Depuis la légalisation de l’aide médicale à mourir, les demandes sont en augmentation constante en Estrie.

Aide médicale à mourir: les demandes en augmentation constante en Estrie

Depuis la légalisation de l’aide médicale à mourir, les demandes sont en augmentation constante en Estrie. Le rythme s’est par ailleurs accentué au cours des derniers mois, alors que le nombre de cas a presque doublé comparativement à l’année précédente dans l’ensemble du territoire.

Nathalie Schoos, adjointe à la directrice des soins infirmiers au CIUSSS de l’Estrie, estime que cette tendance à la hausse du nombre de demandes pour mourir dans la dignité devrait s’accroître au cours des années à venir. « L’aide médicale à mourir se démystifie dans la population. Plusieurs personnes s’informent, dit-elle. Il y a de moins en moins de tabous. »

Dans son bilan 2016-2017, le CIUSSS indiquait que « depuis l’entrée en vigueur, en décembre 2015, de la Loi concernant les soins de fin de vie, 67 demandes d’aide médicale à mourir ont été formulées par des usagers. De ce nombre, 52 se sont concrétisées. »

Du 1er avril 2018 au 31 mars 2019, 133 demandes ont été déposées. Soixante-dix-huit personnes ont complété le processus, tandis que 55 requêtes n’ont pas abouti. Parmi celles-ci, 20 patients sont décédés avant de recevoir les doses létales, alors que 15 personnes n’étaient plus aptes à donner leur consentement au moment de recevoir la médication.

De plus, 7 demandes ont été rejetées, car elles ne répondaient pas aux critères lors de l’évaluation. Finalement, 13 personnes ont changé d’idée. La loi prévoit que les demandes doivent être traitées en dedans de 10 jours

Options

D’ailleurs, d’autres options en soins palliatifs sont offertes aux gens en fin de vie. Ils peuvent les recevoir à domicile, en centre d’hébergement ou dans un centre hospitalier. En Estrie, 1526 personnes ont reçu des soins palliatifs à domicile au cours de la dernière année, tandis que 1165 patients ont obtenu ce type de soins dans un hôpital. Le nombre de cas n’est pas recensé dans les CHSLD.

Tout comme l’aide médicale à mourir, le nombre de personnes qui reçoivent la sédation palliative continue est en hausse. On a dénombré sur le territoire du CIUSSS 126 personnes ayant reçu ce traitement, parfois méconnu du public.

« C’est un soin que l’on peut donner pour amener la personne dans une phase que l’on pourrait qualifier de sommeil, jusqu’au moment de son décès », explique Mme Schoos.

Nathalie Schoos, adjointe à la directrice des soins infirmiers au CIUSSS de l’Estrie

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Toute personne qui souhaite obtenir l’aide médicale à mourir doit respecter une série de critères. Le premier est d’être majeur et « assuré au sens de la Loi sur l’assurance maladie ».

Il faut également être apte à consentir à recevoir les doses létales. De plus, la personne doit être atteinte d’une « maladie grave et incurable » et en fin de vie. Les capacités de l’individu doivent être à un stade de déclin « avancé et irréversible ».

Finalement, le demandeur doit « éprouver des souffrances physiques ou psychiques constantes, insupportables et qui ne peuvent être apaisées dans des conditions jugées tolérables », précise le gouvernement provincial.

Toutefois, la récente victoire devant les tribunaux de Nicole Gladu, qui souffre d’une maladie dégénérative, et de Jean Truchon, atteint de paralysie cérébrale, pourrait changer la donne. On leur avait refusé de quitter dans la dignité, car ils ne répondaient pas aux critères établis.

La juge de la Cour supérieure, Christine Baudouin, en a décidé autrement, invalidant il y a quelques jours des articles de lois, tant au provincial qu’au fédéral. Ce précédent ouvre la porte à ce que d’autres personnes ayant une maladie incurable, et dont les souffrances sont incessantes, aient accès à l’aide médicale à mourir même si leur décès n’est pas imminent.

Ouverture

Plusieurs médecins se sont montrés réfractaires à administrer des doses létales à des patients dans la foulée de la légalisation de l’aide médicale à mourir. Cette tendance tend toutefois à s’estomper selon Mme Schoos.

« Au départ, c’est une pratique qui peut heurter les valeurs personnelles. On voit une évolution positive chez les médecins parce qu’ils côtoient de plus en plus ce type de soin. Voir les patients et leurs proches vivre ça sereinement permet de mieux comprendre l’approche, de l’assimiler. »

À ce chapitre, le CIUSSS a instauré il y a deux ans un système de mentorat pour les médecins. « On veut qu’ils accompagnent un collègue qui donne ce traitement. Ça permet de désamorcer toutes les appréhensions », indique la représentante de l’organisation.

Le vent semble aussi en voie de tourner du côté des maisons de soins palliatifs, poursuit-elle. « De plus en plus d’établissements sont en réflexion. En ce moment, les soins de fin de vie n’y sont pas administrés. Si un patient en fait la demande, il est alors transféré dans un hôpital. »

La Maison Au Diapason de Bromont amorcera une vaste réflexion sur la question en octobre prochain, affirme d’ailleurs la directrice générale Marie-Josée Filteau.

« L’aide médicale à mourir va à l’encontre des soins palliatifs. Mais on voit que les choses évoluent. On ne peut pas maintenir le statu quo sans se questionner. C’est un exercice important et on prendra le temps d’étudier l’ensemble du dossier avant de prendre une décision. »