Le conseil d’établissement de l’école secondaire Massey-Vanier a tenu une assemblée extraordinaire, lundi soir. Il critique­ les changements envisagés à la politique d’admission et d’inscription des élèves dans les établissements de la commission scolaire du Val-des-Cerfs.
Le conseil d’établissement de l’école secondaire Massey-Vanier a tenu une assemblée extraordinaire, lundi soir. Il critique­ les changements envisagés à la politique d’admission et d’inscription des élèves dans les établissements de la commission scolaire du Val-des-Cerfs.

Admission des élèves hors secteur: une centralisation dénoncée

Jérôme Savary
Jérôme Savary
La Voix de l'Est
Inquiet des changements envisagés à la politique d’admission et d’inscription des élèves dans les établissements de la commission scolaire du Val-des-Cerfs (CSVDC), le conseil d’établissement de l’école secondaire Massey-Vanier a tenu une assemblée extraordinaire, lundi soir. Par ces modifications, plusieurs élèves hors secteur verraient leurs règles d’admission changées, ce que le conseil d’établissement dénonce.

« Les modifications à la Politique sont inquiétantes, notamment en ce qui concerne le droit, pour un enfant, de choisir son école de fréquentation », indique le conseil d’établissement (CÉ) de l’école secondaire Massey-Vanier, dans une lettre adressée notamment à la direction et aux commissaires de la commission scolaire du Val-des-Cerfs, le 9 janvier dernier.

Selon le CÉ de Massey-Vanier, les nouvelles dispositions vont à l’encontre du sens de la Loi sur l’instruction publique (ou loi 180), qui permet aux élèves de choisir l’école qui leur convient le mieux au sein de leur commission scolaire. Précisons que si cette loi reconnaît le droit aux élèves de choisir leur école, elle le limite cependant « lorsque le nombre de demandes d’inscription dans une école excède sa capacité d’accueil » (article 4).

Moins de liberté aux écoles

« Le cœur du problème est que la CSVDC propose de centraliser l’optimisation des classes en gérant elle-même le nombre d’élèves par classe et le nombre de groupes disponibles dans une école donnée, explique Mario Raymond, un parent membre du conseil d’établissement de Massey-Vanier. Les écoles disposent présentement d’une certaine liberté, permise par la CSVDC, pour optimiser leurs classes. Les enfants hors secteur, régis par la loi 180, sont actuellement gérés par les écoles et non par la commission scolaire. »

L’analyse de M. Raymond, comme celle du CÉ, repose sur la refonte complète d’un point de la Politique « Admission et inscription des élèves dans les écoles de secteur - PO-05 ». Il s’agit du point 4.2 intitulé « Bassin d’alimentation », qui se lit comme suit : « La commission scolaire établit le territoire duquel peuvent provenir les élèves qui s’inscriront à un projet particulier. Ce territoire, nommé bassin d’alimentation, peut se limiter au secteur desservi par cette école, ou être étendu à une plus grande partie de territoire. »

Selon le CÉ, les écoles devraient pouvoir elles-mêmes traiter les demandes de fréquentation hors secteur — autrement appelées « demandes de loi 180 ».

Paul Sarrazin, président de la CSVDC, assure que les préoccupations des membres du CÉ de Massey-Vanier ont été entendues. « Je suis en train d’évaluer, au niveau administratif, comment on peut répondre à leur demande, en considérant ce que dit la loi, a-t-il indiqué à La Voix de l’Est, dimanche dernier. Je n’ai pas toutes les informations, mais j’ai pris acte de leur demande. »

Lundi soir, France Choinière, vice-présidente de la CSVDC et Claude Nadeau, commissaire, étaient d’ailleurs présents à l’assemblée extraordinaire organisée à Cowansville. Interpellée quant à cette éventuelle centralisation des décisions à la CSVDC, Mme Choinière n’a pas voulu se prononcer, insistant sur le fait que le processus de consultation était en cours et qu’il était normal et souhaité que les conseils d’établissement et les directions d’écoles se prononcent dans ce cadre consultatif.

Plus de stress

Les changements à la Politique soumis à consultation par la commission scolaire proposent également de traiter des demandes de fréquentation hors secteur seulement à partir de « la semaine débutant par le deuxième lundi du mois d’août ».

« Les délais de traitement proposés entraînent un stress non nécessaire en période de rentrée scolaire », souligne dans sa lettre le CÉ de Massey-Vanier, missive qui a aussi été envoyée aux maires du bassin d’alimentation de l’école secondaire, ainsi qu’à Isabelle Charest, ministre déléguée à l’Éducation et députée de Brome-Missisquoi.

À Massey-Vanier seulement, de nombreux programmes particuliers seraient concernés. Il s’agit, par exemple, du programme Études-Robotique et de 14 autres programmes Sport-Études.

Dans sa correspondance, le conseil d’établissement de Massey-Vanier demande plutôt à ce que « les dates butoirs d’acceptation des demandes de loi 180 soient déterminées au plus tard le 31 mars de l’année d’inscription ».

Selon le conseil d’établissement, les écoles savent dès le mois d’avril quels élèves fréquenteront leurs classes. « En le sachant au printemps, cela donne suffisamment de temps aux parents pour relocaliser leurs enfants [en cas de refus], indique M. Raymond. Rendu en août, c’est énormément de stress pour les familles et le choix pour elles de trouver une autre école devient très limité. »

Présente à l’assemblée extraordinaire du CÉ lundi soir, la mairesse de Cowansville, Sylvie Beauregard, s’est montrée sensible aux inquiétudes des membres du CÉ, composé de parents, de professeurs, d’élèves et de personnes issus de la communauté.

« Je suis d’accord avec votre démarche, a-t-elle dit. Si la municipalité doit adopter une résolution afin d’appuyer ses citoyens, je vais l’apporter au conseil. Je crois fermement qu’un enfant qui choisit un programme particulier par intérêt ou par talent, ça amène de la motivation, des dépassements, de l’excellence. »

M. Raymond, de son côté, est persuadé que les écoles sont tout à fait habilitées à répondre directement aux demandes d’inscription. Selon lui, il n’est donc pas nécessaire de passer par une autre institution comme la CSVDC.

Incompréhension

« Je ne comprends pas la volonté de la commission scolaire de restreindre ces démarches-là et de se garder le droit de décider qui va aller où », questionne-t-il.

Il se demande aussi quelle est la motivation de Val-des-Cerfs. « On ne comprend pas le but ultime des modifications », s’interroge-t-il.

Du côté de la commission scolaire, on ne se prononce pas, répétant qu’il s’agit là d’un processus de consultation, que rien n’est décidé, et que les réactions des conseils d’établissement sont les bienvenues.

M. Raymond invite quant à lui les parents à se faire entendre lors du prochain conseil des commissaires qui se tiendra le mardi 21 janvier et au cours duquel la fameuse Politique « Admission et inscription des élèves dans les écoles de secteur » sera finalement adoptée.

— Avec Billie-Anne Leduc et Cynthia Laflamme