«Ça nous remplit de fierté et de reconnaissance de voir encore en 2019 les retombées positives des réalisations de notre père», affirment Lynne et Élyse Boivin.

25e anniversaire de décès d'Horace Boivin: l’héritage du maire voyageur

Il y a 25 ans, Granby perdait son plus illustre citoyen, l’ex-maire Horace Boivin. Mais son héritage est encore bien présent dans la ville qui a connu un essor sans précédent sous sa gouverne.

« C’était un visionnaire, dans le fond », estime l’une de ses filles, Lynne.

Si le rôle d’Horace Boivin dans la création du Zoo de Granby est bien connu, sa contribution à la mise sur pied du parc industriel l’est peut-être moins. « Homme du monde », selon une autre de ses filles, Élyse, il a contribué à « vendre » sa ville aux quatre coins de la planète. En plus d’attirer des industriels à Granby, il a notamment ramené de ses voyages l’antique et inestimable sarcophage romain de la bibliothèque Paul-O.-Trépanier et les chérubins de marbre de l’hôtel de ville.

Difficile d’ailleurs de résumer le parcours de celui qui était surnommé « Monsieur Granby », tant il a multiplié les réalisations et les implications, à l’échelle locale, mais aussi provinciale et nationale. Il a d’ailleurs fait l’objet d’un film en noir et blanc, Monsieur le Maire, réalisé par l’ONF dans les années 1950.

Horace Boivin a succédé à son père à la direction de l’entreprise familiale Granby Elastic Web & Textiles. Il a accédé à la mairie en 1939 et y est demeuré jusqu’en 1964. De 1969 à 1984, il a occupé le poste de commissaire industriel à la Ville de Granby et a jeté les bases de cette fonction. Dans les années précédant son décès, survenu le 17 mai 1994, il agissait à titre de directeur des relations publiques de la Ville.

Preuve de son engagement profond et de son important rayonnement, Horace Boivin a eu droit à des funérailles civiques, auxquelles ont notamment assisté le premier ministre de l’époque, Daniel Johnson, et le chef de l’opposition, Jacques Parizeau. La salle du conseil municipal avait été transformée en chapelle ardente pour l’occasion.

Vie et maison remplies

Lynne et Élyse Boivin se souviennent que la vie professionnelle de leur père le suivait jusqu’à la maison ou leur chalet de Magog, où il recevait régulièrement des industriels, des membres du conseil municipal ou des gens du milieu culturel. « Il ne faisait pas la distinction entre sa famille et sa vie publique. La maison était remplie. Tous les dimanches, il recevait des invités. Chaque été, il recevait, à ses frais, les employés de la Ville. Il préparait les hot-dogs, les hamburgers et ma mère s’occupait du repas », raconte Lynne.

A contrario, Horace Boivin amenait aussi régulièrement ses enfants avec lui la fin de semaine s’il avait à se rendre à l’hôtel de ville, à l’usine ou encore au Zoo. En voiture, il aimait tester leurs connaissances en géographie. « Il nous questionnait sur les capitales, nous faisait nommer tous les états des États-Unis, les principaux pays en Europe ou ailleurs. Il nous faisait des tours de magie. Autant, il donnait d’énergie à toutes ses entreprises, autant, il nous en donnait aussi. Mais il était exigeant », glisse Élyse Boivin.

Selon les deux sœurs, Horace Boivin a aussi su donner la piqûre du voyage et transmettre son ouverture sur le monde à l’ensemble de ses 11 enfants, dont huit sont toujours vivants.

L’ex-maire a trouvé en son épouse Frances Bergeron, aujourd’hui décédée, une indéfectible alliée. « C’était une femme très discrète, mais digne et solide. Mon père pouvait partir et avoir l’âme en paix. Et réaliser ses rêves les plus fous », ajoute Lynne Boivin.

Multiples implications

À la mairie, Horace Boivin était préoccupé par le bien-être de tous les citoyens, « des plus jeunes aux plus âgés », soutiennent ses filles. Il agissait sur plusieurs plans. Une anecdote parmi tant d’autres : « Il a amené la Manécanterie de Granby (devenue les Petits chanteurs de Granby), dont il était parrain, à Rome et à New York, au Ed Sullivan Show, qui était à l’époque le plus gros show de télévision. Pour lui, c’était important que les jeunes soient occupés et qu’ils découvrent leurs talents, que ce soit au niveau sportif ou culturel », dit Lynne Boivin.

« Il était environnementaliste à ses heures parce qu’il voulait des espaces verts et des parcs. Et aussi des fontaines. Il voulait que chaque quartier soit près de la nature », renchérit Élyse Boivin.

Homme d’action, Horace Boivin est en outre à l’origine de la mise sur pied de l’Association des professionnels en développement économique du Québec (APDEQ). Une fondation, dédiée à la formation spécialisée et au développement des membres de l’APDEQ, porte d’ailleurs son nom.

Il a aussi été délégué des maires du Canada aux conférences de l’Union internationale des villes et pouvoirs locaux tenues en Europe entre 1948 et 1963. Également sur sa feuille de route : il a entre autres été directeur de la Commission canadienne du Centenaire, président de la Fédération des maires et des municipalités, président de l’Union des municipalités du Québec, président de l’Association professionnelle des industriels, président de la Chambre de commerce du Québec, président de la Ligue senior de hockey et vice-président de la Chambre de commerce italienne.

Il a, semble-t-il, été courtisé à plusieurs reprises pour faire le saut en politique à l’échelle provinciale ou nationale. Mais il a toujours refusé. Sa « neutralité » politique lui a permis de faire avancer ses projets. « Ça nous remplit de fierté et de reconnaissance de voir encore en 2019 les retombées positives des réalisations de notre père », affirment les deux sœurs.