Éric Dépault et Karine Desmarais (à droite sur la photo) affirment que les avantages du programme de Brigade culinaire de la Tablée des chefs sont nombreux.

Apprendre en cuisinant grâce à la brigade culinaire

L’enseignante Karine Desmarais a trouvé une façon originale de pimenter ses cours de français. À 24 reprises durant l’année scolaire, elle déménage sa salle de classe dans une cuisine de l’école secondaire Haute-Ville, où ses élèves enfilent un tablier, rejoignent leur brigade et se mettent aux fourneaux.

Mine de rien, les élèves font l’acquisition de notions qui débordent largement le français. « Apprendre à lire une recette, on pense que c’est instinctif, mais pas du tout. Lire la recette et mesurer les ingrédients, c’est un apprentissage. Mais c’est aussi des principes de physique et de chimie, du travail d’équipe, de l’organisation et des notions sur l’alimentation », a fait valoir Karine Desmarais, alors que près d’une vingtaine d’élèves s’activaient dans la cuisine pour l’avant-midi, lors du passage de La Voix de l’Est.

L’enseignante, épaulée par quelques collègues, s’est jointe l’an dernier au programme des Brigades culinaires, offert par la Tablée des chefs, un organisme à but non lucratif qui vise entre autres à développer l’éducation culinaire des jeunes. L’école secondaire Haute-Ville est un des rares établissements d’enseignement à avoir trois groupes actifs. Deux des 12 groupes de secondaire un y participent durant les heures de cours et un autre groupe, dans le cadre d’une activité parascolaire.

Éric Dépault, chef à la Fabrique prêt-à-manger, située rue Saint-Charles Sud à Granby, encadre le programme à l’école. Dans la région, des brigades culinaires sont aussi à l’œuvre aux écoles J.-H.-Leclerc à Granby, Wilfrid-Léger à Waterloo et P.-G.-Ostiguy, à Saint-Césaire.

Compétition

Si les apprentis-chefs apprennent des recettes de base lors des premières rencontres, ils doivent, au terme des 24 ateliers, élaborer un plat, à partir d’ingrédients mystères imposés par Éric Dépault, dans le cadre d’un combat. Et comme ils doivent aussi présenter ce qu’ils ont cuisiné à un panel de juges, ils intègrent au passage quelques notions de communication orale.

« C’est vraiment incroyable ce qu’ils peuvent apprendre, du début de l’année jusqu’à la fin. Ça peut aussi être bon pour l’estime de soi, leur apporter une source de motivation. Quand ils viennent ici, ils s’amusent et ils sont actifs dans leur apprentissage. Et ils mangent tout ce qu’ils font. Ce sont aussi des connaissances qu’ils vont utiliser toute leur vie », affirme M. Dépault.

Les apprentis chefs font l’acquisition de notions de français, de chimie et de mathématique, mais ils expérimentent aussi le travail d’équipe et l’organisation.

Chef depuis une dizaine d’années et détenteur d’un brevet d’enseignant en univers social au secondaire, Éric Dépault affirme être tombé « en amour » avec ce projet qui lui permet de conjuguer deux passions.

Le programme culmine par ailleurs au printemps par une compétition de type Iron Chef, alors que les brigades gagnantes (de quatre ou cinq participants) de chacune des écoles s’affrontent à l’occasion de quarts de finale, de demi-finales et d’une finale provinciale. L’an dernier, l’équipe qui a représenté l’école Haute-Ville s’est rendue jusqu’aux demi-finales, précise non sans fierté, Karine Desmarais. En quarts de finale, elle s’est même mesurée à une brigade qui comptait des élèves de cinquième secondaire.

Projets

Deux des participantes rencontrées, Salomé Amiot et Maï-Lee Tournon, aimeraient bien prendre part aux quarts de finale cette année. Elles et leurs coéquipières de brigade sont en bonne position, mais la compétition est forte, disent-elles.

Si Salomé confie avoir eu un coup de cœur pour le poulet au beurre et avoir été déçue par la poutine avec des frites de légumes, Maï-Lee dit pour sa part avoir gagné en confiance avec les opérations nécessitant la cuisson. Si bien qu’il lui est arrivé quelques fois de se mettre aux fourneaux à la maison pour tester ses nouvelles connaissances acquises et en faire profiter sa famille, raconte-t-elle.

Preuve que le programme de brigade culinaire est apprécié, selon Karine Desmarais : le taux d’absentéisme est pratiquement nul les jours d’ateliers et les élèves ne rechignent pas à travailler un peu plus fort en classe afin de compenser le temps consacré à ce projet.

S’il n’en tient qu’à elle, le programme serait offert à un plus grand nombre d’élèves, mais comme il en coûte 1000 $ par groupe, son rayonnement est plus limité. L’enseignante a réussi cette année à trouver les 3000 $ nécessaires en faisant appel à l’école, mais aussi à des fondations ou à différents programmes de bourses.

Elle a aussi réussi à dénicher une autre enveloppe auprès de Desjardins afin d’être en mesure d’offrir à tous les élèves de secondaire un d’ici la fin de l’année scolaire une demi-journée en cuisine avec Éric Dépault.

S’il n’en tient qu’à elle, la cuisine ferait d’ailleurs partie des cours de base, tellement les avantages sont grands. Elle caresse aussi le rêve d’aménager une serre à l’arrière de l’école afin que les élèves puissent cuisiner avec leurs propres ingrédients. Mais elle est consciente que le défi financier est un peu plus grand pour ce projet...