Le projet spécial d’ordonnance collective pour traiter les personnes piquées par des tiques dans le sud du Québec répond à un grand besoin de la population, soutient la pharmacienne Julie Coderre.

Antibiotique contre la maladie de Lyme: les pharmaciens sont ravis

Les personnes piquées par des tiques ont été nombreuses à se pointer à la pharmacie pour demander de l’aide. Dans plusieurs cas, les pharmaciens leur ont prescrit des antibiotiques sans que leurs clients passent par un médecin. Un projet spécial d’ordonnance collective de la Direction de la santé publique de l’Estrie a permis aux pharmaciens de poser ces gestes.

Au Jean Coutu de Cowansville, 142 ordonnances de doxycycline pour traiter préventivement des piqûres de tiques ont été signées durant la saison chaude par les pharmaciens de l’endroit, indique Julie Coderre, la pharmacienne propriétaire de l’établissement. « On rencontre les gens, leur pose des questions sur leur état de santé. Et on examine l’endroit où ils ont été piqués. Avec toutes ces informations, tu as moins de doute sur ce que c’est. Si on conclut que c’est une tique, on leur prescrit un antibiotique. C’est une procédure très simple qu’on peut faire en quelques minutes », explique-t-elle.

Ce programme d’ordonnance collective, permettant aux pharmaciens de poser un diagnostic et de prescrire un médicament, est l’idée de Mme Coderre. La jeune professionnelle y voit une façon d’alléger le système de santé, mais surtout de rassurer rapidement les gens piqués par une tique. « C’est une maladie qui inquiète beaucoup les gens. Si on peut les rencontrer rapidement, répondre à leurs questions, je pense qu’on va diminuer leur anxiété. Ça vient calmer le jeu et on peut continuer de sensibiliser les gens sur cette maladie et comment la prévenir. »

Le besoin d’information est là, soutient Mme Coderre. Elle estime que les 150 clients (environ) qui ont consulté les pharmaciens de son entreprise n’ont pas eu besoin d’antibiotique. « On est en amont de tout le processus », image-t-elle.

Jean-Philippe Robert applaudit aussi le fait que la Direction de la santé publique fasse confiance aux pharmaciens pour traiter les personnes piquées par des tiques. Propriétaire de la pharmacie qui porte son nom à Granby et affilié à Brunet, il a personnellement prescrit des antibiotiques à deux de ses clients. Il ignore combien de prescriptions ses collègues ont signées.

Effet de panique

Les gens qui sont piqués par des tiques sont parfois en panique, indique M. Robert. « C’est une maladie qui fait peur. Comme on doit intervenir tôt dans le cas d’une tique, c’est un bon système parce qu’il nous permet d’administrer très rapidement le traitement. C’est une procédure simple et rapide. C’est important pour les patients ; on leur permet d’éviter tout le système de santé. Je pense qu’ils en sont très satisfaits. »

Personne à la Direction de la santé publique de l’Estrie n’était disponible mardi pour commenter son projet spécial. Un porte-parole a indiqué que l’organisation ne pourra le faire que la semaine prochaine.

La doxycycline est un médicament très polyvalent. Il est prescrit pour traiter des bronchites, des pneumonies, des infections de la peau ainsi que des morsures de chiens et de chats, dit Mme Coderre. Il est vendu entre 10 $ et 15 $. Le médicament peut être remboursé par des assurances privées, a-t-elle ajouté. La maladie de Lyme, pouvant être provoquée par des piqûres de tiques infectées, est source d’inquiétude dans le sud du Québec, notamment dans le sud-est de la Montérégie et l’Estrie. Les MRC Brome-Missisquoi et de La Haute-Yamaska sont directement touchées.

Les données de la direction de la santé publique Québec en 2017 révèlent que 329 personnes ont contracté la maladie de Lyme. De ce nombre, 126 personnes atteintes étaient de l’Estrie. C’est de loin le plus haut total dans la province. De ces cas, 32 personnes ont été piquées à Bromont, 13 à Cowansville, 11 à Granby et 9 à Lac-Brome.