Jacques Breton a tout perdu à cause des vidéopokers. Mais au printemps, la fermeture des bars l’a aidé à combattre ses démons.
Jacques Breton a tout perdu à cause des vidéopokers. Mais au printemps, la fermeture des bars l’a aidé à combattre ses démons.

Accro aux vidéopokers: «La COVID m’a aidé à prendre ma vie en main»

Pascal Faucher
Pascal Faucher
La Voix de l'Est
«Avec ce million-là, j’aurais pu faire une belle vie, des voyages...» Assis sur un banc dans un parc de Saint-Paul-d’Abbotsford, en Montérégie, Jacques Breton soupire. Le million dont parle l’homme de 63 ans sans domicile fixe et à la chemise défraîchie, c’est tout l’argent qu’il dit avoir perdu dans les appareils de type vidéopoker.

Jadis, il avait une entreprise. Il vendait des planchers de bois franc et les affaires tournaient rondement. Il a aussi hérité de son père. Un montant de 700 000 $. Tout est allé dans les «jeux de hasard» approuvés par l’État.

«Je pouvais y mettre 3000 $ par semaine, dit-il. J’ai flambé 700 000 $ en huit ans. Je jouais tout ce que j’avais dans mes poches. J’aimais mieux jouer 10 $ que de manger.»

Il a essayé les thérapies pour joueurs compulsifs. Trois ou quatre, il n’est pas sûr. Il n’a pas aimé l’expérience. «Pour moi, ça n’a pas fonctionné. C’est des voleurs qui se racontent leurs histoires et se donnent des trucs pour recommencer à voler.»

Ce qui a fonctionné pour M. Breton, c’est la COVID-19. La fermeture des bars, pendant trois mois, l’a éloigné de son obsession. Assez, assure-t-il, pour ne plus y engouffrer de l’argent.

«La COVID m’a aidé à prendre ma vie en main. Maintenant, je passe devant les vidéopokers et je ne les vois plus.»

Ce qui a fonctionné pour M. Breton, c’est la COVID-19. La fermeture des bars, pendant trois mois, l’a éloigné de son obsession. Assez, assure-t-il, pour ne plus y engouffrer de l’argent.

Trésors et cannettes

Tout n’est pas réglé pour le sympathique bonhomme. Depuis 10 ans, il vit dans son camion — et squatte un garage durant l’hiver — et ramasse des cannettes vides et des «trésors», comme il les appelle — des objets, meubles ou électroménagers abandonnés — qu’il revend pour se payer à manger.

Un cousin lui a proposé de lui prêter gratuitement un chalet, mais il hésite, préférant attendre d’avoir les moyens de lui payer un loyer. Il va chez sa soeur pour faire son lavage et prendre une douche, et cherche présentement un garagiste qui accepterait de réparer son camion à peu de frais.

Il prend aussi de nombreux médicaments différents par jour pour traiter, entre autres, sa bipolarité, sa pression et son arthrose qui le fait souffrir des genoux.

C’est pourquoi un emploi classique ne lui convient pas, et pas juste à cause de l’effort physique. «La pression, je ne suis plus capable de la prendre, dit M. Breton. Quand tu travailles pour quelqu’un, t’as toujours le stress de ne pas être à la hauteur.»

Il préfère ramasser des cannettes, à Granby et à Bromont — davantage à Bromont parce que la compétition y est moins forte — ce qui lui permet de se faire quelques dizaines de dollars par jour. «Maintenant, j’ai de l’argent dans mes poches. Je ne suis pas dans la misère», dit-il.


« Je pouvais y mettre 3000 $ par semaine, dit-il. J’ai flambé 700 000 $ en huit ans. Je jouais tout ce que j’avais dans mes poches. J’aimais mieux jouer 10 $ que de manger. »
Jacques Breton

Démons et bonheur

S’il accepte de se dévoiler ainsi, c’est pour aider les autres. Ceux qui ont les mêmes démons que lui. Il les avertit qu’ils «resteront pauvres toute leur vie» s’ils ne s’attaquent pas à leur dépendance comme lui le fait.

«Le jeu, c’est néfaste pour une société. Ça l’appauvrit. Moi, je ne veux pas recommencer.»

Ayant tout eu puis tout perdu, il se dit néanmoins «heureux avec pas grand-chose» aujourd’hui. «J’ai de bons amis, je rencontre de nouvelles connaissances, je suis bien là-dedans. Je prends soin de moi et je suis plus serein. Avant, je ne parlais pas à personne.»

«Je ne peux pas dire que je ne jouerai plus, ajoute-t-il, mais je me bats pour ça. Pour que ma vie soit meilleure.»