Le lieutenant Michaël Vachon, le chef aux opérations Jonathan Lavallée et le pompier Danny Bissonnette ont travaillé avec leurs collègues du comité de santé et de sécurité au travail sur la nouvelle directive d’entretien des vêtements de protection individuelle des pompiers de Roxton Pond/Sainte-Cécile.

Après le feu, prévenir le cancer

Le service de sécurité incendie de Roxton Pond/Sainte-Cécile-de-Milton emboîte le pas à ceux de Granby et Cowansville en adoptant une nouvelle directive d’entretien des vêtements de protection individuelle (VPI). Les trente pompiers et officiers ont été formés fin février pour appliquer des procédures qui leur permettront de diminuer grandement les risques de cancer.

Au printemps 2016, la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail (CNESST) a reconnu sept types de cancer chez les pompiers comme maladie professionnelle. Le Québec rejoint ainsi la majorité des provinces canadiennes. Après 15 ans de carrière, les combattants du feu sont en effet à risque de développer un cancer.

« Quand on est dans le feu et la fumée, les produits toxiques se déposent sur nos vêtements, explique le chef aux opérations Jonathan Lavallée. Il y a une désorption sur les vêtements et on les absorbe par nos voies respiratoires et nos voies cutanées. C’est ce qu’on veut prévenir le plus. En absorbant les produits toxiques dans notre corps, c’est ce qui peut mener à des maladies. »

Les sapeurs sont aussi à risque d’ingérer les matières nocives lorsqu’ils bougent ou prennent une collation durant l’intervention.

La CNESST a publié un guide des bonnes pratiques d’entretien tout en encourageant les services incendies du Québec à adopter des directives de décontamination des habits de combat. Granby et Cowansville l’avaient fait et le comité de santé et sécurité du service de Roxton Pond travaillait là-dessus depuis un an. La directive a été adoptée le 20 février.

« En tant qu’officier, on a tous le même but, soit de ramener les gars à la maison en un morceau et en santé, souligne le lieutenant Michaël Vachon. C’est pour ça qu’on a enclenché cette initiative-là. »

« Le but est d’enlever le plus de contaminants possible, le plus rapidement possible », ajoute le pompier Danny Bissonnette, qui siège lui aussi sur le comité santé et sécurité.

Changer les habitudes
« Quand on sort de la zone d’intervention, on a à faire un nettoyage de routine qui va éliminer 95 % des contaminants, explique le chef Lavallée. Avec une brosse et de l’eau, on frotte tous nos habits. On a des lingettes pour désinfecter notre visage et nos mains. Quand les gars sont contaminés, on change leur cagoule. On n’a pas les moyens d’avoir des habits en double pour tout le monde. »

Ce ne sont pas tous les pompiers dont les habits sont contaminés. Ce sont surtout les sapeurs qui font le plus gros du travail à l’intérieur d’un bâtiment en flammes.

En décontaminant les VPI avant le retour en caserne, on évite de contaminer le camion. Des mesures sont aussi prévues pour les pompiers qui se déplacent avec leur véhicule personnel.

L’entretien est le même pour les boyaux utilisés lors du combat. Le service s’est doté d’un lave-boyau utilisé sur les lieux de l’intervention. Les boyaux sont ensuite chargés dans un camion de la municipalité qui les rapporte à la caserne où ils sont séchés dans un séchoir spécial.

Cette étape ainsi que le nettoyage des VPI se faisaient par le passé à même le sol de la caserne, mais provoquaient la contamination de celle-ci.

Le défi sera de « changer les habitudes des gars, précise le pompier Danny Bissonnette. C’était déjà beaucoup d’ouvrage quand tu revenais d’un incendie pour remonter les camions [ranger les outils de travail là où il le faut, NDLR]. Là, c’est encore plus d’ouvrage parce qu’il faut se décontaminer. C’est pointilleux, il y a une marche à suivre. »

En caserne
Le maximum est enlevé sur les lieux de l’incendie, mais le travail n’est pas terminé quand les équipes rentrent en caserne. La décontamination des outils de travail se poursuit. Cependant, plutôt que de s’étendre un peu partout en caserne, une zone de décontamination est identifiée, de même qu’une zone pour sécher l’équipement.

Il peut arriver qu’une compagnie spécialisée ou que le service incendie de Granby soit appelée en renfort si des matières ne partent pas, comme du goudron.

La procédure est similaire à Granby, Cowansville et Roxton Pond.

« ON N'EST PAS À L'ABRI »

Le service incendie de Granby a adhéré à une directive pour l’entretien et le nettoyage des VPI peu après les recommandations de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail (CNESST). 

« Il y avait de plus en plus de cancers chez les pompiers. C’est inquiétant pour tous les intervenants qui sont appelés sur les lieux d’incendie, évoque le chef à la prévention à la caserne de Granby, Claude Royer. C’est sûr qu’on n’est pas à l’abri de développer un cancer dans 10, 15 ou 20 ans. C’est pour ça qu’on essaie de mettre en place des mesures pour limiter les contaminations qu’on pourrait avoir dans le futur. On est exposé à plein de types de contaminants dans l’air. »

Environ 200 matières toxiques sont captées par la fumée et se déposent sur les habits de combat des pompiers.

La directive de Cowansville « couvre à peu près tout », mentionne pour sa part le directeur du service incendie local, Gilles Deschamps. Un an après l’avoir adoptée, la direction travaille à la réviser comme elle l’a fait avec les autres directives récemment.

Les façons de travailler ont beaucoup évolué dans les dernières décennies. Quand M. Deschamps est devenu pompier, la brigade pour laquelle il travaillait ne disposait seulement que de deux appareils respiratoires. « Quand on avait trop de fumée, on sortait », se souvient-il.

Pour les pompiers ayant plus de dix ans d’expérience, il n’existe pas encore de dépistage obligatoire pour les cancers reconnus comme étant des lésions professionnelles. « Personnellement, je le fais aux cinq ans parce que j’ai travaillé dans la construction longtemps, note M. Deschamps. Je le fais pour l’amiantose. Mais il n’y a rien qui oblige les pompiers à faire un dépistage. En tant que directeur et en tant que père de famille, je pense qu’on devrait le faire. Ça pourrait être une directive de la CNESST qui dit : “Vous êtes pompier depuis dix ans, on va faire un dépistage.” Mais c’est un couteau à double tranchant. »

Les examens médicaux pourraient en effet déterminer, pour certains pompiers, qu’ils ne sont plus assez en forme pour intervenir sur des incendies.