L’archéologue et président de la firme Artefactuel, Louis Gilbert, a présenté les faits saillants du rapport d’archéologie complété à la suite des fouilles de juillet 2017.

À la découverte du passé

Le passé n’a pas livré tous ses secrets, mais les fouilles archéologiques réalisées en juillet 2017 sur le site de l’église Notre-Dame ont permis de lever le voile sur un pan de l’histoire de Granby. C’est ce qu’a relevé jeudi l’archéologue et président de la firme Artefact, Louis Gilbert, à la vingtaine de personnes qui ont assisté au dévoilement du rapport d’archéologie.

Les fouilles ont été réalisées dans le cadre du projet de réaménagement de l’église, alors que celle-ci doit notamment accueillir des étudiants du Cégep de Granby. Le stationnement à réaménager se trouve à l’endroit même où se situait l’ancien cimetière de l’église. 

Si la démarche, qui a mené à l’enregistrement du premier site archéologique officiel de Granby, a permis la mise au jour de 36 sépultures, dont deux caveaux funéraires en briques, ainsi que des vestiges de maçonnerie, pratiquement aucun ossement n’a été trouvé, tel que l’a déjà rapporté La Voix de l’Est. Cela laisse croire que l’exhumation des corps, effectuée après 1889, a été bien réalisée, a souligné Louis Gilbert. 

« On voit que le travail d’exhumation a été précis, mais on a aussi des informations sur l’aménagement du cimetière, sur la façon dont les sépultures étaient disposées et ce qui était enterré avec elles. Cela nous a permis de noter différentes époques d’utilisation du cimetière : celle qui était reliée à la première chapelle et celle qui l’était à l’église de 1876. On a aussi trouvé des vestiges de pierres de cette église-là. Malheureusement, il n’y avait pas de matériel, pas de couches archéologiques liées à ça. On a donc des indices sur l’architecture, mais pas sur l’occupation des lieux », affirme l’archéologue. 

Quelques artefacts découverts lors des fouilles.

Patrick Hackett ? 

La découverte des deux caveaux en briques côte à côte est une des particularités des fouilles. Les cercueils étaient, à l’époque, insérés dans ces ouvrages. Ceux-ci laissent d’ailleurs croire qu’ils ont pu appartenir à des citoyens plus fortunés.

Le mystère demeure entier sur l’identité des paroissiens qui y ont été inhumés. Mais pourrait-il s’agir du premier maire de Granby, Patrick Hackett ? L’hypothèse n’est peut-être pas si farfelue. L’agent de gestion documentaire à la Ville, Alexandre Patenaude, souligne que M. Hackett, mort en 1869 dans l’effondrement du pont qui enjambe la rivière Yamaska, figure sur la liste des quelque 475 personnes qui ont été enterrées dans ce cimetière. 

« M. Hackett a été le premier maire, le premier marguillier. Il était catholique. Il a été inhumé à cet endroit-là. Il y avait 10 Hackett sur la liste. On a l’hypothèse qu’il pourrait s’agir de M. Hackett et de membres de sa famille », dit-il. 

Des médailles, des boutons, des fragments de tissus et des fragments de verre, dont plusieurs ont été exposés dans le cadre de la présentation du rapport au centre culturel France-Arbour jeudi, ont aussi été trouvés dans le cadre des fouilles. 

Selon Louis Gilbert, le potentiel de recherche demeure très grand, alors que seule une partie du cimetière a été fouillée. Il pourrait s’étendre davantage sous le stationnement du Cégep. Mais aucune autre intervention n’est justifiée, tant que de nouvelles excavations ne sont pas nécessaires, dit-il. 

« Passionnant »

Le curé de la paroisse Notre-Dame à Granby, Serge Pelletier, a écouté avec beaucoup d’attention la présentation de l’archéologue. « J’ai trouvé ça passionnant. J’aime beaucoup l’histoire. J’ai beaucoup aimé tout ce qui concernait l’ancienne église. Ça a été vraiment intéressant de voir comment la ville a été modelée par cette paroisse-là », souligne-t-il. 

Il en va de même pour d’autres Granbyens férus d’histoire, comme Bernard Valiquette. « Je trouve ça précieux de connaître notre histoire et qu’on s’en préoccupe collectivement. N’eût été cette ouverture, on aurait perdu toutes ces données-là », dit-il. 

Selon lui, le bord de la rivière Yamaska recèle aussi des artefacts. « Il y a eu quelques aménagements de parcs dernièrement. Il y aurait peut-être eu intérêt à faire quelques fouilles aussi, près des anciennes usines qui ont bordé la rivière pendant plus d’un siècle et qui sont disparues. Mais je trouve l’initiative très intéressante », ajoute-t-il. 

« Enrichissant » est le terme utilisé par un autre citoyen, Jean-Marie Michaud, qui était curieux d’en apprendre davantage sur le passé de la ville. 

Selon Alexandre Patenaude, « cette intervention archéologique permet l’écriture d’une nouvelle page de l’histoire locale, qui vient combler quelques silences générés par l’absence de certaines archives ». 

Les artefacts découverts lors des fouilles seront remis à la Ville de Granby, selon Louis Gilbert. Le rapport complet est disponible au www.granby.ca, sous l’onglet Citoyen et la section Publications.