Les propriétaires de résidences principales au bout de la rue Decelles à Brigham, victimes d’inondations répétées, pourront présenter une demande pour le rachat de leur propriété par la municipalité. Ils pourront obtenir jusqu’à 250 000 $.

1,2 M $ pour fuir les inondations à Brigham

La municipalité de Brigham va pouvoir acheter des propriétés sur la rue Decelles, celles-ci étant fréquemment inondées par la rivière Yamaska. Le ministère de la Sécurité publique (MSP) lui accorde une enveloppe de 1,2 million de dollars pour réaliser ces achats dans le cadre d’un programme spécial d’indemnisation.

Les autorités municipales discutent avec le MSP depuis 2012 pour trouver une solution définitive afin de dédommager les résidants de la rue Decelles aux prises chaque année avec des crues printanières et automnales importantes. Le programme permettra aux propriétaires qui se trouvent dans une presqu’île formant un méandre dans la rivière d’obtenir la valeur que coûterait la reconstruction de leur maison et la valeur municipale de leur terrain, jusqu’à concurrence de 250 000 $. Seuls les propriétaires de maisons considérées comme des résidences principales sont admissibles à cette aide.

L’entente entre la municipalité et le MSP réjouit le maire Steven Neil. « On est content que cela a fini par déboucher. Ça fait quand même sept ans qu’on est là-dessus. On sait bien, malheureusement, quand on fait affaire avec le gouvernement, que les choses ne bougent pas vite. Mais, c’est une offre assez incroyable quand on voit tout ce qui se passe ailleurs, les inondations qui touchent autant de municipalités. Je pense que ça pourrait donner le ton pour des programmes qui seront offerts ailleurs, où il y a des problèmes d’inondations », a-t-il indiqué vendredi en entrevue à La Voix de l’Est.

Sylvain Bélanger est intéressé par le programme. Il habite une maison de type plain-pied sur la rue Decelles depuis 2013. Les eaux de la Yamaska envahissent son terrain chaque printemps et automne. « On le sait que ça va arriver. On se prépare en conséquence en s’assurant que les pompes sont prêtes. Ça dure quelques jours pendant lesquels on ne peut pas vraiment quitter la maison. Mais on s’organise », explique cet ancien militaire à la retraite.

Hormis les inondations, vivre dans le secteur est agréable, souligne M. Bélanger. « C’est très beau avec les arbres, les fleurs, la rivière qui passe à une soixantaine de pieds derrière la maison. Je savais que c’était une zone inondable. Mais les anciens propriétaires ne m’ont pas tout dit. Ils ne m’ont pas dit que l’eau montait comme ça deux, trois fois par année. »

Son voisin Roger Lambert est témoin depuis 40 ans des caprices de la rivière. Il a acheté la propriété à l’époque pour s’évader de Montréal, dit-il. D’abord un chalet, l’endroit a été rénové et lui sert maintenant de résidence principale depuis 20 ans, soit depuis qu’il est retraité. Les inondations répétées ne l’effraient pas. « J’ai une pompe. Ça fait le travail », assure l’homme de 82 ans qui garde la forme en promenant chaque jour son carlin.

M. Lambert tire une certaine fierté de n’avoir jamais réclamé d’indemnité des gouvernements à la suite d’inondations importantes. Las de combattre l’eau et de nettoyer les dégâts qu’elle laisse, il croit toutefois que le temps est venu de vendre sa propriété. « Si je peux obtenir un bon prix, je vais la vendre », dit-il, faisant référence au programme d’indemnisation du MSP.

Étude de l’INRS

Le programme du MSP suit les recommandations de l’Institut national de recherche scientifique (INRS) qui a étudié en 2016 les raisons des inondations fréquentes dans le secteur des rues Decelles et Fortin à Brigham. L’étude a identifié les maisons construites dans la presqu’île comme étant les plus vulnérables. Dans ses recommandations, les chercheurs de l’INRS ont proposé le rachat des maisons du bout de la rue Decelles, le rehaussement de la rue Decelles pour qu’elle soit épargnée par la montée des eaux de la rivière et l’aménagement d’un fossé coupant le méandre.

Des analyses additionnelles ont permis de conclure que les deux dernières propositions n’auraient pas « d’impacts notables » sur les inondations. Le MSP n’a retenu que la première suggestion.

Notons que l’étude de l’INRS estime que les autres propriétés dans le secteur Decelles-Fortin ne représentent pas de risques financiers ou de sécurité publique lors d’inondations. D’autres mesures d’atténuation peuvent être réalisées. Elles sont à l’étude.

Une fois les maisons acquises, elles seront démolies et ramenées à un état naturel par des travaux de reboisement, a dit le maire. « C’est un endroit magnifique. On peut en faire un endroit très accueillant, un parc nature pour nos citoyens », a-t-il indiqué.

LE PROBLÈME RESTE ENTIER

Racheter les maisons dans la presqu’île ne peut être la fin des interventions gouvernementales, soutient le maire de Brigham Steven Neil. Que fait-on des maisons dans le littoral dont les champs d’épuration sont saturés, s’interroge-t-il. Le problème reste complet, selon lui.

« On a quelques maisons dont les champs [d’épuration] ne fonctionnent plus. On a suggéré de permettre aux propriétaires de les remplacer, mais le ministère de l’Environnement ne veut pas. Que fait-on alors ? Ces maisons se retrouvent aussi des fois inondées. Le Ministère nous parle de mesures d’atténuation pour les protéger des inondations, mais ça ne règlera pas le problème des champs d’épuration », signale M. Neil.

S’il applaudit l’entente entre sa municipalité et le ministère de la Sécurité publique, M. Neil déplore cependant la charge financière mise sur les épaules de ses concitoyens. La municipalité devra en effet emprunter près de 700 000 $ sur le 1,2 million de dollars promis par Québec dans ce dossier. Le gouvernement remboursera la municipalité pour cet emprunt sur une période de cinq ans. Cela dit, la municipalité devra assumer les intérêts.

Par ailleurs, les coûts des appareils de mesure pour suivre en temps réel le niveau de la rivière, et ainsi alerter les autorités à l’avance lorsqu’une inondation est imminente, devront être payés par la municipalité, dénonce également le maire.

Les intérêts sur le prêt contracté au nom du gouvernement du Québec et l’achat des appareils de mesures coûteront entre 75 000 $ et 100 000 $ aux Brighamois, calcule M. Neil. Il aurait aimé que Québec assume toutes ses responsabilités.