Marie Cartier, médecin de famille à Granby depuis près de 20 ans, a su captiver les dizaines de jeunes regroupés dans l’auditorium de l’école secondaire J.-H.-Leclerc en vulgarisant ce qu’est l’anxiété et ce qui y mène.

Anxiété chez les jeunes: vaste réflexion à J.-H.-Leclerc

L’anxiété chez les jeunes a de multiples facettes et les tabous demeurent bien enracinés. L’omnipraticienne Marie Cartier les a déboulonnés un à un, lundi, dans le cadre d’une conférence devant des dizaines d’élèves réunis dans l’auditorium de l’école secondaire Joseph-Hermas-Leclerc, à Granby.

La rencontre, orchestrée par l’enseignant Patrice Gagnon en collaboration avec plusieurs collègues, est en fait la prémisse d’un projet d’écriture sur l’anxiété.

Les jeunes devront rédiger le 2 mai un texte de 350 mots afin de répondre à une question sur ce type de pathologie de plus en plus répandue. « Notre but, c’est de faire réfléchir les jeunes en ouvrant le dialogue. On veut qu’ils réalisent que l’anxiété et tous les troubles connexes ne sont pas insurmontables. On veut les outiller pour qu’ils identifient des stratégies pour garder une bonne santé », a indiqué en entrevue le professeur de français de troisième secondaire.

En près de deux décennies de pratique, Dre Cartier a suivi plusieurs jeunes aux prises avec des problèmes d’anxiété. Elle a noté un accroissement marqué du nombre de cas au cours des dernières années, entre autres depuis « l’explosion » des réseaux sociaux. « Parfois, les jeunes arrivent dans mon bureau, désemparés. Ils sont extrêmement sensibles à l’image qu’ils projettent. Ils veulent plaire en tout temps, se fondre dans le moule. Ça peut devenir extrêmement anxiogène », a-t-elle mentionné.

En fait, le spectre de ce type de pathologie est large. Cela peut se décliner en troubles paniques, en phobies sociales ou spécifiques, en troubles obsessifs compulsifs, voire en stress post-traumatique.

Encadrement et équilibre

Évidemment, il n’existe pas de remède miracle pour contrer entièrement l’anxiété. Le cumul de certains ingrédients mène toutefois à une recette gagnante, a fait valoir la conférencière en marge de son allocution devant les élèves captivés. « On ne le dira jamais assez, l’hygiène de vie est la base pour éviter les troubles anxieux. Ça passe par le sommeil adéquat, l’exercice, une saine alimentation combinée à la réduction de la consommation de stimulants, notamment les fameuses boissons énergisantes. »

De même, la discussion de vive voix, favorisant le contact humain, est à mettre en haut de la liste des priorités. « Je dis souvent aux jeunes, lâchez les pouces et utilisez la bouche », a-t-elle imagé, faisant référence à la propension des adolescents pour les textos.


«  Les jeunes veulent plaire en tout temps, se fondre dans le moule. Ça peut devenir extrêmement anxiogène.  »
Marie Cartier, médecin de famille à Granby depuis près de 20 ans

Selon Patrice Gagnon, qui agit également en tant que coordonnateur à l’animation à J.-H.-Leclerc, l’absence de balises parentales pèse aussi lourd dans la balance. « Souvent, l’encadrement parental fait défaut. Malheureusement, les amis deviennent le principal lien d’attachement, alors que les adultes doivent l’être en priorité. Les enfants ne doivent pas s’éduquer entre eux. C’est à ce moment que les filets de sécurité tombent et que l’anxiété grimpe. » À ce chapitre, M. Gagnon recommande aux parents qui souhaitent s’outiller pour garder le cap dans le tourbillon des troubles anxieux de leur enfant, de mettre la main sur le livre de Gordon Neufeld et du Dr Gabor Maté, qui s’intitule Retrouver son rôle de parent.

Les adultes en général ont une grande introspection à faire, estime pour sa part l’animateur de vie spirituelle et engagement communautaire, Éric Archambault. « Dans la vie, c’est bien d’avoir des coachs. Aujourd’hui, on pellette trop souvent les défis dans la cour des jeunes en leur disant qu’ils sont l’avenir, les décideurs de demain. On leur met une pression énorme. »

Heureusement, les jeunes sont de plus en plus ouverts à aller chercher de l’aide en cas de problème d’anxiété, souligne Dre Cartier. La psychoéducatrice Danielle Giroux abonde dans le même sens. « L’important, c’est que les jeunes soient conscients de l’importance d’avoir un équilibre dans toutes les sphères de leur vie, a-t-elle fait valoir. Aussi bien dans leurs relations amoureuses qu’au travail, en famille, en amitié et sur les réseaux sociaux. Parce que c’est ce débalancement qui crée l’anxiété. Déjà, si on peut, grâce à cette conférence puis par le biais du travail qui va suivre, les éveiller à cet aspect, on peut dire mission accomplie. ».