Le comportement du martinet ramoneur, une espèce menacée, sera étudié grâce à des subventions du gouvernement fédéral.

Assurer la protection du martinet ramoneur

Découvrir l’habitat naturel des martinets ramoneurs au Québec afin de mieux le protéger, voici le nouveau défi que s’est lancée l’équipe de conservation et de recherche du Zoo de Granby, en collaboration avec plusieurs partenaires, et qui sera réalisé notamment grâce à une subvention du gouvernement fédéral.

« Notre objectif est de capturer des oiseaux, leur poser un émetteur et de les suivre pour tenter de découvrir à quel endroit ils peuvent nicher dans le milieu naturel et protéger ces habitats et les mettre en valeur par la suite », explique Patrick Paré, biologiste et directeur de la conservation et de la recherche au Zoo de Granby.

On compte environ 12 000 spécimens de martinets ramoneurs — des insectivores aériens de la taille d’une hirondelle — au Canada. Au Québec, ils seraient 2500. Depuis 2007, cet oiseau a le statut d’espèce menacée. Son comportement a été étudié dans les nichoirs artificiels, mais voilà que le Zoo veut l’étudier dans son habitat naturel. « C’est un gros défi, estime M. Paré. C’est ambitieux parce qu’on se tourne du côté du milieu naturel. »

Le martinet ramoneur, un oiseau migrateur, parcourt environ 6000 kilomètres par année pour se rendre au Pérou ou en Équateur où il hiverne avant de revenir au Québec pour se reproduire. Il affectionne particulièrement la cheminée du sanatorium du Lac-Édouard (lire autre texte), en Haute-Mauricie. D’une hauteur de 90 pieds, la cheminée accueille une centaine d’oiseaux chaque année. Faute d’avoir des arbres de grand gabarit — en raison notamment de la foresterie — pour y nicher, ils se sont tournés vers les cheminées industrielles et résidentielles. Celles-ci sont toutefois de plus en plus condamnées ou transformées, explique M. Paré.

C’est donc en collaboration avec les propriétaires du sanatorium que l’étude sera réalisée. « C’est un site exceptionnel pour étudier les comportements des martinets ramoneurs en milieu naturel », estime Isabelle Devost, coordonnatrice à la conservation au Zoo de Granby, qui participera à l’étude sur le terrain.

Un système de poulie permettant de faire monter et descendre un filet de capture dans la cheminée du Lac-Édouard a été mis au point et installé l’automne dernier. Une vingtaine de spécimens seront capturés au printemps et tout autant à l’automne en 2019 et en 2020.

Un émetteur, dont la durée de vie varie entre trois et six mois, leur sera ensuite collé sur les plumes. « On va ensuite pouvoir détecter et suivre les oiseaux grâce à un réseau d’antennes », explique Mme Devost.

Un projet pilote réalisé sur deux oiseaux en 2018 a permis d’apprendre que l’un d’eux a mis deux jours après son départ du Québec pour se rendre en Pennsylvanie ! Un réseau d’antennes dispersé jusqu’en Amérique du Sud permettra de suivre leur trace jusque-là.

Le Zoo de Granby bénéficie d’une enveloppe de 84 500 $ du gouvernement fédéral, a annoncé le député de Shefford, Pierre Breton, vendredi. L’argent provient du Programme d’intendance de l’habitat d’Environnement et Changement climatique Canada ainsi que d’un appui de 49 500 $ en équipements et en soutien professionnel.

Le Jardin zoologique investira également 33 000 $ pour la réalisation du projet d’une durée de trois ans. Des partenaires ont aussi offert 14 000 $. Le projet bénéficie donc d’un investissement global de 131 800 $.

« C’est important de se consacrer aussi à des espèces qui sont de notre coin, de notre région, estime Paul Gosselin, directeur général du Zoo de Granby. C’est un bel exemple de projet de conservation qui va nous permettre de rayonner à grande échelle. »

Le député de Shefford, Pierre Breton, a annoncé une contribution financière du gouvernement du Canada pour la protection du martinet ramoneur. Il est photographié en compagnie de Granby Paul Gosselin, Patrick Paré et Isabelle Devost du Zoo de Granby.

L'EMBLÈME D'UN SITE TOURISTIQUE EN HAUTE-MAURICIE

Construit au début des années 1900 pour soigner les patients atteints de tuberculose, le sanatorium du Lac-Édouard, situé en Haute-Mauricie, est devenu un site historique où les martinets ramoneurs ont élu domicile.

Lorsque Simon Parent est devenu propriétaire du site — un véritable village construit au cœur de la forêt à 45 kilomètres au nord de La Tuque —, il ne se doutait pas que la cheminée de l’ancienne chaufferie, qui tombait en ruines, accueillait des martinets ramoneurs. « Quand on l’a découvert, notre préoccupation a été de faire quelque chose pour la sauver », raconte-t-il.

Grâce à des subventions du gouvernement fédéral, la cheminée a été restaurée pour permettre aux oiseaux de continuer à y nicher. Une vingtaine de nichoirs artificiels ont par la suite été construits et aménagés sur le site qui a accueilli jadis l’un des premiers hôpitaux du Canada destinés aux personnes atteintes de tuberculose.

L’oiseau migrateur est devenu l’emblème du site touristique qui abrite, entre autres, une ferme, un camping, un musée et un site pour observer cette espèce menacée. Une tablette éducative destinée aux enfants qui visitent le sanatorium a d’ailleurs été développée en collaboration avec le Zoo de Granby.

« Mon objectif est d’abord de sauver l’espèce, mais je souhaitais qu’on puisse attirer un chercheur pour étudier le martinet ramoneur et l’objectif a été atteint, estime M. Parent. On passe le flambeau aux biologistes qui sont des spécialistes. »