La directrice de la santé publique en Estrie, Dre Mélissa Généreux

6e cas de légionellose à Granby: «Ça sort de l’ordinaire»

Au cours des deux dernières années, 15 cas de légionellose ont été enregistrés à Granby. La plus récente personne infectée remonte à la fin novembre. La Direction de la santé publique (DSP) de l’Estrie enquête sans relâche pour élucider le mystère. « On prend ça bien au sérieux. Quand on mettra le doigt dessus, on va ouvrir une bonne bouteille de champagne. C’est tout un travail », a indiqué en entrevue Dre Mélissa Généreux, à la tête de l’organisation.

La DSP de l’Estrie croyait que la propagation de cette infection avait été endiguée à Granby en 2017, alors que neuf personnes avaient contracté la bactérie legionella durant la saison chaude. Or, le dossier a été remis sur la table, car plusieurs citoyens de la municipalité ont été contaminés cette année, a révélé La Voix de l’Est.

 L’une de ces personnes est d’ailleurs décédée après son admission aux soins intensifs. Le cinquième cas avait été confirmé en octobre. « Ça sort de l’ordinaire. [...] Ce qui est particulier, c’est que ça rentre au compte-goutte de mois en mois. On a de la difficulté à s’appuyer sur une situation similaire par le passé. [...] Ce n’est pas un phénomène que l’on a vu ailleurs en Estrie ou au Québec », a fait valoir la directrice de la santé publique.

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En ce qui concerne le plus récent cas de légionellose, « la période d’exposition a été à la mi-novembre », a-t-elle précisé. Jusqu’ici, les gens ayant contracté la bactérie à Granby étaient tous âgés de 65 ans et plus et avaient une santé fragile. 

Notons que ce type d’infection touche en moyenne une à deux personnes durant la saison estivale en Estrie. Cette maladie microbienne, s’attaquant aux poumons et provoquée par la bactérie, se transmet par l’aspiration de gouttelettes d’eau la contenant. Le pic « normal » de légionellose s’étend de juillet à octobre.

Sources

Proliférant généralement dans les tours de refroidissement, les bactéries peuvent également se développer dans des pommeaux de douche et des chauffe-eau. Selon la santé publique estrienne, de 20 % à 40 % des chauffe-eau électriques sont contaminés par la legionella. Pour éviter cela, il est primordial de maintenir la température de l’équipement à plus de 60 degrés Celcius. Les spas sont aussi de grands vecteurs de la bactérie. Il incombe donc de respecter les normes de désinfection et d’entretien pour empêcher leur multiplication.

Une des caractéristiques de la légionellose est la difficulté de la diagnostiquer. D’ailleurs, l’incapacité d’établir la souche de la bactérie qui a infecté les gens à Granby a jusqu’ici ralenti la progression de l’enquête de la DSP. « Tous les cas ont eu des antigènes positifs au niveau urinaire. Au niveau de la culture des expectorations, c’est ce qui a été infructueux depuis le début », a expliqué Dre Généreux. Or, une culture a pu être prélevée sur la dernière personne infectée. La DSP attend les résultats des analyses de laboratoire. « On va pouvoir valider s’il y a un lien entre le chauffe-eau de la personne et la souche », a dit celle qui dirige l’organisation.

Une des hypothèses qu’envisage la DSP tient au fait que les médecins de la région, plus sensibilisés aux éclosions de cette infection, font davantage de tests auprès des patients présentant les symptômes de la maladie du légionnaire, notamment à la suite d’une pneumonie. Ce qui pourrait expliquer le nombre élevé de cas à Granby comparativement au reste de l’Estrie. 

À ce chapitre, le décompte des tests de dépistage de la légionellose de 2015 à 2018 a démontré qu’ils ont doublé au cours des deux dernières années, a souligné Dre Généreux. « Mais on n’est pas certains que ça peut expliquer l’ensemble des cas. »

Pistes atypiques

Les tours de refroidissement, qui ne doivent pas dépasser le seuil critique d’un million de légionelles par litre d’eau, ont été inspectées à plusieurs reprises. 

Selon les informations de la santé publique, une douzaine d’immeubles à Granby sont dotés de tels équipements à déclaration obligatoire, notamment afin d’en contrôler l’entretien périodique via un registre. La moitié d’entre eux est située dans le secteur prioritaire pour approfondir l’enquête sur le terrain, soit dans le tronçon de la rue Principale entre les rues Simonds et Mountain, seul lieu commun visité par toutes les personnes infectées. Les recherches menées par les équipes de la DSP, de concert avec les spécialistes de la Régie du bâtiment du Québec (RBQ), ont démontré que les équipements étaient conformes. 

La DSP de l’Estrie a remué bien des pierres pour clore cet épineux dossier au cours des derniers mois, en vain. « En octobre puis en novembre, on a fait un autre tour de roue avec le secteur industriel et le ministère de l’Environnement pour voir si des entreprises pourraient présenter un risque potentiel, mais ça a été exclu », a fait valoir Dre Généreux. Idem en ce qui concerne les bassins des eaux usées à Granby, les camions de pavage, le réseau d’eau potable et une foule d’autres sources possibles.

Étant donné la complexité de l’enquête sur les cas de légionellose à Granby, la DSP étudiera au cours des semaines à venir des « pistes atypiques ». « On est rendu là. On n’a pas le choix d’élargir nos horizons », a mentionné la directrice de l’organisation. Parmi ces pistes qui sortent de l’ordinaire figurent notamment les épiceries, qui pourraient être testées encore plus en profondeur pour déceler la moindre trace de contamination.