Le policier Jérémie Tanguay complète ces jours-ci son intégration au sein du Service de police de Granby, soit près d’un an après son embauche.

Apprivoiser le métier de policier

Le visage du Service de police de Granby changera du tout au tout d’ici 2022 avec le départ à la retraite de 27 policiers. La direction commence à former la relève en embauchant graduellement des policiers temporaires. Mais n’entre pas qui veut au sein du corps policier. Un aspirant candidat doit compléter avec succès un processus d’embauche qui exige, entre autres, qu’ils se soumettent au polygraphe. La Voix de l’Est vous propose une incursion dans ce processus rigoureux qui mène à l’embauche des nouveaux membres du corps policier.

« On travaille beaucoup pour devenir policier, mais c’est une chance de pouvoir être engagé, de prouver ce qu’on vaut et d’exercer ce métier », affirme l’agent Jérémie Tanguay.

Le policier âgé de 22 ans célébrera en avril sa première année comme agent au sein du Service de police de Granby. Il a complété le processus d’embauche avec succès au terme de ses études en techniques policières et à l’École nationale de police. Ce processus comprend une entrevue, des examens médicaux et physiques, et... le polygraphe.

« C’est l’une des choses les plus stressantes que j’ai vécues, avoue-t-il. C’est stressant parce que tu sais que tu joues ta carrière et que tu veux cet emploi. Dans l’autre sens, tu dévoiles ta vie au grand complet à quelqu’un que tu ne connais pas. Il y a des choses que tu es moins à l’aise de dire même si elles sont banales. Pour ta future carrière, tu n’as pas le choix de le dire. »

Originaire de Saint-Pie, Jérémie Tanguay connaissait déjà le Service de police de Granby. « C’est un endroit où ça bouge beaucoup et on ne se le cachera pas : quand on est nouveau policier, c’est ce qu’on souhaite, que ça bouge, dit-il. C’est un corps de police municipal de niveau un, donc au niveau de la patrouille, on pousse nos dossiers un peu plus contrairement à des corps de police plus gros où on prend le dossier et on le donne aux enquêtes. »

Mentorat
À son arrivée au service, comme tous les nouveaux policiers, il a été jumelé à une policière d’expérience pendant deux mois. « On pense être prêt quand on sort de Nicolet [lieu où se trouve l’École nationale de police, NDLR], mais quand on embarque dans la voiture de patrouille, ce n’est pas vraiment le cas. Les simulations, les formations nous donnent une très bonne base, mais tant que tu ne les as pas appliquées, tu n’as pas vu la vraie nature de l’emploi », estime l’agent Tanguay.

Durant la période de patrouille en duo avec son mentor, le nouveau policier a répondu aux différents appels qui leur ont été assignés. « Ça peut être un appel de routine pour une alarme d’intrusion, jusqu’à ton premier mort. Ce sont des choses auxquelles tu peux te préparer mentalement, mais tu dois le voir pour te dire que c’est la réalité », dit-il.

À la bonne place
Au terme de ce jumelage, Jérémie Tanguay a pu amorcer son service seul. Après près d’un an à patrouiller les rues de Granby, il affirme être plus à l’aise dans l’exercice de ses fonctions et connaît mieux l’environnement dans lequel il travaille.

« On sait plus où on s’enligne, mais je n’aurai jamais la prétention de dire que j’ai tout vu. On a des officiers, des sergents, des lieutenants qui sont là pour nous aider. Il y a beaucoup de choses qu’on apprend encore, mais on est plus à l’aise dans nos interventions avec les citoyens. On connaît mieux nos pouvoirs et nos devoirs », dit-il.

Le policier était d’ailleurs en période d’« induction » lorsque La Voix de l’Est l’a rencontré, il y a quelques jours. Il s’agit de la dernière étape de son intégration au sein du service. Il est notamment question des différents politiques opérationnelles et administratives.

« Je ne pourrais pas faire autre chose, affirme Jérémie Tanguay, visiblement emballé par son métier. Je suis à la bonne place quand je suis dans ma voiture de patrouille. »

Le polygraphiste Clermont Tremblay.

POLYGRAPHE: VÉRITÉ OU MENSONGE? 

Se soumettre au polygraphe est sans contredit une expérience stressante. Les instruments reliés au corps de la personne captent toutes les réactions suscitées par les questions formulées par le polygraphiste. Celles-ci apparaissent simultanément sur l’écran d’ordinateur de l’expert. Vérité ou mensonge ? Chose certaine, les réactions du corps humain ne peuvent mentir à la machine.

« Toute personne a été programmée à dire la vérité. Quand on est jeune enfant ou adolescent, si on se fait prendre à mentir, on est puni. Même adulte, si tu mens à ton superviseur, tu perds ta crédibilité. Ça a des conséquences de mentir », explique le polygraphiste Clermont Tremblay.

