde municipal.

D’autant plus, a-t-il ajouté, que Mme Laroche l’a menacé de mort lors d’un appel fait à l’Union des municipalités du Québec à l’été 2017.

À ce sujet, la sexagénaire, qui se représente seule, a dit « ne pas se rappeler » de cet événement, bien qu’elle l’ait reconnu en cour en août dernier en acceptant de signer une ordonnance de restriction, communément appelée « 810 ».

Le maire de Sainte-Cécile-de-Milton, Paul Sarrazin en compagnie de son avocat, Me Mario Paul-Hus.

Attitude

Huit autres témoins de la poursuite ont été appelés à la barre pour témoigner que la défenderesse avait une attitude agressive dans ses échanges à propos de l’administration du village de 2150 habitants et utilisait des mots diffamatoires.

Elle aurait d’ailleurs répété son idée d’« engager un tueur à gages » pour se débarrasser du maire à une employée de la commission scolaire du Val-des-Cerfs, l’an dernier. Paul Sarrazin est aussi président de la commission scolaire.

En d’autres occasions, elle l’aurait surnommé « le fils de Satan » et évoqué la possibilité d’« engager quelqu’un pour faire du vandalisme ».

De son côté, la Miltonienne n’a produit qu’un témoin, un concitoyen qui a soutenu qu’elle n’était « pas si agressive que ça » tout en admettant n’avoir assisté qu’une seule fois à l’assemblée municipale.

Mme Laroche a aussi donné son opinion lors des contre-interrogatoires, ce qui lui a valu de fréquents rappels à l’ordre du juge.

Impact sérieux

« Les élus doivent avoir la peau un peu plus dure que le citoyen normal, mais la preuve aujourd’hui n’est pas de l’opinion ou un commentaire raisonnable », a dit Me Paul-Hus lors de sa plaidoirie finale.

« Les propos, jumelés aux menaces, ont eu un impact sérieux sur la réputation de Sainte-Cécile-de-Milton, M. Sarrazin et sa famille. La liberté d’expression s’arrête là où commence la diffamation. »

À sa plaidoirie, Mme Laroche a d’abord indiqué n’avoir rien à dire, avant d’affirmer que toute cette poursuite relevait du « ouï-dire » et d’une « pièce de théâtre ».

« J’ai toujours parlé d’injustice et de favoritisme, mais pas de corruption », a-t-elle dit.

Elle a aussi déploré ne pas avoir pu être représentée par un avocat de l’aide juridique parce qu’elle possède trop d’immeubles, pour finalement plaider qu’elle souffrait d’un dédoublement de personnalité et de paranoïa.

Le juge Patrick Théroux, de la Cour du Québec, a pris sa décision en délibéré.