La Parole des aînés a réalisé une entrevue avec un groupe d’ex-employés de la Filtex le 15 novembre 2018. De gauche à droite: Anne Soucy, Yves Fontaine, Fleur-Ange Beauregard-Domingue, André Daigneault et Pierre Marcotte.

Ancienne usine Filtex à Sutton: d’ex-employés se racontent

Héritage Sutton invite la population à venir entendre les témoignages d’ex-employés de l’ancienne usine Filtex, qui sera bientôt démolie.

Cette soirée, qui se tiendra le 12 juin prochain à 19 h à la salle Alec & Gérard Pelletier, vise à mettre en valeur les récentes entrevues menées auprès d’une trentaine de personnes qui ont travaillé dans cette importante filature, qui a fait vivre des centaines de Suttonnais pendant plusieurs décennies.

Elles ont été réalisées dans le cadre du projet La parole des aînés, financé par Québec ami des aînés, un programme parrainé par la ministre responsable des Aînés et des Proches Aidants et à travers lequel Héritage Sutton avait reçu, en avril 2018, une subvention de 100 000 $ pour l’aider à préserver son histoire locale.

« On a passé une trentaine de personnes âgées de 55 à 94 ans en pré-entrevue, et on en a filmé 18 qui nous parlent des conditions de travail, des différents shifts, des patrons, des tentatives de syndicalisation, etc. », indique Dominique Parent, coordonnatrice du projet La Parole des aînés.

Une quarantaine d’ex-employés seraient toujours en vie et Mme Parent n’est pas peu fière d’avoir recueilli les souvenirs de « la doyenne », une dame qui était chargée d’inspecter les toiles de parachutes tissées lors de la Deuxième Guerre mondiale, alors que la filature fonctionnait sous le nom de la Sutton Silk Mills.

C’est en 1955 que la Filtex, alors appelée la Yarntex, a pris le relais au 5, rue Pine. Son changement de nom est survenu avec l’adoption de la loi 101, qui a obligé les commerces et les entreprises à franciser leur dénomination.

Conditions difficiles

Entre 160 et 200 personnes y travaillaient de jour, de soir ou de nuit au plus fort de ses activités, qui consistaient à fabriquer du fil à broder, transformer de la laine en ballots de laine à tricoter ou en laine pour tapis, filer et tisser des fibres synthétiques ou encore effectuer des teintures de toutes les couleurs pour réaliser différents motifs.

« Elles ont fait tourner l’usine et l’économie de Sutton à la sueur de leur front et dans des conditions qui seraient jugées inacceptables aujourd’hui », rappelle Mme Parent.

Jeanne Morazain, présidente d’Héritage Sutton, lancera la soirée avec une courte présentation historique de la filature.

Suivront ensuite la présentation de sept blocs d’entrevues relatant les souvenirs de certains ex-employés de l’usine, passage qui, pour certains, a duré plus de 30 ans.

« Un job steady, pas des gros salaires, mais de l’autre côté, j’ai élevé deux enfants, les ai éduqués, j’ai bâti ma maison, j’l’ai payée, pis j’prenais des vacances », a, entre autres, confié Charles Talbot.

Des dizaines de photos agrémenteront les récits.

La soirée se terminera avec une période de questions en compagnie des anciens employés qui seront présents.

Rappelons que l’usine Filtex a définitivement fermé ses portes en juillet 2004, après 64 ans d’opération. Le bâtiment, laissé à l’abandon depuis, sera démoli prochainement.

La période d’appel d’offres pour effectuer les travaux, estimés à 540 915 $, s’est terminée le 5 juin. Aucun échéancier n’est prévu, si ce n’est que les travaux doivent être exécutés avant la fin de l’année, disait Pierre Largy, directeur général de la Ville de Sutton à La Voix de l’Est, le 24 mai dernier.

Le conseil n’a pas encore statué sur ce qu’il entend faire du terrain laissé vacant. Une réflexion collective pour le réaménagement du site, à un jet de pierre du centre-ville, aura lieu, a également dit M. Largy.