Sur la plateforme VK, l’équivalent russe de Facebook, Valentin Auclair publie plusieurs fois par jour de nombreuses publications et images à connotation raciste, homophobe et anti-immigration; il fait même l’apologie du nazisme.
Sur la plateforme VK, l’équivalent russe de Facebook, Valentin Auclair publie plusieurs fois par jour de nombreuses publications et images à connotation raciste, homophobe et anti-immigration; il fait même l’apologie du nazisme.

Arrestation d'un Granbyen pronazi

Un Granbyen âgé de 38 ans a été arrêté lundi, vers 17 h 30, en lien avec l’article ci-dessous publié plus tôt en après-midi sur le site web de La Voix de l’Est.

Rencontré par les enquêteurs du Service de police de Granby, l’homme demeure détenu jusqu’à sa comparution en cour, mardi. Pour l’instant, seule l’accusation d’incitation à la haine sera officiellement déposée contre lui. D’autres accusations pourraient s’ajouter éventuellement à la suite de l’enquête. 

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Démasqué

Un trentenaire demeurant à Granby a été démasqué en ligne après qu’un blogueur l’ait publiquement identifié comme un suprémaciste blanc et néonazi.

Le professeur de philosophie au collégial, Xavier Camus, fait parler de lui à l’occasion lorsqu’il publie des informations sur les activités en ligne de certains individus qu’il associe à l’extrême droite. Dimanche, il a publié sur son blogue un portrait plutôt sombre de Valentin Auclair, un Granbyen de 38 ans, qui s’associe ouvertement au mouvement néonazi. Dans le billet intitulé Valentin Auclair : un néonazi de Granby ayant des fantasmes terroristes, l’enseignant y détaille les multiples publications — extrêmement troublantes — de M. Auclair, captures d’écran à l’appui.

C’est en suivant les activités en ligne de Pierre Dion, un Québécois condamné à 30 jours de prison l’été dernier pour avoir tenu des propos haineux en ligne, que M. Camus est tombé sur le profil de M. Auclair. 

« Depuis l’attentat à la Mosquée de Québec, les groupes haineux en ligne sont mon principal champ d’intérêt. Je m’oppose à toute forme d’intolérance », explique celui qui dit ne pas jouer au justicier. « Je suis plutôt un informateur. Je transmets de l’information qui est déjà publique. »

M. Camus dit avoir attendu plusieurs mois avant de dévoiler au grand jour la nature des publications de M. Auclair. « Mais depuis quelques semaines, il souhaite avec plus d’insistance qu’un certain ménage soit fait », illustre le philosophe.

Celui-ci indique avoir approché les autorités, mais allègue qu’on lui aurait dit qu’une plainte à la police a beaucoup plus de poids si elle est formulée par une personne visée par les menaces. « En rendant le tout public, j’espérais qu’un organisme de défense des droits des personnes racisées, par exemple, aille porter plainte », confie-t-il.

La Voix de l’Est a vérifié les informations partagées par M. Camus, qui se sont avérées véridiques. 

Sur la plateforme VK, l’équivalent russe de Facebook, M. Auclair publie plusieurs fois par jour de nombreuses publications et images à connotation raciste, homophobe et anti-immigration ; il fait même l’apologie du nazisme en traitant régulièrement de la « race blanche aryenne » et en louangeant Adolf Hitler. 

Sur sa page, il mentionne, entre autres, que « le camp de concentration est la plus grande innovation nazie », il réclame l’abaissement de l’âge légal du consentement sexuel à 9 ans — il est de 16 ans au Canada — et encourage l’achat d’armes pour « la chasse aux Juifs, aux nègres et aux mahomardes ». 

Une chasse qui devrait être « déclenchée » sous peu, laisse-t-il entendre, lui qui considère « un monde aryen » comme étant sa résolution pour 2020, année où, selon le Granbyen, l’économie s’effondrera et mènera à la Troisième Guerre mondiale. « Préparez vous pour la mère de toutes les crises avant août 2020 [...] Ça sera le plus grave événement de notre vie », écrit celui qui qualifie notamment la date du 6 décembre comme la « Saint Marc Lépine », et le 29 janvier comme la « Saint Alexandre Bissonnette ».

