Le président de la Fraternité des travailleurs et travailleuses du préhospitalier du Québec, section Granby, Jean Papineau.

Abolition des horaires de faction: des paramédics pressent Québec d’intervenir

Les paramédics de la région réclament au gouvernement de passer de la parole aux actes en abolissant les horaires de faction à Acton Vale et Farnham, et ce, dès la rentrée parlementaire. Les intervenants, qui se décrivent comme « les enfants pauvres et délaissés du système de la santé », reviennent à la charge en exigeant à nouveau l’ajout de ressources ambulancières, entre autres à Granby où les effectifs sont les mêmes depuis plus de 15 ans.

« On réclame que le gouvernement respecte ses engagements », martèle Gaétan Dutil, président du Syndicat des paramédics et du préhospitalier de la Montérégie (SPPM-CSN), qui représente entre autres les ambulanciers de Farnham.

« Il est temps de s’activer, renchérit Jean Papineau, président du syndicat de la Fraternité des travailleurs et travailleuses du préhospitalier du Québec, section Granby. Il faut qu’on bouge et que cesse le statu quo. »

Les deux principales revendications sont l’abolition des horaires de faction (7/14) et l’ajout de ressources ambulancières. Les horaires de faction, en place à Acton Vale et Farnham, entre autres, impliquent que les deux ambulanciers de l’équipe demeurent en attente à leur domicile respectif.

Lorsque leur intervention est réclamée, ils se rendent à la caserne pour récupérer l’ambulance et se dirigent ensuite vers le patient, ce qui occasionne un délai d’au moins dix minutes, indique Mathieu Lacombe, vice-président information, mobilisation et vie syndicale à la SPPEM-CSN. Ces secouristes sont en poste 24 heures sur 24 pendant sept jours, suivi de sept jours de congé.

Farnham compte une équipe suivant l’horaire de faction et une équipe qui travaille à l’heure, disponible de 8 h à 18 h. « C’est inacceptable, déplore M. Dutil. Ils font des déploiements dynamiques — les paramédics sont dans une ambulance garée à des points stratégiques pour offrir un meilleur temps de réponse — à certains endroits comme Granby, mais on n’est même pas capables d’enlever des horaires de faction. » « C’est deux poids, deux mesures », dénonce quant à lui M. Papineau.

« Une balle de ping-pong qui se promène »

Le député de Granby et ministre des Tranports, François Bonnardel, avait dit au printemps 2018 que « les horaires de faction, ça ne peut plus fonctionner dans notre région. On met des vies en danger en fonctionnant d’une telle façon. [...] C’est certain qu’on [réviserait] les horaires de faction pour les transformer à l’heure », avait-il déclaré à La Voix de l’Est.

Le ministère de la Santé avait d’ailleurs établi des critères pour déterminer à quel moment un horaire de faction pouvait être transformé en un horaire à l’heure. Farnham et Acton Vale répondent à l’un de ces critères, mais le statu quo persiste, dénonce M. Dutil.

Ces horaires entraînent des délais d’intervention, mais également des conséquences chez les paramédics, déplorent les syndicats. Trois ambulanciers sont par ailleurs en arrêt de travail à Farnham, dont un pour épuisement.

« Tout le monde nous comprend. Tout le monde trouve qu’on a raison. Mais on dirait que c’est une balle de ping-pong qui se promène entre le CIUSSS et le Ministère. Des réponses, on n’en a pas depuis deux ans », mentionne un paramédic de Farnham, qui a préféré que l’on ne dévoile pas son identité.

L’attaché de presse régional de François Bonnardel, Marc-André Morency, a assuré que le dossier chemine à Québec.

« Il y a eu beaucoup de rencontres, d’interventions de M. Bonnardel auprès de sa collègue en santé pour la sensibiliser à ces enjeux-là et exprimer ses préoccupations, tant au niveau des horaires de faction que des ressources. Des demandes formelles ont été déposées. Elles sont présentement à l’étude. Il y a des enjeux pour les paramédics de partout au Québec. Le Ministère étudie comment mieux aider les différentes régions. Il y a une volonté », dit-il.

Une représentante du ministère de la Santé a fait savoir à La Voix de l’Est, jeudi, que « les analyses sont à être finalisées, il est donc prématuré de s’avancer à ce moment. »

Schéma de couverture de risques

De son côté, le président du syndicat des ambulanciers de Granby réitère qu’une révision — et un ajout — des effectifs est nécessaire. Trois équipes sont en poste le jour et deux la nuit.

« Ça fait 16 ou 17 ans qu’on a le même nombre de ressources, ce qui est un non-sens. Si on prend Waterloo, il y a deux camions de jour et nous trois, alors qu’on dessert 78 000 de population et eux, une dizaine de milliers de personnes », fait valoir M. Papineau.

Un schéma de couverture de risques, similaire à celui utilisé dans le milieu de la protection contre les incendies, devrait être mis en place pour déterminer les ressources nécessaires.

« La population, c’est un des facteurs de risque, mais il y a aussi une population qui n’est pas comptabilisée : le tourisme. Ces gens s’ajoutent au bassin. Les axes routiers, le nombre de résidences pour aînés, la présence d’un aéroport sont aussi des facteurs à considérer pour effectuer une analyse plus approfondie afin de connaître le nombre de ressources nécessaires », estime M. Papineau.

Paramédics communautaires

La mise en place de paramédics communautaires est aussi dans la mire de M. Papineau qui a, à ce sujet, trouvé appui auprès du député Bonnardel. Le projet consiste à déployer un ambulancier sur des interventions qui ne sont pas urgentes afin d’évaluer un patient. Si son état ne nécessite pas un transport ambulancier vers l’hôpital, il pourrait être dirigé vers son médecin de famille ou une autre ressource.

Les ambulanciers sont parfois appelés sur des interventions où ils ne devraient pas être affectés, explique M. Papineau. Il cite en exemple la prise en charge d’un patient en fauteuil roulant qui, faute d’avoir accès à un transport adapté, s’est tourné vers le service ambulancier pour rentrer chez lui. Une femme qui n’arrive pas à dormir ou un patient qui souffre de maux de dos depuis 30 ans et qui souhaite consulter un médecin, énumère-t-il.

« Il faut développer le paramédic communautaire le plus rapidement possible. Des appels comme ça, on en a des tas. Ça n’a aucun sens », poursuit M. Papineau.

« Les paramédics sont des professionnels complètement délaissés par le système. J’ai hâte que la ministre de la Santé s’attarde un peu plus sur notre professionnalisme, comme elle l’a fait avec les infirmières, les préposés aux bénéficiaires, les médecins et les pharmaciens. Il faut maximiser la profession de chacun pour aider à désengorger les urgences, amener un peu de répit au réseau », renchérit M. Papineau.

« On est les enfants pauvres du système de la santé », estime quant à lui M. Dutil.

« C’est une priorité auprès du gouvernement d’accorder plus de responsabilités, de valoriser la profession de paramédic. Il y a du travail qui se fait, assure M. Morency. Ça s’inscrit dans la logique du projet pilote du paramédic communautaire. On veut les valoriser pour désengorger nos urgences et avoir des interventions le plus efficace possible. »