Certaines armes à air comprimé (en haut à droite) ressemblent à s’y méprendre à de réelles armes de poing (en bas, à gauche).

Armes confondantes

L’adolescent abattu plus tôt cette semaine par des policiers de la Sûreté du Québec, à Lac-Brome, tenait une arme à air comprimé au moment du drame. Des spécialistes sont unanimes : même un œil averti peut avoir beaucoup de mal à différencier ce type d’arme d’une véritable arme à feu, encore plus dans le feu de l’action.

« Je ne vois pas comment les policiers auraient pu deviner qu’il s’agissait d’une arme à air comprimé. Je ne sais pas à quelle distance ils se trouvaient [du jeune homme], mais on peut difficilement faire la différence à l’œil nu », explique Roger Laramée, responsable du Club de tir de Granby.

À moins de les tenir dans ses mains, certaines armes à air comprimé ressemblent à s’y méprendre à de réelles armes de poing, ajoute-t-il.

L’une des principales différences réside dans le diamètre du canon, qui est beaucoup plus petit dans une arme à air comprimé que dans un pistolet.

« C’est sûr que dans une situation comme [à Lac-Brome], un policier aurait pu croire que c’était une arme de poing. Certaines sont des répliques de vraies armes. Elles sont identiques », affirme aussi Michel Duquette, gérant à la boutique Ecotone A. Ferland Sports, à Roxton Falls.

Malgré leur formation, les policiers peuvent confondre les deux types d’armes en raison de leur allure identique.

Il est d’autant plus ardu de remarquer ces subtiles disparités dans le feu de l’action. « Dans une situation d’urgence, où il faut réagir rapidement, c’est certain que c’est impossible de voir la différence », corrobore Guy Rousseau, porte-parole du Service de police de Granby.

Effet recherché
C’est souvent après leur intervention que les forces de l’ordre découvrent qu’il ne s’agissait pas d’une véritable arme à feu. « Après avoir arrêté la personne, on procède à une inspection manuelle du pistolet, et on découvre la capsule d’air compressé. On voit à ce moment-là que ce n’était pas une vraie », explique M. Rousseau.

Des armes comme celle que possédait le jeune homme de Lac-Brome, « il y en a des milliers en circulation sur le territoire » à l’heure actuelle, indique le policier.

Selon lui, le fait que leur fusil à plomb ressemble en tous points à une véritable arme à feu ajoute à l’adrénaline de celui qui l’utilise. « Il y en a qu’on reconnaît à cause de leur embout orange, mais certaines personnes les peignent en noir pour que ça ait l’air plus vrai », explique M. Rousseau.

Un constat partagé par M. Duquette. « En fait, les compagnies les conçoivent et les fabriquent pour qu’elles ressemblent le plus possible à de vraies armes. C’est l’effet recherché », note-t-il.


«  Certaines [armes à air comprimé] sont des répliques de vraies armes [à feu]. Elles sont identiques.  »
Michel Duquette, boutique Ecotone A. Ferland Sports

En vente libre
Les armes à air comprimé sont en vente libre dans plusieurs grandes surfaces où l’on retrouve de l’équipement pour la chasse et la pêche, entre autres. Aucun permis n’est requis puisqu’il ne s’agit pas d’une arme à feu ; il suffit d’être majeur pour se procurer un tel pistolet, dont le prix oscille entre quelques dizaines et quelques centaines de dollars.

Les commerçants et les policiers remarquent cependant que plusieurs parents achètent des armes à air comprimé à leur adolescent. « Ça part d’une bonne intention, mais c’est préférable qu’ils soient présents quand le pistolet est utilisé », note M. Rousseau.

Le porte-parole rappelle également que la réglementation municipale de Granby interdit l’utilisation des pistolets à air comprimé. « Ce n’est pas d’en avoir un qui est illégal, c’est ce que l’on fait avec qui peut être problématique », dit-il, rappelant que l’arme peut « blesser gravement une personne ».

Il invite d’ailleurs ceux qui en possèdent à être prudents, justement parce que peu de gens peuvent faire la différence avec une véritable arme à feu et prendre peur. « On n’a pas le choix d’intervenir chaque fois, ne serait-ce parce qu’un jour, la menace sera réelle », laisse tomber Guy Rousseau.