Une partie de la tourbière de Saint-Joachim-de-Shefford est protégée à perpétuité.

60 hectares de la tourbière de Saint-Joachim protégés

Après trois ans de travail, une deuxième partie de la tourbière de Saint-Joachim-de-Shefford sera protégée à perpétuité. Richard Marois a fait don à la Fondation pour la Sauvegarde des écosystèmes du territoire de la Haute-Yamaska (Fondation SÉTHY) de 39,9 hectares (ha) dans la tourbière.

Le don écologique a été fait par l’entremise du Programme de conservation du patrimoine naturel du Fonds de la nature du Canada ainsi que du Programme de dons écologiques, ce qui a permis à M. Marois d’avoir des avantages fiscaux.

« C’est merveilleux comme endroit ! On a l’impression d’être dans le nord du Québec, raconte Frédérick Chir, chargé de projet à la Fondation SÉTHY, qui a eu l’occasion de visiter les lieux. Il y a des plantes carnivores qu’on ne retrouve pas ailleurs. C’est incroyable de se promener là. »

Le projet de protéger la tourbière de Saint-Joachim-de-Shefford, traversée par une rivière, a germé il y a plus de vingt ans lorsque Claude Tétrault, qui a cofondé l’organisme en 2007, s’est levé contre un projet de dépotoir. 

« La tourbière est un des premiers dossiers qu’on a eus à la fondation, évoque son directeur général François Leduc. Claude Tétrault, qui est un environnementaliste, a été le premier à travailler sur cette tourbière-là parce qu’il n’habitait pas loin et qu’à l’époque il y avait un projet de lieu d’enfouissement. Claude était scandalisé. »

Claire Brousseau, la veuve de M. Tétrault, a fait don de la première portion protégée de la tourbière, équivalant à 21 ha et datée d’environ 9700 ans, pour respecter les vœux de son mari décédé en 2008. 

Richard Marois a fait don de la section de tourbière qu’il possédait, à Saint-Joachim-de-Shefford.

Richard Marois, un ami de Claude Tétrault, a lui aussi accepté de faire don de la portion tourbière de sa terre. « J’ai vu que c’était du monde vraiment intéressé à la protéger, comme moi aussi », raconte le donateur. Il a souvent été frustré de voir l’état de la rivière et de ses rives dans la tourbière en raison de certaines négligences. Il espère qu’en protégeant les lieux, la rivière soit elle aussi protégée.

« Au début, j’étais censé donner seulement une lisière pour que les gens de la fondation puissent se rendre jusqu’à la réserve Claude-Tétrault, mais j’y ai pensé et je me suis demandé pourquoi je ne protègerais pas la rivière en même temps. C’est pour ça que j’ai agrandi la zone, même si je perdais un petit coin de sucrerie. »

Il souhaite que son legs porte le nom de son parrain qui a possédé la terre par le passé. Le gouvernement du Québec doit donner son aval.

Une visite guidée sera organisée au printemps, lorsque la neige aura fondu, afin de mieux connaître les richesses de la tourbière.

Encore du travail

Des scientifiques viendront recenser cette nouvelle section protégée de la tourbière. C’est le cas de Pierre Paquin, arachnologue.

« Les tourbières apportent des biens et services écologiques incroyables, relate le chargé de projets. On parle par exemple de puits de carbone. Elles absorbent beaucoup plus de carbone qu’une forêt si elles sont bien drainées. Ça joue un rôle important dans le cycle de l’eau puisque ça la purifie. Ça va jouer un rôle d’atténuation s’il y a beaucoup d’eau, par exemple durant les inondations. »

Sans compter la diversité des espèces menacées ou vulnérables. Il y a 111 espèces floristiques, dont huit en situation précaire, 54 espèces fauniques dont neuf amphibiens et cinq oiseaux menacés.

Le travail pour protéger l’ensemble de la tourbière est cependant loin d’être terminé. « C’est une tourbière qui fait 217 hectares, mentionne M. Chir. Il y a eu un plan de conservation de fait avec les Amis de la tourbière et Corridor appalachien. Prochainement, on va faire une rencontre sectorielle avec les propriétaires de la tourbière pour montrer l’importance de protéger ce territoire-là. Il y a différentes manières de faire de la conservation légale. Le don écologique en est un. Il y a la réserve naturelle et la servitude de conservation aussi. »

La Fondation SÉTHY a plusieurs dossiers en cours, ajoute François Leduc, dont un concerne une tourbière à Granby. Il laisse entendre que ce dossier est avancé et une annonce pourrait se faire en 2020. 

Il y a quatre grandes tourbières dans la Haute-Yamaska. En plus de celle de Saint-Joachim, la tourbière du rang de l’Égypte touche les municipalités de Sainte-Cécile-de-Milton, Saint-Valérien-de--Milton et Roxton Pond, ainsi que les tourbières Saint-Charles et Mawcook, à Granby.