Même si elle vient d’entamer son tout premier mandat comme députée de Shefford, Andréanne Larouche est loin d’en être à ses premières armes en politique.
Même si elle vient d’entamer son tout premier mandat comme députée de Shefford, Andréanne Larouche est loin d’en être à ses premières armes en politique.

Andréanne Larouche: l’amour du travail sur le terrain

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Elle a causé la surprise en l’emportant contre le libéral Pierre Breton à l’élection fédérale du 21 octobre. Pour celle que plusieurs n’appellent que par son prénom, cette nouvelle aventure n’est que l’aboutissement d’années d’implication dans son milieu. Pour ces raisons, La Voix de l’Est décerne à Andréanne Larouche le titre de personnalité de l’année 2019.

Même si elle vient d’entamer son tout premier mandat comme députée de Shefford, Andréanne Larouche est loin d’en être à ses premières armes en politique.

« Son parcours la destinait à en arriver là. Elle a toujours été très impliquée auprès d’organismes, et surtout dans sa communauté. Je suis très, très fière qu’elle ait été élue », relève Marie Bouillé, de qui Mme Larouche a été l’attachée politique lors de son second mandat à titre de députée d’Iberville, de 2012 à 2014.

Un commentaire qui trouve écho chez plusieurs autres personnes qui côtoient la nouvelle élue depuis plusieurs années.

« Andréanne est omniprésente dans la région. C’est quelqu’un de terrain. Quand elle a été élue, elle a dû démissionner de cinq conseils d’administration, rien de moins !, lance son conjoint des 11 dernières années, Richard Leclerc. Elle aime le monde ; elle a une facilité à communiquer avec les gens et à s’intéresser à eux. »

« Andréanne est une employée hyper loyale. Quand elle est présente, elle est très impliquée ; je dirais même qu’elle donne toujours son 100 % et qu’elle est très soucieuse de bien faire les choses », relève Marie-Christine Paquette, directrice de Justice alternative et médiation de Granby, où Mme Larouche occupait un emploi jusqu’à son élection.

Des coulisses aux projecteurs

La Suttonnaise gravite dans la sphère politique depuis une douzaine d’années. Elle a fait ses premières armes aux côtés de l’ancien député bloquiste de Brome-Missisquoi, Christian Ouellet, de qui elle a été l’attachée politique de 2007 à 2012.

Aujourd’hui retraité, ce dernier n’a que de bons mots pour son ancienne employée. « Pour moi, ç’a été une collaboration très positive. Andréanne, je lui ai fait confiance et elle a répondu d’une façon extraordinaire, mentionne-t-il. Elle a été adjointe à mon bureau de Cowansville, puis à Ottawa. Elle a appris comment monter un dossier, elle a appris l’importance d’aller sur les lieux. C’est une femme politique accomplie. Andréanne a réellement tout ce qu’il faut pour être une excellente députée. »

C’est d’ailleurs grâce à M. Ouellet qu’Andréanne Larouche a rencontré son conjoint qui, en 2008, briguait les suffrages dans Brome-Missisquoi pour le Parti québécois pour une première fois. « Nous sommes tous les deux des souverainistes convaincus, affirme M. Leclerc. La politique occupe beaucoup de place dans notre couple ; ça nous anime constamment. »

Selon le conjoint d’Andréanne Larouche, Richard Leclerc, la politique, qui a permis leur rencontre, occupe une place centrale au coeur de leur couple.

D’ailleurs, lorsqu’il a quitté la présidence du Parti québécois dans Brome-Missisquoi, c’est elle qui a repris le flambeau. Tout le reste n’est que la suite logique d’un parcours qui s’étire sur de nombreuses années.

« En 11 ans, on a fait huit campagnes électorales, parfois comme candidats, mais aussi pour d’autres candidats », énumère le publicitaire de Sutton, donnant pour exemple les candidats bloquistes et péquistes René Beauregard, Christelle Bogosta et Patrick Melchior, entre autres.

En 2018, Mme Larouche est passée des coulisses aux projecteurs en portant les couleurs du Parti québécois dans Brome-Missisquoi lors de la campagne électorale provinciale. Elle avait toutefois fini quatrième, une défaite « crève-cœur », aux dires de M. Leclerc, qui avait mené à une sérieuse remise en question de l’implication politique de la candidate.

Celle-ci s’est toutefois laissé séduire par le Bloc québécois au terme d’une cour de plusieurs semaines. « Andréanne n’envisageait pas de se présenter au fédéral avant qu’on la courtise », explique son conjoint.

D’ailleurs, au moment de son investiture, en août, les pronostics ne laissaient pas présager une victoire, alors que le député libéral sortant, Pierre Breton, menait avec 47 % des intentions de vote. Le Bloc québécois, lui, arrivait deuxième avec à peine un peu plus de la moitié des appuis potentiels.

