Sophie Veilleux, présidente du Syndicat des enseignants de la Haute-­Yamaska
Sophie Veilleux, présidente du Syndicat des enseignants de la Haute-­Yamaska

Abolition du cours d’Éthique et culture religieuse: les enseignants n’ont pas été sondés

Jérôme Savary
Jérôme Savary
La Voix de l'Est
L’annonce de l’abolition du cours d’Éthique et culture religieuse (ÉCR) à l’école, et de son remplacement par un autre dont la teneur reste à définir, a surpris des représentants du corps enseignant dans la région, ces derniers ayant appris la nouvelle comme M. et Mme Tout-le-Monde, vendredi matin.

« L’idée du ministre de l’Éducation peut être bonne, mais encore faut-il que cette réforme soit bien implantée », prévient Joel Mailloux, professeur d’Éthique et culture religieuse à l’école secondaire l’Envolée, à Granby.

L’enseignant craint à nouveau de vivre le jour de la marmotte, faisant allusion à l’implantation maladroite et hâtive de réformes précédentes, dont celle du cours d’éducation à la sexualité, sans que les profs aient été préalablement consultés.

« Le processus est déjà biaisé, souligne M. Mailloux, car le gouvernement semble déjà avoir tiré une conclusion à partir de premières réflexions, avant même d’être allé chercher des informations élargies, de façon méthodique, auprès des enseignants de ÉCR. Ça part mal... »

Identifier le problème

Si le ministre de l’Éducation du Québec, Jean-François Roberge, explique sa réforme du cours de ÉCR par « de nombreuses critiques d’experts et de différents intervenants du milieu scolaire », le professeur à l’Envolée se demande si la consultation annoncée vendredi vise la bonne cible.

« Le ministre fait référence au contenu des manuels [pour justifier la réforme]. Pourtant, l’immense majorité de mes collègues et moi-même ne nous basons pas [uniquement] sur les manuels. On crée notre propre matériel. Alors, se baser sur les manuels pour identifier l’enseignement qui se donne en classe, ce n’est pas représentatif. Mais il faudrait qu’il demande aux enseignants, ce qu’il n’a pas fait », précise le prof.

Il se demande si le ministre veut réparer quelque chose qui n’était pas brisé. « A-t-on documenté le problème ? Les élèves sont-ils insatisfaits ? Ça implique une étude méthodique pour savoir s’il y a un problème, car sinon on crée une réforme qui n’aurait pas lieu d’être. »

Joel Mailloux se dit toutefois prêt à faire preuve d’ouverture, à condition que cela se fasse dans les deux sens. « Nous avons le devoir [les enseignants] d’être ouverts d’esprit, mais quand le gouvernement a déjà pris sa décision et est déjà dans le comment, il faut que l’ouverture soit symétrique et l’avis des enseignants est important, car ils sont les premiers intéressés. »

Manque de profs et culture religieuse

Sophie Veilleux, présidente du Syndicat des enseignants de la Haute-Yamaska, se demande où les enseignants vont trouver le temps de se former pour donner ce futur cours, en période actuelle de pénurie de professeurs. « Pour former les professeurs, il faut les libérer, mais on n’a pas de suppléants, rappelle-t-elle. Qu’est-ce qui va arriver ? On va leur demander d’apprendre cette nouvelle matière pendant leurs vacances, les soirs et les fins de semaine. »

Les prochaines consultations pour guider l’élaboration du nouveau cours porteront sur huit thèmes proposés par le ministère : la participation citoyenne et la démocratie, l’éducation juridique, l’écocitoyenneté, l’éducation à la sexualité, le développement de soi et des relations interpersonnelles, l’éthique, la citoyenneté numérique et la culture des sociétés. Nulle trace de la religion, et ce, même si le ministre Roberge souhaite lui garder une « petite place ».

Le professeur de ÉCR, Joel Mailloux, souligne l’importance d’enseigner la culture religieuse en 2020. « Je mettrais en garde de rejeter trop fortement la culture religieuse, car le XXIe siècle est très religieux. On ne peut pas faire l’économie d’une culture religieuse qui aide à comprendre l’autre avec un grand "A", et qui cultive l’ouverture d’esprit de ceux qui deviendront de futurs citoyens. »

— Avec Le Devoir, La Presse et Radio-Canada

GRIEF ET TEMPS D'ENSEIGNEMENT

Sophie Veilleux, présidente du Syndicat de l’enseignement de la Haute-Yamaska, rappelle qu’un grief est actuellement « en arbitrage », relativement au temps insuffisant — selon le syndicat — octroyé aux enseignants de niveau secondaire pour donner le cours d’Éthique et culture religieuse (ÉCR).

Quatre écoles secondaires de la commission scolaire du Val-des-Cerfs sont visées par ce grief, soit Massey-Vanier, Joseph-Hermas-Leclerc, Jean-Jacques-Bertrand et Haute-Ville. 

Le conseil d’établissement de Massey-Vanier a notamment approuvé une grille-matière qui inclut seulement 50 % des heures d’enseignement prévues à titre indicatif par le ministère, explique-t-elle. « Ce temps ne permet pas aux enseignants d’enseigner réalistement l’entièreté du programme. »

La prolifération des programmes spéciaux dans ces écoles vient gruger sur le temps d’enseignement des professeurs d’ÉCR ; d’autres matières sont aussi touchées.

« Dans certaines écoles, selon des enseignants de différents établissements secondaires, les programmes particuliers empiètent même sur l’enseignement du français, des maths ou de l’anglais, tout cela dans le but d’attirer des élèves dans ces établissements », insiste Mme Veilleux.