L’Autre Versant se dissocie

Sur son compte LinkedIn, Valentin Auclair mentionne avoir complété une équivalence de 5e secondaire au CRIF de Granby en 2008 et être préposé à l’entretien ménager à l’organisme L’Autre Versant depuis septembre 2011. 

Comme le texte de M. Camus fait mention de ce lien d’emploi, l’organisme a été submergé de courriels, lundi, en lien avec la publication. « Nous tenons à nous dissocier de cette personne et de ce qu’elle publie sur Internet », mentionne la directrice de l’organisme de soutien aux personnes aux prises avec des problématiques en santé mentale, Joseph-Anne St-Hilaire « Il a été bénéficiaire de notre organisme il y a environ une dizaine d’années et il a pris part à un projet d’intégration avec le Centre local d’emploi, sans plus », a-t-elle précisé, lundi. 

De décembre 2009 à octobre 2010, M. Auclair a été stagiaire au traitement documentaire numérique à la bibliothèque du Cégep de Granby, grâce à un programme d’aide à l’employabilité. 

Dans un échange privé sur VK, M. Auclair a indiqué ne pas occuper d’emploi actuellement, mais d’être en voie d’obtenir un diplôme en organisation d’événements spéciaux.

Enquête en cours

« Cette personne a sûrement besoin de soins et d’être tenue loin des réseaux sociaux. De plusieurs manières, il représente un danger, pour les minorités, pour les enfants, pour n’importe qui », plaide M. Camus.

Ses révélations sur Valentin Auclair ont enflammé la Toile. Plusieurs internautes ont exprimé de l’indignation face aux publications du Granbyen. Certains ont contacté les services policiers à cet effet, puisque les propos tenus en ligne pourraient constituer une infraction au Code criminel. (lire «Ce que dit la loi»). 

Dans un message diffusé sur Twitter, la Sûreté du Québec a recommandé à des personnes ayant signalé l’individu de s’adresser au corps de police municipal.

Guy Rousseau, porte-parole du Service de police de la Ville de Granby, confirme que le cas de M. Auclair a été porté à l’attention de ses collègues. 

« Une enquête est en cours. Nous sommes au courant et nous suivons le dossier », a-t-il commenté.

En octobre dernier, M. Auclair écrivait sur VK avoir reçu la visite de deux enquêteurs par rapport aux propos qu’il a publiés sur Internet. « Ça veut dire que quelqu’un ne veut pas respecter ce que VK nous donne, une pleine et entière liberté d’expression, sans entrave ni bullshit. »

« Persécution » et « acharnement »

Lundi matin, Valentin Auclair a lui-même partagé la publication de M. Camus. « Vous voyez on est persécuté pourquoi tant de haine contre la liberté d’expression », a-t-il commenté.

La Voix de l’Est a communiqué avec le Granbyen via son compte VK. Dans un échange très calme et dénué d’agressivité, il s’est interrogé sur la « persécution » et « l’acharnament » dont il est la cible.

« Ce qu’on me reproche, c’est d’avoir utilisé ma liberté d’expression, a-t-il répondu. Je suis victime de calomnie Antifa [antifasciste]. [...] C’est clair que je suis victime d’un coup monté contre moi. »

Selon le principal intéressé, qui affirme n’appartenir à aucun groupe extrémiste et s’exprimer en son seul nom, ses publications ne sont qu’une manière d’exprimer sa « crise de rage momentanée » face à ce « problème de société », mais qu’il n’a aucune intention de passer à l’acte. Il indique que si les enquêteurs l’ayant rencontré cet automne avaient réellement une cause, il aurait été convoqué au tribunal.

M. Auclair insiste : il n’est pas le dangereux terroriste que dépeint Xavier Camus sur son blogue. Il craint toutefois les conséquences de la parution du billet de blogue et du présent article.

« J’ai rien fait de mal, a-t-il plaidé. Je suis simplement un bon citoyen qui fait mal à une mouche. [...] Ce n’est pas la justice qui me fait peur, mais le regard des autres. »

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CE QUE DIT LA LOI

L’article 318 du Code criminel canadien traite de la propagande haineuse et l’encouragement au génocide. Il stipule que «quiconque préconise ou fomente le génocide est coupable d’un acte criminel passible d’un emprisonnement maximal de cinq ans».

L’article suivant touche, pour sa part, l’incitation publique à la haine envers un groupe identifiable, une infraction qui peut valoir un emprisonnement maximal de deux ans. Marie-Ève Martel