Il est impossible pour une personne qui ment d’empêcher certaines réactions physiologiques et cognitives. « Parce que pour mentir, ça demande un effort. Ça demande de l’énergie et ça [entraîne] des réactions physiologiques, poursuit-il. C’est beaucoup plus facile de dire la vérité que de mentir. »

Le polygraphiste, qui travaille maintenant à son compte, précise que le test est beaucoup plus efficace dans des situations réelles. « Lorsqu’il y a une conséquence à [manquer] l’examen, le test est beaucoup plus efficace. Quand il n’y a pas de conséquence à faillir l’examen, c’est moins efficace, mais ça fonctionne quand même », assure-t-il. 

Capter des réactions

La journaliste a accepté de se soumettre au test. La première étape consiste à mettre en place tous les dispositifs reliés au polygraphe et dont l’opérateur, en l’occurrence M. Tremblay, peut observer les réactions provoquées à l’écran de son ordinateur. 

Le policier retraité de la Gendarmerie Royale du Canada installe ainsi un brassard sanguin qui mesure la quantité de sang que le cœur envoie dans le corps. L’indexe et l’auriculaire sont également branchés à un capteur qui mesure l’action des glandes sudoripares (sueur à l’extrémité des doigts). Un capteur est aussi installé sur le majeur afin de mesurer les pulsions cardiaques. Deux tubes sont également installés sur la cage thoracique pour mesurer les mouvements créés par la respiration. Ces instruments captent toutes les réactions lors du test. Le polygraphiste s’assure que la personne ne bouge pas pour éviter de provoquer des réactions non désirées pendant l’examen. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il pose une question en observant immédiatement la personne.

Les premières questions adressées à la personne soumise au test permettent au polygraphiste d’ajuster l’instrument à la personne et ainsi voir de quelle façon elle réagit.

Pour les besoins de l’exercice, le polygraphiste a proposé à la journaliste de mentir volontairement au sujet d’un chiffre qu’elle venait d’écrire sur une feuille. Résultat : les capteurs sudoripares ont trahi la journaliste en enregistrant une réaction au moment où elle mentait.

Test pré-emploi

Le Service de police de Granby soumet depuis deux ans ses candidats policiers au test polygraphique. Les services de Sherbrooke, Gatineau, Lévis, Québec et Saguenay l’utilisent également. La GRC et la Sûreté du Québec demandent aussi aux aspirants policiers de le faire. Le test pré-emploi est aussi sollicité par des banques et des entreprises spécialisées dans le transport de valeurs. 

Dans le cadre d’un emploi au sein d’un corps policier, le candidat doit d’abord répondre à un questionnaire. C’est à partir de celui-ci que le polygraphiste sélectionne les questions qu’il formulera. Celles-ci peuvent autant concerner des actes criminels, la consommation de stupéfiants, la fraude, les renseignements confidentiels, les actes de violence familiale ou les activités avec le crime organisé, par exemple. 

L’examen dure entre deux heures et demie et trois heures. Une période est consacrée à la préparation du candidat et aux sujets qui pourraient être abordés lors du test. Le polygraphe en soi dure une trentaine de minutes. Toute la rencontre est filmée pour « la sécurité du candidat et ma sécurité à moi », explique celui qui a été policier pendant 32 ans à la GRC, dont sept passés comme polygraphiste. 

« Le polygraphe n’est qu’un outil additionnel [...]. Tout est pris en considération pour l’embauche : l’entrevue, le test médical, le polygraphe », précise l’expert qui a réalisé plus de 1300 tests à ce jour. 

MOUVEMENT DE PERSONNEL IMPORTANT 

Vingt-sept départs en quatre ans. Ce grand mouvement de personnel a débuté en février au sein du Service de police de Granby. Afin d’assurer la relève de son corps policier, la direction a déployé un plan de développement.

« Il y a d’importants changements qui vont avoir lieu au cours des prochaines années chez nous, confirme Marco Beauregard, directeur du Service de police de Granby. Le visage de l’organisation va changer du tout au tout. »

La moitié des futurs retraités occupe des postes à promotion, c’est-à-dire d’officiers ou d’enquêteurs. Trois membres de la direction prendront également leur retraite d’ici 2022. 

L’embauche des policiers temporaires est primordiale puisque les plus anciens accéderont, après avoir réussi un processus d’examen à l’École nationale de police, à des postes à promotion.

« Les gens gravissent les échelons. Ils sont agents à la patrouille et ils s’en vont vers sergent, lieutenant, officier de gendarmerie ou vers les enquêtes, explique le directeur Beauregard. Les policiers temporaires, on ne pourrait pas fonctionner sans eux. Ils sont des éléments très importants au sein de notre personnel policier. »

Les 34 policiers temporaires en poste en 2017 ont effectué pas moins de 43 751 heures, précise-t-il. Ces agents doivent réaliser chaque étape du processus d’embauche, suivi de la période d’intégration lors du jumelage avec un policier d’expérience, puis finalement de l’induction [dernière étape de son intégration au sein du service de police]. 

« On s’est aperçu que lorsqu’ils sortent de l’École nationale de police, ils veulent travailler rapidement. On ne les rassoit pas tout de suite dans une classe pour leur donner de la théorie. Tu rentres, tu fais des arrestations avec un policier d’expérience. Quand ils arrivent en induction, ils viennent voir les politiques qui sont écrites et sont davantage capables de les saisir, de les assimiler. »