«Si quelque chose est arrivé vraiment, je m’en excuse, a déclaré Mathurin “Happi Sankara” Keundjeu Wandjeu au tribunal. J’aurais souhaité ne jamais être impliqué dans une chose pareille.»

Absolution conditionnelle pour Happi Keundjeu

Reconnaissant que le conseiller municipal et courtier immobilier Mathurin «Happi Sankara» Keundjeu Wandjeu n’a pas le profil d’un criminel, le tribunal a accepté, lundi, de l’absoudre des accusations de voies de fait et de cruauté animale retenues contre lui.

L’homme de 48 ans devra toutefois respecter une probation de six mois. Durant cette période, il lui est interdit d’entrer en contact avec le plaignant ou sa conjointe.

«J’ai voulu aider les autres, j’aurais pu rester au chaud...» a laissé tomber M. Keundjeu à sa sortie de la salle d’audience, après avoir versé quelques larmes. Il n’a pas répondu aux questions de La Voix de l’Est.

Il faisait référence au soir de février 2017 où, selon la preuve, il a assené un coup de pelle au jeune chien du locataire d’un immeuble appartenant à sa conjointe, à Granby. Venu déblayer l’entrée, il a ensuite frappé le propriétaire de l’animal avec sa pelle, puis avec ses poings.

M. Keundjeu prétendait avoir agi par légitime défense, mais le juge Serge Champoux, de la Cour du Québec, n’a pas retenu cette version. Entre autres parce qu’à l’arrivée des policiers, l’accusé était toujours à califourchon sur sa victime, qui a subi une commotion cérébrale et des ecchymoses.

Mais le magistrat a convenu qu’une absolution conditionnelle était appropriée puisque M. Keundjeu, qui n’avait pas d’antécédent criminel, a su démontrer qu’il s’agissait d’un écart de conduite.

«Vous n’êtes vraisemblablement pas du type de personne qu’on rencontre à la cour et vous êtes peu susceptible d’être accusé à nouveau de quoi que ce soit», a conclu le juge Champoux.

Doux et serviable

Deux personnes sont venues témoigner en faveur de l’accusé : un de ses voisins, Denis Tétreault, et Joanne Ouellette, directrice générale de l’organisme Solidarité ethnique régionale de la Yamaska, où M. Keundjeu est membre du conseil d’administration.

Tous deux l’ont décrit comme un homme doux et serviable. «Il est quelqu’un de très calme, qui ne prend même jamais la parole de façon fâchée, a dit Mme Ouellette. C’est une excellente personne qui se donne beaucoup pour les gens.»

L’accusé a aussi fourni des preuves de son implication sociale : conseil municipal de Saint-Alphonse-de-Granby, garderie, école primaire et Comité des usagers du Centre hospitalier de Granby. Il a aussi donné une copie de son curriculum vitae, d’une lettre en hommage à Nelson Mandela parue dans le courrier des lecteurs de La Voix de l’Est, d’un avis envoyé à la commission Bouchard-Taylor, d’un mémoire présenté à la dernière refonte des secteurs scolaires et d’un article relatant sa candidature au poste de commissaire scolaire en 2014.

«Je suis très impliqué socialement», a souligné M. Keundjeu, qui se représentait lui-même à l’étape des observations sur la peine. Il s’est dit «honteux» de la situation dans laquelle il a été «malheureusement impliqué». «Si quelque chose est arrivé vraiment, je m’en excuse. J’aurais souhaité ne jamais être impliqué dans une chose pareille.»

Il réclamait une absolution inconditionnelle, craignant pour son statut de courtier immobilier, pour ses fréquentes visites aux États-Unis et pour continuer de «donner son aide aux jeunes qui vivent leur passion».

Me Claudie Marmet, du ministère public, recommandait de son côté une absolution conditionnelle assortie d’une probation et de travaux communautaires. Le juge a plutôt retenu cette proposition, mais sans les travaux communautaires.