L’inspecteur-chef à la section des enquêtes criminelles au Service de police de Granby, Stéphane Cabana.
L’inspecteur-chef à la section des enquêtes criminelles au Service de police de Granby, Stéphane Cabana.

ACCÈS-Cannabis: des escouades spécialisées partout au Québec

Karine Blanchard
Karine Blanchard
La Voix de l'Est
Le mandat confié aux escouades policières spécialisées ACCÈS-Cannabis, lancées au même moment que la légalisation du cannabis il y a deux ans, ne se limite pas qu’à contrer l’économie souterraine. Il vise aussi à enrayer la consommation chez les jeunes. Et les résultats sont au rendez-vous.

Au total, dix corps policiers du Québec, dont celui de Granby, ont mis en place le programme. C’était à l’automne 2018. Financées par le ministère de la Sécurité publique, les escouades sont composées d’enquêteurs dont le mandat est de s’attaquer au cannabis illicite, et ce, à plus d’un niveau.

«Ça concerne tout ce qui est vente, consommation et plantations», résume Stéphane Cabana, inspecteur-chef à la section des enquêtes criminelles au Service de police de Granby.

Les équipes créées au Québec déploient entre autres des efforts pour contrer la consommation chez les jeunes âgés de moins de 21 ans.

Tout comme le tabac, la contrebande du cannabis est une problématique bien réelle qui prive le gouvernement de revenus importants. «C’est quand même de gros dollars qui circulent», illustre Stéphane Cabana.

La création de la Société québécoise du cannabis (SQDC) et de ses boutiques permet d’encadrer la vente. C’est d’ailleurs vers elles que les policiers ont le mandat de diriger les consommateurs pour éviter qu’ils ne se procurent leur drogue sur le marché noir.

«D’abord, il y a la qualité du produit qui est certifié. Il y a un sceau sur les contenants. Tout est contrôlé, rappelle l’inspecteur-chef. Ensuite, il y a la sécurité des acheteurs. Quand tu vas à la SQDC, tu vas dans un endroit surveillé par des caméras. Ce sont des gens compétents qui sont là pour bien renseigner le consommateur, ce qui n’est pas le cas si tu vas dans un appartement ou ailleurs.»

Des résultats

Le déploiement de cette équipe à Granby, assistée par deux autres détectives, s’est traduit par l’ouverture de 17 enquêtes depuis janvier dernier. Vingt personnes ont été arrêtées. Les perquisitions ont permis la saisie de plus de 15 600 $, 5,8 kilogrammes de cannabis, 158 grammes de haschisch, huit grammes d’huile de cannabis, plus de 200 jujubes au pot et près d’une centaine de plants.

Et les investigations permettent aux policiers d’ici et d’ailleurs de saisir bien plus que du cannabis. «On fait face à une diversité. C’est un ensemble de produits qui est offert aux consommateurs et qui peut être ainsi saisi», explique le policier.

Plus de 350 grammes de cocaïne, près de 5000 comprimés de méthamphétamine, du GHB, de faux bonbons Peez, des médicaments contrefaits et vendus habituellement sous ordonnance ont également été retirés du marché noir lors des perquisitions réalisées par l’escouade ACCÈS-Cannabis. Deux armes de chasse, deux armes à impulsions électriques et des munitions ont aussi été saisies. «Chaque fois qu’on enlève une arme, c’est une arme de moins qui peut être utilisée pour commettre un crime ou un geste malheureux.»

Des permis trop permissifs?

La légalisation du cannabis soulève une problématique au chapitre de l’octroi des permis délivrés par Santé Canada qui autorisent des citoyens à en cultiver et en consommer à des fins médicales.

«Une personne qui souffre d’un mal de dos et qui consulte son médecin, on lui prescrira des anti-inflammatoires avec une posologie pour une certaine période de temps. Au niveau du cannabis, la prescription faite n’est pas pour s’approvisionner à la SQDC. C’est une permission de faire pousser du cannabis à la maison.»

La problématique? Le nombre de plants que le détenteur d’un permis peut cultiver est «astronomique», qualifie l’inspecteur-chef.

«Quand on parle de 250 plants octroyés à une personne pour une adresse, je ne sais pas si quelqu’un a déjà calculé le nombre de grammes que ça représente, mais c’est énorme pour une consommation! Ce qui me préoccupe, c’est le surplus. Qu’est-ce qu’ils font avec? Quand on parle d’économie souterraine, ça en est une.»

Stéphane Cabana n’est pas le seul à être préoccupé. Les directeurs de corps de police du Canada ont effectué des représentations auprès des instances gouvernementales concernées à ce propos. L’une des solutions, estime l’inspecteur-chef, serait de prescrire à un patient la quantité de cannabis qu’il peut consommer, et de l’inviter à se la procurer à la SQDC, plutôt que de lui donner l’autorisation de faire pousser lui-même ses plants chez lui.