Le kayak était fort utile pour aller chercher de la nourriture.

Amener «l'accalmie dans le coeur des gens»

Christian Bergeron est fier de son fils. À Houston, où Harvey a déversé des mètres de pluie, le père David Bergeron n'a pas hésité à venir en aide à ses concitoyens, entre autres avec son kayak.
Le père David Bergeron a eu à traverser ce lac artificiel et temporaire. Il avait de l'eau à mi-cuisses.
« Au départ, c'est certain qu'on était inquiets de sa sécurité là-bas, a confié lundi M. Bergeron père, en entrevue téléphonique. Il nous a tenus au courant assez régulièrement. C'est un garçon très humble, mais il est très dévoué. Ça ne nous a pas surpris plus qu'il faut. Il a suivi les traces de son grand-père... »
Lors d'importantes inondations en 1948 à Bromptonville, son père à lui avait en effet, lui aussi porté, secours à ses pairs, raconte Christian­ Bergeron. « Le lit de la rivière Saint-François était sorti à cause d'un embâcle. Mon père, le grand-père de David, avait secouru, en canot, des gens et des animaux. »
Les parents de David, qui vivent à Granby, reçoivent régulièrement de ses nouvelles. Ils lui ont demandé d'être prudents. « Il connaît beaucoup les cours d'eau et les réactions de l'eau avec son kayak », ajoute le père, confiant que son fils ne mettra pas sa vie en péril. 
David Bergeron a été transféré au Texas par sa communauté quand il a été ordonné prêtre car il parle espagnol couramment et beaucoup d'hispanophones résident dans cette région des États-Unis. Il y vit depuis sept ans. 
Le début d'une aventure
Mais en sept ans, David Bergeron n'avait jamais rien vu de tel. 
Le premier soir, samedi, il s'en allait regarder le match de boxe de Mayweather contre McGregor chez son frère, à environ 30 km de chez lui quand, à 7 km de sa destination, il a reçu une alerte : il lui fallait au plus vite trouver un refuge à cause d'un danger imminent­ de tornade.
« C'est assez stressant... Le refuge était la maison de mon frère », a raconté le prêtre en entrevue - sa 15e de la journée ! - avec La Voix de l'Est.
David Bergeron n'a jamais aperçu de tornade. Mais il a vu de près les précipitations provoquées par Harvey lorsqu'il est demeuré coincé sur un viaduc au retour, au milieu de la nuit. Les routes étaient gorgées d'eau, si bien qu'il a dormi dans son camion, allant constater à l'occasion l'état de la situation malgré­ la forte pluie.
Dimanche, l'ex-Granbyen s'est fait connaître partout en Amérique du Nord pour son dévouement. Désirant célébrer une messe, il a sorti son kayak pour se rendre dans un dépanneur y chercher du vin. C'est aussi avec son embarcation qu'il a aidé un citoyen qui voulait traverser­ une rue devenue rivière. 
« C'était de l'eau vive et le courant était dangereux pour nager. J'avais peur qu'il soit emporté par les flots », raconte-t-il avec simplicité.
« Je suis allé visiter, en kayak, le voisinage, ajoute-t-il , expliquant avoir voulu faire sourire les gens. Un kayak sur la rue, ce n'est pas quelque chose de commun, c'est surprenant. Comme une accalmie dans le coeur des gens. »
Toujours prêt à aider
Toujours piégé par la crue des eaux, lundi, il a poursuivi sa mission bienveillante auprès d'un prêtre qui a du mal à se déplacer. Ce dernier, qui a une machine pour respirer la nuit, s'était réfugié dans un hôtel, croyant être plus en sécurité pour avoir l'électricité. Mais l'hôtel est le premier à avoir été privé de courant. « J'y suis allé avec un confrère prêtre tout aussi aventurier. La chambre était au cinquième étage. On a dû descendre les escaliers avec ma lampe frontale de camping. Il y avait une navette qui devait l'amener et on pensait que c'était proche, mais il restait un kilomètre de marche dans l'eau et la boue... »
Des aventures, le père Bergeron dit en avoir vécu en peu de temps. Mais il tient bon à travers la tempête. Lundi en fin d'après-midi, le vent avait cessé à Houston. Mais la pluie, elle, tombait toujours.