Jean-Yves Rhéaume et Marco de Muri ont réalisé les trois hippopotames de couleur fuchsia qui se trouvent au cœur de la nouvelle place publique de la rue Guilbault Est, à Montréal­.

Après Granby, l’art ludique gagne Montréal

Après Granby et ses œuvres ludiques, la Ville de Montréal compte à son tour des sculptures animalières colorées, conçues par les artistes granbyens Jean-Yves Rhéaume et Marco de Muri.

Le duo, à la barre d’Arkad Productions, a réalisé au cours de l’été trois hippopotames de couleur fuchsia, dans le cadre du projet de revitalisation de la rue Guilbault Est, située près du boulevard Saint-Laurent. Une place publique y a été aménagée. Les hippopotames, récemment installés, visent à rendre hommage à Joseph-Édouard Guilbault, qui a aménagé un jardin public à Montréal au milieu du 19e siècle. M. Guilbault avait aussi invité le cirque Hippozoonomadon en 1862, d’où la présence des hippopotames au cœur du concept d’aménagement.

Au fil des ans, le jardin a occupé six endroits différents à travers la ville, le dernier emplacement étant près de la rue Guilbault Est.

« Ils [les responsables du projet] nous ont appelés. Ils avaient vu l’hippopotame à Granby. On a été invités à soumissionner et on a eu le contrat », a raconté Jean-Yves Rhéaume lundi, quelques heures avant l’inauguration des lieux.

« C’est une belle visibilité, a-t-il ajouté. C’est quand même sur la rue Saint-Laurent, entre l’avenue des Pins et la rue Prince-Arthur. C’est pas mal le red light, le spot. On est bien contents d’avoir des œuvres exposées avec cette envergure-là. »

Une allure différente

Selon Jean-Yves Rhéaume, si la technique utilisée pour la fabrication des sculptures — forme modelée dans du polystyrène avec armature d’acier, recouverte de polyuréthane projeté et de couches de peinture — est la même que pour les œuvres réalisées à Granby, les hippopotames de la place Guilbault ont malgré tout une allure différente.

Ils sont plus petits que l’hippopotame vert lime de la place de la Gare et, plutôt que de se tenir sur leurs quatre pattes, ils semblent à demi immergés dans l’eau, de sorte que deux d’entre eux feront office de bancs. Leur finition présente aussi un effet martelé et une peinture lustrée, qui fera miroiter la lumière. Les œuvres seront placées sous le faisceau de lampadaires qui compléteront l’aménagement au printemps, expliquent les artistes.

Ceux-ci affirment être très satisfaits du résultat final. Marco de Muri dit n’avoir aucun doute sur la durabilité des œuvres, mais elles seront, selon lui, davantage mises à l’épreuve à Montréal qu’à Granby, le secteur étant très achalandé.

Exportable

Arkad Productions compte entre autres parmi ses clients réguliers le Zoo de Granby et Moment Factory, entreprise pour laquelle elle a entre autres réalisé des contrats pour les parcours Foresta Lumina à Coaticook et Tonga Lumina à Mont-Tremblant.

À Granby, Jean-Yves Rhéaume et Marco de Muri ont fabriqué la girafe rouge, le gorille bleu, l’éléphant rose, le chameau turquoise et l’hippopotame vert lime, disposés dans différents lieux publics, dans le cadre de la campagne Granby est zoo. Une nouvelle œuvre, la dernière de 2018, sera par ailleurs dévoilée mercredi, face à la bibliothèque Paul-O.-Trépanier. Le suricate jaune, disposé devant les locaux de La Voix de l’Est, porte aussi la signature des deux artistes.

« C’est peut-être un créneau (les animaux) qui va prendre plus de place, mais on continue quand même à faire plein d’affaires. On trouve toujours le moyen de faire tout ce qui est visuel. Imitations de crépi, de patine, 2D, 3D, murales : on dit oui », a affirmé Jean-Yves Rhéaume.

Marco de Muri croit néanmoins que les animaux ludiques pourraient être facilement « exportables ». « En plus, on peut monter dessus et jouer avec, comparé à une sculpture qu’on fait juste regarder. On trouve que c’est un beau concept. On pourrait même mettre ça dans un conteneur et shipper ça à Tokyo ou ailleurs », a-t-il fait valoir.

Si les commentaires acerbes de certains citoyens au sujet des couleurs vives des œuvres granbyennes ont pu les surprendre lors du dévoilement des premières sculptures l’année dernière, les artistes ont appris à ne pas « le prendre personnel ».

« C’est partout pareil. On a aussi eu des commentaires à Montréal quand on installait les hippopotames. Il y avait des gens qui n’aimaient pas ça, d’autres qui prenaient des photos et s’assoyaient dessus. On s’attend à autant de négatif que de positif. Il y en a qui trouvent ça super beau, d’autres que c’est de l’argent gaspillé. On sait que c’est comme ça : quand on s’expose, il faut s’attendre à la critique », a mentionné Jean-Yves Rhéaume.