« À l’époque, quand on approchait des candidats, ça prenait beaucoup de courage, rappelle le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet. C’était difficile de gagner, surtout dans une circonscription comme Shefford. Mais Andréanne était une militante farouche et son engagement envers la cause est sincère. Elle n’est pas carriériste, elle est idéaliste. Et c’est pour cette raison que je la voulais dans mon équipe. »

N’empêche, la candidate a persévéré, l’emportant par une mince avance de 1,6 % sur son adversaire. Sa personnalité avenante a certainement pesé lourd dans la balance, estime son entourage.

« Andréanne a beaucoup d’empathie et de compassion, deux qualités très importantes en politique. Les gens le sentent et je crois que ça lui a permis de se démarquer », estime Marie Bouillé.

M. Ouellet abonde en ce sens. « L’écoute, c’est une qualité extrêmement importante, même vitale pour un député, et Andréanne en a à revendre. Et elle respecte les gens. C’est essentiel. Et surtout, elle sait très bien s’exprimer, elle a une aisance à communiquer ses idées. »

Marie Bouillé et Christian Ouellet (ici photographiés en 2010), n’ont que de bons mots à l’endroit d’Andréanne Larouche, qui a été leur attachée politique entre 2008 et 2014.

Mandat sur mesure

Au sein du cabinet fantôme du Bloc québécois, son chef, Yves-François Blanchet, lui a confié les dossiers de la condition féminine, de l’égalité des gens et des aînés. Des mandats qui rejoignent la personnalité de la députée, qui a la justice sociale à cœur, ont confié des membres de son entourage.

« Andréanne a cette conviction d’apporter un changement positif aux problématiques qu’elle rencontre : elle croit vraiment dans les causes qu’elle défend. Chez nous, elle a piloté le dossier de sensibilisation à la maltraitance des aînés », indique Mme Paquette.

« Et parmi les aînés, il y a beaucoup de femmes vulnérables ; les femmes sont aussi plus nombreuses à être des proches aidantes. Je crois que tout ça ensemble, ça sied bien à Andréanne et qu’Yves-François a su voir ce qu’elle pourrait apporter au débat », souligne M. Leclerc.

« Quand on nomme un conseil des ministres, on essaie d’éloigner les candidats de leurs préjugés. Quand on choisit des critiques, on y va selon leurs expertises. Andréanne est très sensible à la cause des aînés et celle des femmes est complémentaire », explique M. Blanchet.

Au sein du cabinet fantôme du Bloc Québécois, son chef, Yves-François Blanchet, lui a confié les dossiers de la Condition féminine, de l’Égalité des gens et des Aînés.

Défis en vue

Néanmoins, la nouvelle députée de Shefford à la Chambre des communes fera face à plusieurs défis au cours de ce premier mandat.

« Andréanne devra être capable de parler d’une voix forte et de faire sa place à la Chambre des communes en ayant l’écoute et le respect du gouvernement libéral, ce qui ne sera pas toujours facile », prédit Mme Bouillé.

Pour sa part, Richard Leclerc croit que sa conjointe devra se faire connaître au-delà de la sphère communautaire. « Andréanne, c’est quelqu’un au service des gens. Pendant des années, elle s’est dévouée au communautaire, mais elle doit désormais démontrer la même disponibilité et le même désir de servir au milieu des affaires, par exemple. Et déjà, elle est allée à la rencontre de plusieurs entreprises de la circonscription », explique-t-il.

Son chef estime plutôt qu’Andréanne ne doit rien tenir pour acquis. « Elle se trouve dans une circonscription qui, historiquement, n’a pas toujours été favorable au Bloc, rappelle-t-il. Et elle a gagné par une très faible marge. Elle doit donc se faire apprivoiser par la population de Shefford d’ici la prochaine élection qui, d’après moi, va arriver assez vite. »

Selon son ancien patron, c’est plutôt la recherche d’un équilibre entre sa vie professionnelle et sa vie personnelle qui représentera le principal défi de la nouvelle députée de Shefford. « Comme elle veut tout faire, mais qu’elle n’est qu’une seule personne, il faut qu’elle fasse attention à sa santé. Il faut que son entourage la protège et que les gens respectent qu’elle a aussi droit à sa vie privée », raconte M. Ouellet.

« Être député, c’est demandant. Les gens ne réalisent pas à quel point on reçoit constamment des invitations. On ne peut pas être partout, poursuit-il. Malgré tout, j’ai extrêmement confiance en Andréanne. C’est une grande femme, malgré sa petite stature physique. Elle va aller loin. »