L’épidémiologiste Catherine Bouchard fait partie du groupe de chercheurs.

À la chasse aux tiques

Le territoire de Bromont pourrait servir de laboratoire pour une étude à grand déploiement sur la maladie de Lyme. Le projet pilote, prévu sur deux ans, a pour but de contrer ce type d’infection à la source. Les chercheurs misent également sur la sensibilisation de la population. Il ne manque que le feu vert des élus, qui doivent se prononcer lundi quant à l’appui financier de la municipalité.

La vétérinaire Catherine Bouchard, affiliée à l’Agence de santé publique du Canada, fait partie de l’équipe de quatre chercheurs qui doivent réaliser l’étude avec deux collaborateurs. L’Université de Montréal, les Directions de la santé publique de l’Estrie et de la Montérégie ainsi que l’Université de Sherbrooke sont partenaires.

« On propose une intervention sur les souris, qui sont porteuses de la bactérie (Borrelia burgdorferi). On déploie des équipes sur le terrain qui vont poser des stations qui permettent aux rongeurs d’entrer par de petites ouvertures pour s’alimenter », résume-t-elle.

Les souris sont ainsi immunisées en ingérant une molécule de la famille des acaricides (fluralaner) utilisée en médecine vétérinaire, notamment avec les chiens. « Une fois capturés, on anesthésie les rongeurs pour dénombrer les tiques qu’ils portent », indique la professeure associée à la Faculté de médecine vétérinaire.

Les tiques, qui ont une durée moyenne de vie de deux ans, sont infectées par la bactérie lorsqu’elles sont à l’état de larves en se nourrissant du sang de souris. Elles deviennent par la suite des nymphes, juste avant le stade adulte. C’est à ce moment qu’elles transmettent la bactérie à l’humain en le piquant, principalement quand elles commencent à être actives au printemps (entre 4 à 10 degrés Celsius), explique la spécialiste.

La personne infectée peut ensuite développer la maladie de Lyme si elle n’est pas traitée rapidement.

Un cran plus loin

Un premier projet pilote similaire à ce qui est prévu à Bromont a été mené à petite échelle sur la base militaire de Farnham, durant les périodes estivales de 2016 à 2018. Selon Catherine Bouchard, l’initiative, qui a été en partie financée par l’Institut national de la santé publique du Québec, a donné des résultats très probants. L’étude envisagée à Bromont permettrait en quelque sorte de pousser la démarche un cran plus loin. « On vise ni plus ni moins que la réduction du cycle d’amplification de la maladie de Lyme », fait valoir l’épidémiologiste.

On voit ici une tique à l’état de nymphe.

Les chercheurs seraient sur le terrain de mai à août. Idem l’année suivante. Un compte-rendu final est attendu avant le 31 décembre 2020. Dix sites ont été ciblés pour réaliser le projet : cinq en périphérie de résidences privées et autant dans des endroits publics, notamment des parcs, indique la spécialiste. « Ça se veut très local comme intervention. On demandera l’autorisation des propriétaires. On souhaite aussi la collaboration de la population pour ne pas déranger les activités scientifiques. »

Tout un volet de sensibilisation est aussi au programme. « On veut recruter des familles autour des sites sélectionnés pour voir leur niveau de connaissances et leur comportement concernant les tiques », spécifie Catherine Bouchard. « On veut aussi que les gens soient capables d’identifier une tique. C’est la base de la prévention », ajoute-t-elle.

Proactif

Le conseiller municipal Michel Bilodeau a amorcé les démarches auprès des chercheurs après avoir entendu parler du projet initial à Farnham. Une initiative qui démontre le « leadership » de Bromont selon le maire, Louis Villeneuve. « On a une belle offre pour un projet de recherche. On devait saisir l’opportunité, dit-il. À Bromont, on mise sur la prévention. On veut être proactif plutôt que réactif. »

Le budget global du projet pilote est d’environ 250 000 $. Le montant attendu de Bromont avoisine la moitié de cette somme. Louis Villeneuve a par ailleurs fait des représentations auprès de ses collègues à la MRC Brome-Missisquoi pour obtenir un appui financier étant donné que les résultats de la recherche rayonneraient au-delà de la municipalité. Ses propos ont fait écho. Si bien que la MRC doit accorder près de 16 000 $ en 2019 et 31 000 $ l’année suivante. Ces montants seraient déduits de l’enveloppe allouée par Bromont.

Retombées

La directrice de la santé publique (DSP) en Estrie, Dre Mélissa Généreux, est « très enthousiaste » concernant les retombées de l’étude sur la maladie de Lyme. « C’est le genre de projet qui va complètement dans la logique de la santé publique. Devant un risque de maladie, le mieux est toujours d’agir à la source. [...] On a assurément un ingrédient de succès avec les partenaires municipaux et communautaires qui sont mobilisés. »

Selon les données obtenues par La Voix de l’Est auprès de la DSP, 90 cas de maladie de Lyme ont été déclarés en Estrie en 2018. De ce nombre, 45 personnes l’ont contractée en Haute-Yamaska tandis que 36 cas ont été répertoriés dans Brome-Missisquoi. Les autres sont répartis à travers les MRC de la région. Notons que 120 cas avaient été enregistrés l’année précédente dans l’ensemble du territoire.

Selon la Dre Généreux, la DSP n’a pas d’enveloppe pour appuyer le projet de recherche. Comme l’apparition accélérée des cas de maladie de Lyme à travers le Québec est « directement liée » aux changements climatiques, le Fonds Vert pourrait entre autres être mis à contribution pour soutenir financièrement les recherches prévues à Bromont, soutient-elle.

Nul doute, selon la directrice en santé publique, que l’initiative aurait des répercussions à travers tout le Québec pour éviter la propagation de cette sournoise maladie. « Et même au-delà des frontières. »