«Ça n’a plus de sens de garder les citoyens en otage», déplore le président du Syndicat des paramédics et du préhospitalier de la Montérégie (SPPM-CSN), Gaétan Dutil.

Abolition des horaires de faction: les ambulanciers pressent Québec d’agir

Après des décennies à réclamer la suppression des horaires de faction, une mesure qui devait initialement être temporaire, des services ambulanciers de la région ont obtenu gain de cause. Après Cowansville à la fin de 2017, l’abolition de ce type de quart de travail s’est aussi concrétisée à Waterloo. Or, rien n’a bougé pour leurs collègues de Farnham et d’Acton Vale, malgré un engagement de la Coalition avenir Québec d’agir dans le dossier.

« Ça fait un an que l’horaire de faction devrait être aboli à Farnham. Les ambulanciers sont à bout de souffle, débordés. Ils tiennent à bout de bras le service à la population. Ça n’a plus de sens de garder les citoyens en otage comme ça. Va-t-on attendre un drame avant d’agir? », a clamé le président du Syndicat des paramédics et du préhospitalier de la Montérégie (SPPM-CSN), Gaétan Dutil.

Propres aux régions rurales et communément appelés les « 7/14 », les horaires de faction obligent les ambulanciers à demeurer sur le qui-vive à la maison 24 h sur 24 durant une semaine entière. Suivent sept jours de congé. Dès qu’un appel d’urgence entre, les paramédicaux, qui résident à moins de cinq minutes du quartier général, doivent s’y rendre le plus rapidement possible pour partir avec un partenaire.

Selon le délégué syndical de la Fraternité des travailleurs et travailleuses du préhospitalier du Québec (FTPQ-FTQ), Michaël Bédard, la situation est aussi critique à Acton Vale.

« Il n’y a pas d’hôpital dans les environs. Alors, on doit aller à Granby, Drummondville ou Saint-Hyacinthe avec les patients. C’est long avant que des ambulanciers reviennent dans le secteur. Si le 7/14 est sorti, ça veut dire qu’il n’y a personne pour couvrir le territoire. C’est la sécurité de la population qui est en jeu, a-t-il déploré. Les gens ont droit à un meilleur service. Sans compter les risques d’accident. »

À ce chapitre, La Voix de l’Est rapportait le 20 juin dernier que deux ambulanciers, qui travaillent sur des horaires de faction à Acton Vale, ont frôlé la catastrophe quelques jours auparavant.

Leur véhicule d’urgence avait fait une sortie de route en plein quartier résidentiel, alors qu’ils étaient en direction de l’hôpital de Granby avec un patient à bord, après que le conducteur se soit endormi au volant. Lorsque l’accident est survenu, les paramédics menaient un marathon de 24 h de travail.

Le député de Granby, François Bonnardel, qui était alors dans l’opposition, n’avait pas tardé à réagir. « Les horaires de faction, ça ne peut plus fonctionner dans notre région, avait fait valoir en entrevue le vétéran de la Coalition avenir Québec (CAQ). On met des vies en danger en fonctionnant d’une telle façon. [...] C’est certain qu’on [réviserait] les horaires de faction pour les transformer à l’heure. »

Critères

Selon les critères du ministère de la Santé, les « 7/14 » sont admissibles à une transformation en horaires à l’heure dès que la zone atteint 3000 transports et plus par année. Idem lorsque le temps de transport de patients des équipes assujetties aux horaires de faction dépasse annuellement une moyenne de 28 heures par semaine.

À ce chapitre, selon les données compilées par les ambulanciers de Dessercom à Acton Vale, dont La Voix de l’Est a obtenu copie, d’août 2018 à février dernier, leurs effectifs ont maintenu une moyenne hebdomadaire de 35,35 heures. Le représentant de la FTPQ a évoqué que cette cadence se prolonge « depuis des années ».

Son collègue au SPPM a également soutenu que les paramédicaux de Farnham, affiliés à Ambulances Demers, rencontrent les cibles fixées par Québec pour l’abolition des 7/14 « depuis plus de trois ans ». Dans la région, a-t-il précisé, seules les équipes d’urgence de Bedford ne répondent pas aux critères en ce sens.

Délais

Ce que réfute le ministère de la Santé. « Acton Vale et Farnham sont des zones sous surveillance active. Elles n’atteignent pas le seuil d’éligibilité à la transformation des horaires de faction en horaires à l’heure », a affirmé la porte-parole Noémie Vanheuverzwijn.

Selon la relationniste, le Ministère dispose actuellement des statistiques des services ambulanciers pour 2016-2017. « Les ajustements vont se faire à la lumière des données à jour, a fait valoir Mme Vanheuverzwijn. [...] On les attend au cours des prochains mois. »

Gaétan Dutil est d’avis que Québec doit agir beaucoup plus rapidement dans le dossier.

« On va laisser le temps au ministère de la Santé de nous transmettre les données de 2016-2017 en avril. Ensuite, si rien n’est fait, on va bouger », a-t-il dit, préférant ne pas s’avancer pour l’instant à propos des moyens de pression qui seraient mis de l’avant.

Michaël Bédard tient des propos similaires. « On veut laisser le temps au gouvernement de bien aligner ses dossiers. Mais un moment donné, la CAQ devra respecter ses engagements. »