Lors de son plus récent voyage en Haïti, Hélène Bédard (à droite) a été accompagnée de Gabriel Marcotte-Boily et de sa mère Marie-Claude Marcotte.

Aider des élèves en Haïti, un voyage à la fois

La Granbyenne Hélène Bédard, qui a fondé Les Adultes de Demain (LADD) Mission, revient tout juste d’un nouveau séjour en Haïti, où trois classes ont été fraîchement repeintes, juste à temps pour la rentrée qui a eu lieu le 2 septembre. Et cette fois-ci, elle ne s’y est pas rendue seule.

Depuis sa naissance, en janvier 2018, LADD Mission a permis le parrainage de près de 40 enfants haïtiens. Pour un don annuel de 100 $, il est possible de scolariser, habiller et équiper un élève pour une année scolaire.

De plus en plus de gens se manifestent pour soutenir la cause, si chère aux yeux d’Hélène Bédard qui, elle, est toujours époustouflée par la confiance que lui accordent les donateurs, qui se trouvent désormais autant en dedans qu’en dehors de son cercle social.

« Au départ, la majorité des donateurs étaient des collègues de travail et des membres de ma famille. Il y a des gens qui m’ont donné des sous et que je ne connaissais même pas. De purs étrangers ! On appelle ça faire confiance ! Chaque fois, ça me redonne foi en l’humanité », confie la principale intéressée.

Curieuse et intriguée par le projet de sa collègue à l’école du Phénix, l’orthopédagogue Marie-Claude Marcotte a décidé de faire sa part. Elle est depuis un an et demi la marraine de Jonathan, un adolescent orphelin de 14 ans qui, grâce à son soutien financier, a pu reprendre sa scolarité en 4e année et ainsi éviter d’être enrôlé dans un réseau de distribution de drogue. « Mon domaine c’est l’adaptation scolaire : je trouvais ça important que le jeune raccroche, qu’il ne tombe pas dans le piège », commente Mme Marcotte.

C’est toutefois son fils Gabriel, qui souhaitait vivre une expérience de voyage humanitaire, qui l’a convaincue de se rendre sur le terrain.

« Je n’étais pas sûre qu’Hélène accepterait, mais je lui ai demandé », se souvient-elle.

« Ça m’a pris environ dix secondes pour y penser, et c’était clair que c’était un gros oui ! » renchérit Mme Bédard.

Une décision qu’elle n’aurait pas prise avec des inconnus, mais qui la rassure pour la suite des choses. « J’étais tellement craintive d’aller là avec des gens, de peur que ça ne clique pas, admet l’enseignante. J’ai mis cartes sur table. Je leur ai parlé de l’instabilité en Haïti, des manifestations, de la longue route à faire. Et heureusement, ils ont fait preuve d’ouverture de A à Z. Ils se sont laissés guider là-dedans et jamais ils n’ont dit qu’ils étaient mal à l’aise ou qu’ils avaient peur. Jamais ils ne se sont plaints du travail, de la chaleur, de la fatigue ou des conditions. C’était merveilleux ! »

« C’était une équipe de rêve, poursuit Mme Bédard. J’en prendrais comme ça chaque année ! »

La fondatrice de l’œuvre caritative prend bien soin de documenter chacun de ses voyages. Elle témoigne en direct des avancées des projets sur Facebook, le tout afin de prouver que chaque dollar reçu est bien investi.

Choc culturel

Le trio s’est donc envolé vers Haïti le 14 juillet, où Mme Marcotte et son fils sont demeurés deux semaines.

« Ça a été un choc culturel, en arrivant à Port-au-Prince, raconte Mme Marcotte. La saleté, les odeurs, le fait que les gens ne s’arrêtent pas aux coins de rue... »

C’est cependant une première visite au village de Kay Kok, où sont scolarisés plusieurs enfants aidés par la fondation, qui a suscité chez Mme Marcotte « une grosse émotion ». « Oui, c’est pauvre, mais je ne m’attendais pas à ça. Les enfants jouaient sur la plage, dans des saletés, décrit-elle. C’est une image qui ne s’oublie pas. Je me suis ressaisie, parce que je ne voulais pas traverser le village en pleurant. »

Témoin de la scène, Mme Bédard indique que de voir sa collègue dans tous ses états lui a rappelé ce pour quoi elle avait choisi de s’impliquer, au départ. « Maintenant, moi, ce que je vois, ce sont des enfants qui jouent, qui ricanent. Je ne remarque plus qu’ils sont nus, dans des déchets. »

« Ça ne veut pas dire que je ne vois plus la misère, nuance-t-elle, mais que je mets l’emphase sur autre chose. Si on s’arrête uniquement à la première impression, on ne peut pas les aider. »

Le travail manuel, but ultime du voyage, a pour sa part été colossal : peindre à l’huile les murs de trois classes de l’école Étoile du matin par une chaleur accablante de 42 à 45 degrés Celsius, sans compter l’humidité et une nuit de pluie qui ont retardé le séchage.

« Je n’ai jamais fait de travail physique dans une chaleur aussi intense ! Quand je suis arrivée là, je ne pensais pas qu’on arriverait à faire quelque chose d’aussi bien dans un délai aussi court », se rappelle l’orthopédagogue, mentionnant également la difficulté de se procurer le matériel nécessaire à l’aboutissement du projet.

« Ici, même la base, c’est difficile à trouver, rappelle Mme Bédard. On a fait un chandail bedaine à Gabriel parce qu’on n’avait pas de guenilles ! On a coupé son t-shirt avec une machette ! »

Souvenir de voyage

Le duo mère-fils a été logé dans une résidence d’invités dotée d’eau courante. Un logis plus confortable que la petite maison où séjourne Mme Bédard lors de ses visites. « Je voulais qu’ils soient confortables, et ça m’enlevait de l’inquiétude. Là-bas, ils avaient un toit, ils étaient nourris trois fois par jour, ils dormaient bien et ils ne manquaient de rien, explique-t-elle. Je voulais qu’en plus de voir le côté misérable d’Haïti, ils puissent aussi en voir le côté paradisiaque qui nous fait tomber en amour ! »

Ce n’est toutefois pas la beauté du paysage qui sera leur souvenir le plus marquant de leur voyage.

Au cours de celui-ci, Gabriel Marcotte-Boily a pu observer les différences culturelles, mais aussi de confort qui existent entre les jeunes Haïtiens et les jeunes Québécois. « Je voulais voir les vraies affaires, confie-t-il. Quand on a rencontré Jonathan, j’ai vu qu’il n’avait rien, qu’il a eu beaucoup de difficultés dans la vie que moi je n’avais pas connues. Je me trouve chanceux. »

Son expédition le motivera à poursuivre ses études, ajoute celui qui entame sa 5e secondaire. « Avec Hélène, la fondation peut les scolariser jusqu’à la 9e année, mais ils ont peu de chances d’accéder à des études supérieures. Moi, j’ai cette chance », dit-il.

Mme Marcotte compte bien raconter son voyage à ses élèves afin que ceux-ci en retirent un apprentissage sur le don de soi.

« Pour ma part, c‘est le visage des enfants souriants que j’ai ramené avec moi, au lieu de penser à la pauvreté, relève-t-elle. Je dirais même que ce voyage m’a donné une image beaucoup plus positive que celle que j’avais avant. »