Michel Ouellette et Carl Girard l’imaginaient depuis longtemps. Un protocole de collaboration a finalement été mis sur pied dans Brome-Missisquoi pour outiller les différents intervenants dans les situations de trouble d’accumulation compulsive et d’insalubrité morbide.

Accumulation compulsive : les intervenants se mobilisent

Après un an et demi de travail, le CIUSSS de l’Estrie et plus de 15 acteurs sociaux de la MRC de Brome-Missisquoi ont mis sur pied un protocole de collaboration destiné aux services d’intervention dans des situations de problèmes d’encombrement et d’insalubrité morbide, du jamais vu pour un aussi grand territoire.

Le cas très médiatisé de Donna Wilson, en juillet 2011, a fait réfléchir Michel Ouellette et Carl Girard, respectivement capitaine à la prévention au Service de sécurité incendie de Cowansville, et fondateur et directeur de la SPA des Cantons. Ce dossier était complexe. Malgré le fait qu’ils pensaient agir en toute légalité, la Ville de Cowansville et la SPA avaient été condamnées par la Cour supérieure pour avoir saisi et euthanasié la trentaine de chats de Mme Wilson, qui avait intenté la poursuite judiciaire. L’instauration du nouveau protocole a pour but de mieux encadrer ce type d’intervention.

En 2011, M. Ouellette prenait ainsi l’initiative d’expulser Donna Wilson de son appartement, situé sur la rue Daigle. Les voisins s’étaient plaints que des excréments et de l’urine d’animaux s’écoulaient de leurs plafonds. Et il y avait des déchets partout.

« J’ai étiré mes pouvoirs légaux et j’ai cadenassé la place, se souvient le capitaine Ouellette en entrevue. Évidemment, les animaux avaient des puces. Les autres locataires du bloc ont eu des parasites parce qu’on avait sorti les chats et les chiens. On a trouvé des chats morts et vivants dans les murs partout dans le bloc. »

Il s’agissait du plus gros cas de syndrome de Diogène qu’il voyait en près de trente ans de carrière. Ce cas-ci avait donné lieu à beaucoup d’improvisation, personne ne voulant prendre alors la direction des opérations, rappellent MM. Ouellette et Girard.

Les deux hommes ont alors commencé à faire des démarches pour établir une meilleure collaboration entre les différents services appelés à intervenir.

M. Girard souligne que le travail n’a abouti qu’après plusieurs années, grâce à l’aide de la chef de service en santé mentale et en dépendance du CIUSSS, Stéphanie Chénier.

Le cas de la « dame aux chats », à Cowansville, avait provoqué beaucoup d’improvisation de la part des intervenants. Le protocole organise les interventions dans des cas comme celui-ci.

Coffre à outils
Le nouveau protocole vise donc à encadrer les opérations qui touchent les troubles d’accumulation compulsive et les troubles d’insalubrité, dont fait partie le syndrome de Diogène.

Le document d’une vingtaine de pages a été pensé par les organisations suivantes : des représentants des différents services incendies du territoire desservi par le CLSC La Pommerie, qui compte 22 municipalités, la Sûreté du Québec, la SPA des Cantons, des inspecteurs municipaux et des organismes communautaires spécialisés en santé mentale, et le CIUSSS.

« On s’est assis à la même table pour se donner un coffre à outils, précise Michel Ouellette. Si c’est un policier qui entre, il appelle qui ? Si c’est les paramédics qui arrivent dans la place, ils font quoi ? [On ne travaillera plus] en silo comme on le faisait avant. »

De tels protocoles de travail existant ailleurs au Québec ont servi d’inspiration au groupe de travail.

Déjà en application
Il y a deux semaines, le protocole a été acheminé à tous les partenaires du territoire et à toutes les municipalités pour que chacun le signe et s’engage à le suivre lorsque nécessaire. MM Ouellette et Girard imaginent que le tout sera lancé officiellement à la fin de l’été, même s’il est déjà en application.

« On s’est vraiment entendu sur la façon de faire, on n’aura pas à se battre avec le CLSC ou le service de police, donne en exemple M. Ouellette. Si tout le monde consent, ça va bien. [Cependant], si une ville ne signe pas, elle fera ce qu’elle faisait avant le protocole : elle se débrouillera. »

Chaque municipalité signataire devra désigner un inspecteur et un pompier responsables du protocole. Tous les ans, les responsables se réuniront et des ajustements au protocole seront apportés si nécessaire.

Ce projet pourrait être exporté ailleurs en Estrie. Le CIUSSS aurait l’intention de reproduire l’exercice dans ses autres territoires.

« C’est du beau travail, c’est une belle concertation, considère le préventionniste. Probablement que c’est un projet qui va faire boule de neige. »

UNE FORMATION NÉCESSAIRE

La mise en place du protocole de collaboration, qui sera signé par le CIUSSS, 22 municipalités, deux postes de la Sûreté du Québec et trois compagnies ambulancières, n’est pas simple. 

C’est pourquoi Michel Ouellette, capitaine à la prévention au Service de sécurité incendie de Cowansville, et Carl Girard, directeur de la SPA des Cantons, ont prévue une formation d’une journée, le mercredi 9 mai, pour les intervenants appelés à travailler sur des cas d’encombrement ou d’insalubrité morbide.

Une quarantaine de personnes ont déjà répondu à l’invitation.

« Il faudrait bien qu’on s’entende sur le vocabulaire », dit le capitaine Ouellette en montrant le document d’une vingtaine de pages. 

M. Girard avait déjà assisté à une formation sur ces troubles de santé mentale avec la Maison Grise de Montréal, une maison d’hébergement pour femmes. Ils ont donc demandé à l’organisme de tenir la journée de formation chez eux. Durant cette journée, les participants pourront, entre autres, en apprendre plus sur les gens qui souffrent d’un trouble d’accumulation compulsive ou d’un problème d’insalubrité important, et sur les comportements à adopter avec eux.

« On peut être quatre ou cinq dans le même bateau, illustre Michel Ouellette. Il faut qu’on se parle pour éviter de se nuire. »

Détecteur d’ammoniac

Pour eux, ça ne s’arrête pas là. « Le protocole ne dit pas aux pompiers comment travailler. Par contre, pour appuyer ce protocole, on s’est doté d’une directive de travail à l’interne. C’est une procédure sur la façon d’intervenir dans ces cas-là, évoque M. Ouellette. On n’avait pas ça avant. »

La SPA des Cantons s’est quant à elle munie d’appareils respiratoires à cartouche qui couvrent tout le visage pour éviter, par exemple, des conjonctivites et des problèmes respiratoires lors d’interventions. « J’ai aussi acheté un détecteur d’ammoniac pour savoir si le taux est dangereux pour la personne. Et j’ai créé une formation pour mes employés en plus d’une procédure de travail. »