Geneviève Piacentini, sa fille Anne et son conjoint Yvan espèrent que l’enquête de la Sûreté du Québec mènera à des accusations contre le propriétaire des chiens qui l’ont attaquée en juin dernier.

Attaquée par deux chiens à Saint-Césaire: «Au moins, je suis encore là»

Même si sa vie est maintenant hors de danger, Geneviève Piacentini n’a pas fini de se battre au quotidien. Ce chapitre tragique de son histoire, où la Rougemontoise a été attaquée par des chiens à Saint-Césaire à la fin juin, est loin d’être derrière elle.

Deux mois et demi après le drame, la dame souffre encore des blessures que lui ont infligées ses assaillants canins. Attaquée par-derrière, une partie de son crâne a littéralement été scalpée ; elle a aussi subi des lacérations profondes à l’un de ses bras. Si elle a évité de peu l’amputation, son état a néanmoins nécessité une greffe de peau. « J’étais méconnaissable », raconte la victime.

Dans cinq mois, Mme Piacentini subira une nouvelle chirurgie. Elle saura dans un an si elle gardera des séquelles permanentes de cette mésaventure, elle qui s’était arrêtée par hasard à la brocante de Mario Fortier située dans la cour de sa propriété de la route 112.

« Au moins, je suis encore là, laisse-t-elle tomber. Je remercie le ciel que ce n’ait pas été un enfant [qui ait été à ma place]. »

« Le premier à arriver sur place, c’était un cycliste. Il m’a dit que si je n’avais pas été là, le suivant [à y passer], c’était lui, poursuit la dame sur un ton très calme. Ce sont ses sifflements, pour faire peur aux chiens, qui m’ont alerté d’une présence. Malheureusement, ça n’a fait que les énerver davantage. Quand j’étais étendue par terre, j’étais convaincue que j’allais mourir là. »

L’enquête de la Sûreté du Québec suit son cours. Mme Piacentini et sa famille espèrent que celle-ci mènera à des accusations contre le propriétaire des molosses, Mario Fortier.

Des commentaires sur les réseaux sociaux, qui lui rejettent la faute et qui la blâment pour la mort de deux chiens, ont ébranlé la victime. « La seule faute que j’ai faite a été de m’arrêter instinctivement pour voir ce qui était à vendre. Je n’ai rien vu venir et je n’aurais rien pu faire », dit-elle.

Combats

En plus d’être affaiblie physiquement, la dame doit mener plusieurs combats au fil de sa longue guérison.

« La douleur est terrible », témoigne celle qui doit apaiser son mal à l’aide de morphine et d’anti-inflammatoires.

« Elle n’a plus aucune autonomie, souligne sa fille, Anne Castaigne. Elle ne peut pas conduire, et nous devons être à son chevet. »

Depuis l’attaque et sa sortie de l’hôpital, Mme Piacentini est soumise à de la physiothérapie et à un suivi psychologique, en plus de recevoir la visite d’une infirmière du CLSC. Ces soins et les pansements ne sont pas couverts par la Régie de l’assurance maladie du Québec, sans compter les déplacements requis pour assurer ses nombreux suivis.

« Notre dossier semble être tombé dans le vide entre l’hôpital de Montréal et le CISSS de la Montérégie. On n’a pas eu le choix de se tourner vers le privé », déplore Anne Castaigne.

« Je me mets à la place de gens qui n’ont ni d’économies, de ressources ni le soutien de leur famille comme la mienne, indique la victime. Je ne sais pas comment ils pourraient faire. »

Après avoir essuyé un premier refus, Mme Piacentini a appris la semaine dernière qu’elle serait finalement indemnisée par l’IVAC [le Fonds d’indemnisation pour les victimes d’actes criminels]. « On les appelait chaque semaine sans que ça débloque, déplore Mme Castaigne. C’est quand même un drôle de hasard qu’on ait eu une réponse positive 12 heures après qu’elle soit passée dans les médias... »

Mme Piacentini, de concert avec Dominique Alain, cette femme attaquée par trois molosses à Potton, et Lise Vadnais, la sœur de la dame tuée par un pitbull à Montréal en 2016, avait fait une sortie publique, il y a environ deux semaines, pour réclamer du gouvernement provincial qu’il resserre la loi encadrant les chiens dangereux qui sera déposée cet automne.

Un autre combat mené de front. « J’espère vraiment que cette loi changera les choses et empêchera que quelqu’un d’autre vive ce que j’ai vécu », souhaite la Rougemontoise.

SAINT-CÉSAIRE MISE SUR LA SPA DES CANTONS

Lors de la séance du conseil municipal, mardi soir, les élus césairois ont mandaté la SPA des Cantons pour assurer le service de contrôle animalier sur le territoire de la municipalité. Elle aura la charge de gérer les plaintes, de capturer les animaux errants, sauvages et agressifs de même que de donner des amendes.

C’est d’ailleurs l’organisme à qui les autorités de Saint-Césaire avaient fait appel pour capturer les deux chiens agressifs, qui n’étaient pas attachés au moment de l’attaque contre Geneviève Piacentini. Celle-ci était présente en compagnie de son conjoint et de sa famille, à la séance de mardi. « Ça faisait un bout de temps qu’on cherchait ce type de service, pour lequel il faut une formation précise, a admis le maire Guy Benjamin. La SPCA Montérégie, avec qui on faisait affaire, n’était pas habilitée à capturer les chiens. Ce n’était pas dans son mandat. »

Le directeur de la SPA des Cantons, Carl Girard, était sur place pour expliquer la mission de l’organisme. Selon lui, comme les citoyens pourront désormais s’adresser directement à celui-ci pour faire une plainte, cela en accélérera le traitement. Il revient toutefois aux gens de se procurer une médaille pour leur chien, qui devra être attaché ou se trouver dans un lieu clôturé, prévoit la réglementation municipale. 

Une ou deux séances d’information devraient avoir lieu cet automne pour expliquer ce nouveau service à la population, a-
t-on appris mardi.

La famille pose des questions

La fille de Mme Piacentini, Anne Castaigne, affirme avoir effectué une plainte, le 25 juillet, via le site Internet de la municipalité. Elle n’aurait eu depuis aucun suivi. « On a l’impression que la plainte est tombée dans le vide », a-t-elle déploré en séance. « Je ne sais pas où votre plainte est rendue, a reconnu le maire Benjamin. De notre côté, on s’est fait dire qu’une enquête criminelle était en cours, alors peut-être qu’elle est vraiment tombée entre deux chaises. »

Mme Castaigne a, par ailleurs, souligné qu’au moins deux plaintes pour non-respect de la réglementation municipale sur les animaux avaient été déposées à la Ville contre Mario Fortier, le propriétaire des deux chiens. « Pourquoi rien n’a été fait ? a alors demandé la jeune femme avec aplomb. Des fois, c’est d’un point de vue administratif que les choses se perdent. »

Au moment de l’agression, La Voix de l’Est rapportait plusieurs incidents survenus précédemment et impliquant les molosses en question.

« Ses chiens n’étaient pas en laisse, alors il [Mario Fortier] contrevenait à la réglementation. Il devrait avoir une contravention. J’en ai déjà eu une pour avoir laissé les portes de ma voiture débarrées », a poursuivi
Mme Castaigne.

« C’est malheureux ce qui vous est arrivé. On avait transmis les plaintes à la SQ. Mais soyez sans crainte que cela va changer », a répondu le maire Benjamin.